Cyclisme Le champion anversois accrochera son vélo au clou après un dernier Paris-Roubaix, "sa" course.

C’était en 2002. Le 14 avril. Huit jours avant le premier tour de l’élection présidentielle française qui allait connaître le coup de tonnerre que l’on sait : l’accession au deuxième tour de Jean-Marie Le Pen, le leader du Front national.

Sur le podium, avec Museeuw

Ce jour-là, se dispute le 100e Paris-Roubaix de l’histoire. La course mythique est remportée pour la troisième (et dernière) fois, en solitaire, par Johan Museeuw, dit le Lion des Flandres.

Il l’emporte, sous le soleil et dans une ambiance indescriptible, avec 3 minutes et 4 secondes d’avance sur l’Allemand Steffen Wesemann qui règle au sprint, sur le vélodrome roubaisien, un jeune Belge dont on n’a pas fini d’entendre parler.

Il a 22 ans, il court pour le compte de l’équipe US Postal d’un certain Lance Amstrong et s’appelle Tom Boonen. Il est né à Mol, en province d’Anvers le 15 octobre 1980.

Espoir prometteur

Son père, André Boonen, a été cycliste professionnel de 1979 à 1984. "Tommeke" se lance dans le cyclisme en 1992, après avoir remporté une course inter-écoles sur le circuit de Zolder.

Chez les amateurs, il signera quelques victoires de choix : le Paris-Tours espoirs 2000 et le championnat de Belgique espoirs 2001, par exemple. Il termine l’année 2001 à la 10e place du classement UCI des moins de 23 ans et, en fin de saison, il est lauréat du Vélo de cristal du meilleur jeune cycliste belge de l’année. Il est temps pour lui de passer professionnel.

Le dimanche 14 avril 2002, donc, Tom Boonen réussit une performance de choix en menant une poursuite vaine mais pleine de panache derrière Museeuw, le héros de la Belgique cycliste de l’époque.

Il ne sait pas encore qu’il va se forger un palmarès aussi riche que son aîné mais les suiveurs sont unanimes. Si ce gamin-là réussit à mener une carrière sage, il est promis aux plus grands succès.

Une année 2005 exceptionnelle

Ils ne se trompent pas. Quinze ans plus tard, au moment de raccrocher son vélo au clou, à l’occasion, éminemment symbolique, d’un ultime Paris-Roubaix, ce dimanche, Tom Boonen peut regarder derrière lui avec fierté, même s’il a connu quelques moments de dérive peu reluisants.

Demain, l’émotion sera présente. Le coureur qui foulera une dernière fois ces secteurs pavés qui l’ont fait roi et qu’envahiront, une fois de plus, des cohortes de supporters enflammés, aura peut-être la larme à l’œil, même si ce n’est pas trop le genre de la maison.

Vainqueur à quatre reprises de l’Enfer du Nord, Boonen a signé d’autres succès d’envergure. En 2005, il effectue même une saison exceptionnelle, qui le voit franchir en tête les lignes d’arrivée de deux étapes de Paris-Nice, du Tour des Flandres (qu’il remporte en solitaire) et, à nouveau de Paris-Roubaix, tout cela avant de s’adjuger les Tours de Picardie et de Belgique et surtout, de porter pendant dix jours le maillot vert du Tour de France, où il gagne deux fois.

La cerise sur le gâteau est déposée fin septembre lorsqu’il ceint le maillot de champion du monde à Madrid. Cette année-là, il est élu Vélo d’or mondial et Sportif belge de l’année.

Deux mille cinq est donc l’année de la consécration pour le jeune Belge (il n’a jamais que 25 ans) qui a déjà gagné Gand-Wevelgem, le Grand Prix E3 et le Grand Prix de l’Escaut mais aussi deux étapes du Tour de France, dont celle, prestigieuse, des Champs-Elysées, l’année précédente.

Cocaïne et descente aux enfers

En 2006, le maillot arc-en-ciel sur les épaules, Tom Boonen s’adjuge un deuxième succès sur le Ronde, le Graal pour les coureurs flamands. Il portera aussi le maillot jaune du Tour de France pendant quelques jours. Il glanera le maillot vert, grâce notamment à deux succès d’étape, de ce même Tour en 2007, saison qui lui permettra de signer un premier succès à Kuurne-Bruxelles-Kuurne, de remporter A travers les Flandres mais aussi, pour la quatrième fois consécutive, le Grand Prix E3. Il se régalera aussi dans les Paris-Roubaix de 2008 (réglant Fabian Cancellara et Alessandro Ballan au sprint) et de 2009.

Mais c’est aussi au cours de cette période que Boonen traversera des moments pénibles, rattrapé qu’il est par la révélation de sa consommation de cocaïne, hors-compétition heureusement.

La gloire est toujours source de pression et cette pression, Boonen ne semble pas l’avoir supportée pour s’être réfugié dans les paradis artificiels. Son image de marque en prend un coup, ses performances sportives aussi.

Il est interdit de Tour de France en 2008, il rétrograde dans la hiérarchie internationale, perd sa vélocité et, sans disparaître des radars, n’arrive plus à dominer le peloton.

Les classiques s’enchaînent sans résultats probants. Lorsque Boonen récidive, en 2009, après avoir remporté son troisième Paris-Roubaix et toujours hors compétition, son équipe le suspend plusieurs semaines.

Ce qui ne l’empêchera pas de devenir champion de Belgique en juin et de participer, sur décision de justice, au Tour de France, où il fait de la figuration.

La saison de la résurrection

La saison 2012 sonne comme celle de la résurrection. Tom Boonen, débarrassé de sa bête noire, le Suisse Fabian Cancellara, enchaîne Gand-Wevelgem (qu’il avait déjà réussi à accrocher en 2011), le Grand Prix de l’E3 (record de victoires), le Tour des Flandres et… Paris-Roubaix, au terme d’une chevauchée en solitaire de 55 kilomètres. Son quatrième triomphe.

Son directeur sportif Patrick Lefevere, qui l’a soutenu dans les instants les plus noirs et que Boonen a rejoint chez Quick Step dès 2003, peut à nouveau exulter. Il assistera encore au succès de son poulain au championnat de Belgique et à Paris-Bruxelles puis au championnat du monde du contre-la-montre par équipes. Il contribuera enfin au triomphe de Philippe Gilbert aux championnats du monde sur route, aux Pays-Bas.

Chutes à répétition

Mais une série de chutes et de blessures freinera ensuite l’Anversois. Au mois de janvier 2013, Boonen tombe au cours d’un entraînement et se blesse au coude. Sa plaie s’infecte, il doit être opéré et frôle l’amputation du bras gauche. Il tombe encore au Tour des Flandres, quitte la course et renonce à Paris-Roubaix. Bref, c’est une saison noire.

L’année 2014 commence très mal également. A la suite d’un drame familial, Boonen, qui a quand même remporté Kuurne-Bruxelles-Kuurne, doit déclarer forfait pour Milan-San Remo, sa course maudite, et toute sa préparation pour les classiques flandriennes est perturbée. Il n’en aidera pas moins son coéquipier Niki Terpstra à remporter Paris-Roubaix en solitaire.

En 2015, rebelote, Boonen chute au cours de la première étape de Paris-Nice. Diagnostic : fracture du coude gauche. Bye, bye les classiques printanières. En octobre, Boonen tombe au Tour d’Abou Dabi. Il est atteint d’une fracture de l’os temporal gauche. Cette blessure entraîne des séquelles permanentes sur son audition.

Enfin, en 2016, Tom Boonen termine deuxième de Paris-Roubaix derrière l’Australien Mathew Hayman, au terme d’une course éblouissante au cours de laquelle, et malgré la défaite, il retrouve les faveurs d’un public émerveillé. Il sera encore troisième, derrière Sagan et Cavendish, du championnat du monde.

Déjà une légende

Aimé de tous, Tom Boonen est une voix qui porte dans le peloton. Son départ à la retraite marque assurément la fin d’un cycle sur les classiques.

S’il devait se faire sur un dernier exploit, le meilleur coureur de classiques belge de tous les temps n’entrerait pas dans la légende (il y est déjà) mais au Panthéon du sport.