Cyclisme

L’inédite double montée de l’Alpe d’Huez proposée comme point d’orgue de ce 100e Tour de France impose, inévitablement, une redescente vers la vallée et Bourg-d’Oisans. Après avoir négocié le Col de Sarenne (sommet à 1.999 m) dans la foulée de la première ascension de l’Alpe, le peloton dévalera une route qui a déjà fait l’objet de très nombreux commentaires. Dans un décor lunaire, dépourvu de la moindre végétation, une route étroite serpente à flanc de falaise. D’un côté, la roche, de l’autre, un vide… abyssal. Un précipice de plusieurs centaines de mètres sans la moindre glissière de sécurité ou quelconque parapet.

Au soir de la reconnaissance qu’il avait effectuée avec ses équipiers de la formation RadioShack, Maxime Monfort s’était laissé aller à un tweet révélateur : "La bonne chose avec la descente du col de Sarenne est que si vous manquez un virage, vous serez plus rapidement en bas puisqu’on tombe directement au fond..."

Une première impression que le Wallon a toujours à l’esprit. "C’est vraiment très dangereux !" soufflait Monfort lors de la deuxième journée de repos. "J’espère vraiment que la première montée de l’Alpe d’Huez opérera une grosse sélection car si un peloton imposant attaque cette route extrêmement étroite et technique, cela me laisse craindre le pire. Certains seront peut-être prêts à prendre de gros risques dans cette descente pour boucher le petit écart qu’ils auraient concédé au sommet sur un groupe par exemple…"

Parcourue pour la première fois dans une course professionnelle lors du dernier Critérium du Dauphiné, la descente de Sarenne avait fait l’objet de commentaires très acerbes. "C’est de l’inconscience", avait alors tonné Gianni Meersman, le Belge de chez Omega Pharma-Quick Step. Son coéquipier Tony Martin avait découvert ce tronçon vertigineux à cette même occasion. "Ce sera un spectacle terrible pour les spectateurs, mais cette descente est criminelle", s’était énervé le champion du monde de contre-la-montre. "C’est totalement irresponsable de la part des organisateurs de proposer ce genre de choses. Ils jouent avec nos vies. Le chemin est sinueux et en mauvais état. C’est comme si on roulait sur des pavés (NdlR : il a été réasphalté depuis). Il n’y a en outre pas de rail de sécurité, avec un dénivelé de 30 à 40 m. Si on rate un virage, on risque d’y rester. Imaginez qu’il pleuve…" Et les prévisions météorologiques annoncent des orages pour l’après-midi de ce jeudi !

Lors de sa conférence de presse d’avant-Tour, Andy Schleck avait lui aussi tiré la sonnette d’alarme. "Lorsque nous avons effectué la reconnaissance de cette étape et que j’ai découvert cette route, je n’ai pas peur de dire que j’ai été choqué. Cette descente n’est tout simplement pas acceptable. Si on rate un virage, on risque bien de se retrouver 100 ou 300 mètres plus bas. J’espère vraiment que les organisateurs mettront en place un dispositif de sécurité à la hauteur. Le cyclisme a besoin de nouveautés et d’innovations comme cette double ascension de l’Alpe d’Huez, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut nous imposer de tels risques."