Cyclisme

Successeur de Théo Mathy derrière le micro de la RTBF, Rodrigo Beenkens a vite imposé sa "patte" auprès des fanas de vélo. Son commentaire avisé et sa faculté à reconnaître les coureurs en ont fait une référence dans le milieu. Le journaliste néophyte a aujourd'hui "pris de la bouteille", sachant qu'en cyclisme, les retours de manivelles, cela existe aussi. "On m'a parfois reproché un excès d'enthousiasme voire une candeur par rapport à certaines performances mais il est facile de monter en épingle un "extraordinaire Armstrong" sur septante heures de direct. A titre personnel, je fais la distinction entre le journaliste d'investigation à qui l'on donnerait deux mois pour enquêter et le commentateur que je suis. Que me demande-t-on ? 1. Reconnaître les coureurs; 2. Expliquer ce qui se passe; 3. Faire vivre l'événement. Dans ce dernier cas, il faut être passionné sinon, on trompe le téléspectateur. Ceci dit, j'ai actualisé mes deux mille fiches de coureurs et pointé ceux qui ont été, de près ou de loin, confrontés à une affaire de dopage. Aujourd'hui plus qu'hier, je suis prudent en employant davantage le conditionnel et moins les superlatifs."

Le métier de commentateur sur le Tour de France, c'est aussi avoir le nez dans le guidon. Pas évident dès lors d'avoir le recul nécessaire. "Sur un Tour de France, je vois les coureurs une seule fois, lors du prologue, c'est tout. Il m'est impossible de faire de l'investigation qui implique une rigueur absolue surtout quand on touche à des domaines comme la protection de la vie privée ou le secret médical. Il faut être prudent en matière de dopage. Un jour, Luc Varenne m'a dit : "A mon époque, j'aurais été puni si j'avais parlé de dopage, maintenant, c'est toi que l'on punit si tu n'en parles pas". C'est tout à fait vrai. J'accepte la critique, mais il faut replacer les choses dans leur contexte."

La prudence, le maître mot actuel pour commenter le cyclisme, une discipline qui focalise - à tort ou à raison ? - tous les maux de la terre en matière de dopage. "Aucune autre discipline que le cyclisme ne fait l'objet d'un acharnement aussi systématique. Je ne connais pas d'autres employés que les coureurs pour donner leur sang avant d'aller travailler. J'ai vu des aberrations comme ce coureur qui avait été piqué à l'oeil par une abeille et qui n'a pas pu se soigner parce que le remède figurait sur la liste des produits interdits... Et l'affaire Puerto ? Il n'y a jusqu'à présent que les cyclistes qui ont trinqué ! L'UCI a donné les noms mais qui sont les autres sportifs impliqués ? Des joueurs du Real, un grand tennisman ? Je constate que l'on peut salir le cyclisme mais que l'on ne touche pas à certaines icônes... Ceci dit, je suis pour que les gars qui ont fauté paient la note. Ainsi, je m'insurge contre le retour d'Hamilton dans les pelotons sous prétexte qu'il n'a signé que dans une équipe continentale et pas Pro Tour... C'est absurde."

Sur la RTBF, malgré les "affaires", le cyclisme fait toujours recette même si le dernier Tour de France a connu des hauts et des bas. "La première semaine n'a pas été très bonne ce qui s'explique par la concurrence de la Coupe du monde de football et... le manque de vedettes sur le Tour. C'est paradoxal, les gens veulent un cyclisme propre mais d'un autre côté, ils sont attirés par les vedettes. Les téléspectateurs sont revenus quand Landis a crevé l'écran. On sait ce qu'il en est advenu depuis."