Cyclisme Pour sa dernière course en Belgique, Tom Boonen a vécu une journée très spéciale.

Tom Boonen n’oubliera jamais cette journée du 5 avril 2017. Quatre jours avant de prendre sa retraite après Paris-Roubaix, l’Anversois a disputé la dernière épreuve de sa carrière sur le sol belge.

Dès le matin, le centre de Mol où, exceptionnellement le départ de la classique anversoise avait été déplacé pour rendre hommage au champion, fut envahi par une foule enthousiaste venue fêter l’enfant du pays.

Clin d’œil humoristique, voulu ou non, l’autobus de la Quick Step avait été garé à côté du magasin animalier Tom&Co… Accompagnée de leurs deux filles, Jacqueline et Valentine, Lore, la compagne de Tom, était là, elle aussi venue le saluer. Au départ, le Campinois était déjà très ému par les marques de sympathie dont il faisait l’objet.

"C’est incroyable, du jamais vu", avouait Boonen sur le podium. "Je veux remercier tout le monde pour le soutien qui m’a été apporté durant ma carrière. Je ne pense pas que quelqu’un ait déjà obtenu un départ pareil. Qu’une belle course comme celle-ci parte de mon village, c’est incroyable."

Entre le départ fictif et le kilomètre zéro, le tracé neutralisé avait conduit les coureurs à passer devant sa maison natale, l’institut technique où il avait fait ses études secondaires, son jardin d’enfant, la maison de ses grands-parents… C’est d’ailleurs Raymond Boonen, son grand-père paternel, qui donna le départ réel.

"Mon plus grand supporter", souriait Tom.

Durant les cinquante premiers kilomètres de la plus ancienne course flamande, créée en 1907, le parcours épousa les routes d’entraînement habituelles de l’ancien champion du monde, passant devant le home où résident ses grands-parents, chez Agnès et André, ses parents, chez Sven, son frère, devant son ancien domicile à Balen, avant de prendre la direction de Schoten, où le G.P. de l’Escaut se termine par trois tours du circuit local.

"Ça a été super de rouler pendant plus d’une heure sur mes routes d’entraînement, en restant en permanence à quelques kilomètres de chez moi", racontait-il après la course. "Je ne pourrai jamais assez remercier les gens qui ont préparé cela pour moi."

Dans la finale de l’épreuve, qu’il a gagnée deux fois à ses débuts, en 2004 et 2006, Boonen se mit à la planche pour son équipier Marcel Kittel, qui allait s’imposer. Puis il se laissa glisser dans les derniers kilomètres en queue de ce qui restait du peloton, cassé en deux par une chute collective.

"J’essayais de rester prudent, mais quand Marcel m’a demandé de rouler pour lui dans le dernier tour, j’ai tout fait pour l’abriter du vent", poursuivait Boonen après la course, juste après que Kittel fut venu le remercier. Les deux hommes s’étaient donné une franche accolade. "Ses remerciements m’ont fait plaisir. Le cyclisme est un sport dur, et malgré tout, il y a moyen d’avoir de l’amitié, c’est agréable."

Avant de terminer : "Cela a été très spécial, ma dernière épreuve en Belgique, une journée que je n’oublierai jamais", reconnaissait-il. "Finalement, j’étais déjà en pensée à Roubaix…"


Toujours aussi sec

Jusqu’au bout, Tom Boonen sera resté aussi maigre.

Jusqu’au bout, Tom Boonen aura, comme on dit dans les pelotons, fait le métier. À trois jours de sa retraite, l’Anversois se refuse encore au moindre écart, au point qu’il apparaît toujours aussi maigre. Fin janvier, lors de sa victoire en Argentine, des images de ses jambes ultra-dessinées avec les veines saillantes, avaient fait le tour du monde.

À l’époque, Boonen avait expliqué qu’il était exactement au même niveau que les années précédentes et qu’il pesait même quatre kilos de plus qu’avant le difficile Mondial de Mendrisio, en 2009, lorsqu’il sortait de la Vuelta.

"Il avait pourtant débuté cette saison avec deux kilos de moins que les autres années", dit le docteur Yvan Vanmol, "mais il est resté au même poids depuis lors. Il n’a rien perdu ensuite. La dernière fois qu’il est passé sur la balance, il pesait 81,7 kilos, 82 kilos."

Pour 1m92, mais le poids ne veut pas tout dire, le taux de masse graisseuse importe évidemment beaucoup, lui aussi.

"Chez Tom, il est de 6,7 % contre 8 à 8,5 il y a quelques années encore", continue le médecin de Quick Step Floors. "À ses débuts, Tom présentait encore un peu de "babyvet" (de la rondeur de bébé), mais aujourd’hui il a perdu du poids, il s’est affiné tout en gagnant du muscle."

Car c’est bien en cela que réside l’essentiel.

"Pour les classiques, c’est certain", poursuit Vanmol. "Au Tour des Flandres, qui s’est durci les dernières années avec toujours plus de difficultés, deux kilos de moins, c’est important. Dans le dernier enchaînement Quaremont-Paterberg, croyez-moi, si vous avez deux kilos de plus ou de moins à porter, vous le sentez. À Paris-Roubaix, il n’y a pas de côte, c’est la puissance qui compte et Tom en a toujours autant."