Cyclisme

Une étape courte et nerveuse, un podium bouleversé dans la montée finale et une lutte sans merci pour le maillot à pois. Tout cela était attendu, et s'est bien produit entre Annecy et l'ascension du Semnoz. Une dernière arrivée au sommet qui a sacré la révélation de cette Grande Boucle, le jeune grimpeur colombien Nairo Quintana.

 

Rolland se bat pour les pois

À peine le drapeau abaissé, Pierre Rolland sort du peloton. L'objectif est simple pour le leader de la formation Europcar: faire que les pois qu'il porte par défaut lui appartiennent vraiment. Et pour ça, il doit prendre un maximum de points en début d'étape, et tenter de résister au mieux aux favoris pour encore scorer dans la dernière ascension.

Neuf coureurs arrivent petit à petit dans le sillage du Français: son équipier Cyril Gautier et le Français Riblon, à la planche pour le prix de supercombatif du Tour, tout comme un certain Jens Voigt, également dans le bon coup. Les Basques Anton et Astarloza, mais aussi les éternels Flecha et Burghardt, l'Australien Clarke et le Russe Brutt.

Si Rolland avait pris tranquillement les cinq points au sommet de la première difficulté du jour, Anton lui met la misère au sommet du Col de Leschaux. Le Basque laisse le Français en paix dans la côte suivante, puis l'envie lui revient de rejouer les pois au sommet du Col des Prés. C'en est trop pour Rolland qui, en sortant de la roue de Gautier en vue du sommet, change totalement sa trajectoire pour couper la route d'un Anton qui manque de finir la sienne dans les spectateurs présents au bord de la route. Déclassé? Même pas. Finies les belles épopées à base de chanson, Pierrot se la joue Rolland furieux. Pas sûr qu'il ait compris la signification de ce "supercombatif" qui lui permettrait de monter quand même sur le podium sur les Champs...

Pas de quoi augmenter la cote d'amour en Espagne d'un Rolland dont l'équipe avait déjà causé la perte de Valverde en roulant après la crevaison du Murcian dans la plaine vers Saint-Amand-Montrond. Les Movistar avaient alors dit qu'ils ne laisseraient rien aux hommes verts de Bernaudeau jusqu'à la fin du Tour. Et ce samedi, qui roule en poursuite derrière l'échappée? On vous le donne en mille…

 

Voigt, l'éternel

Vient alors le Mont Revard, classé première catégorie. Dès le pied, le groupe explose. Jens Voigt passe la surmultipliée. À 41 ans bien sonnés, l'Allemand met la pâtée aux petits jeunes. Personne ne peut suivre la roue d'un Voigt dont cette dernière chevauchée en solitaire ressemble à un chant du cygne sur les routes du Tour.

Derrière, la poursuite s'organise. Gilbert et Van Garderen sortent du peloton et reviennent sur la bande à Rolland. Pas suffisant pour revenir sur un Jens Voigt qui, en montée comme en descente, creuse l'écart.

 

Un final à couper le souffle

Katusha et Movistar augmentent le rythme en tête du peloton. Trois minutes au sommet de Revard, et plus qu'une pour Jens Voigt au pied du Semnoz. Rodriguez et Quintana sont bouillants. Et Froome a l'air pas mal, si l'on en croit l'accélération de ses boys dès le pied.

Siutsou tape sur le clou, et puis c'est Rui Costa qui prend le relais pour les travaux de démolition. Le Portugais emmène un rythme hallucinant. Dans sa roue, il reste Porte et Froome, Valverde et Quintana, Contador et Kreuziger, Rodriguez et…plus personne. Rolland est avalé - et manque encore de faire tomber Froome au passage - et Voigt résiste à peine plus longtemps. C'est alors Valverde qui a pris le relais. Suffisant pour faire craquer Kreuziger.

 

Purito joue le podium

Et puis, Joaquin Rodriguez attaque. Pour lui, les choses sont limpides: il faut reprendre 47 secondes à Contador pour aller chercher le podium. Quintana saute dans la roue. Froome pas. Le Britannique se retourne, regarde Contador, puis se met en danseuse pour aller chercher le duo. Contador est laissé sur place. Avec les trois hommes qu'il commence à perdre de vue, c'est le podium qui s'envole.

Rodriguez en est bien conscient. Il hésite, veut faire rouler Froome et Quintana pour tenter de jouer l'étape, mais c'est non. Alors, Purito oublie le bouquet et se met à plat ventre pour le podium. L'écart se creuse, inlassablement, jusqu'à la flamme rouge. Le podium est connu. Restent une étape et des pois à aller chercher.

 

Quintana, enfin !

Froome dégaine le premier, sous la flamme rouge. Quintana revient, Rodriguez pioche. Purito à peine rentré, ça se regarde, et Quintana y va. 800 mètres. Personne ne suit le Colombien. L'Apache a tiré sa flèche en plein cœur. En haut, Nairo fait coup triple: victoire d'étape, deuxième place au général et maillot à pois.

Rodriguez fait deux, devant Froome et un Valverde qui aurait sans doute joué le podium sans cette crevaison qui a coûté très cher. Porte a largué Contador dans les derniers hectomètres, comme pour finir d'écoeurer un Pistolero qui ne tire plus dans le mille. Le duo Saxo échouera au pied de la boite. Talansky arrive avec l'Espagnol, et va arracher un top 10. Monfort gratte une place pour finir 14e, Bakelants fait une superbe ascension pour confirmer sa 18e place au général.

 

"Champs libres" pour les sprinters

Reste une formalité pour acter les classements d'un Tour qui a presque rendu tous ses verdicts. Une petite escapade sur les Champs by night pour sacrer le roi des sprinters. Kittel irait bien en chercher une quatrième, et Greipel en a marre de ne gagner que des sprints intermédiaires depuis Montpellier. Mais le maitre des lieux s'appelle Mark, quadruple tenant sur les Champs. Allemagne et Grande-Bretagne en sont à 5-5 au nombre de victoires d'étape. Balle de match.