Cyclisme

entretien

Gilles Goetghebuer est le directeur du magazine "Sport et vie". Il a déjà consacré de nombreux dossiers au dopage.

Seriez-vous étonné si les informations données par la presse flamande se révélaient exactes ?

Je ne peux pas me prononcer sur le cas personnel de Patrick Lefevere. Mais cela me paraît plausible. Patrick Lefevere appartient à une génération de sportifs qui étaient tout le temps sous amphétamines. Et pas seulement les sportifs d'ailleurs. Après la guerre, les amphétamines, c'était comme des bonbons. Tout le monde en consommait. Jean-Paul Sartre en prenait 20 comprimés par jour. Nombre de sportifs ont rencontré de graves problèmes. Certains ont été sevrés et s'en sont sortis. D'autres sont devenus fous.

Prendre des amphétamines, c'était alors normal ?

Les amphétamines étaient un peu les antidépresseurs d'aujourd'hui. En France, elles étaient en vente libre jusqu'en 1955. Anquetil, Coppi ont fait leur carrière avec des amphétamines. Ils s'en vantaient. Les amphétamines n'ont été considérées comme une drogue qu'au début des années 1970 et ce n'est qu'aujourd'hui qu'on les présente comme très nocives. C'est pour cela qu'on peut difficilement faire un procès aux coureurs de l'époque pour en avoir pris.

Patrick Lefevere aurait-il pu avoir été de "bon conseil" pour les coureurs qu'il a dirigés ?

Dans le dernier numéro de "Sport et Vie", on a passé en revue tous les directeurs sportifs. On a constaté que lorsqu'ils étaient eux-mêmes coureurs, ils ont pour la plupart un lourd passé en matière de dopage. Certains ont été contrôlés positifs (Guido Bontempi, Julian Gorospe, Roger Legeay, Marc Sergeant). D'autres ont été impliqués dans des affaires de dopage (Jean-René Bernaudeau, Erik Breuking, Manolo Sainz). D'autres encore ont de lourds soupçons qui pèsent sur eux (Johan Bruyneel, Bjarne Riis, Mauro Gianetti). Patrick Lefevere était pratiquement le seul dont le passé de coureur n'était pas entaché par une histoire de dopage, et le voilà maintenant rattrapé. Le gros problème est là. Le cyclisme ne parvient pas à se débarrasser de ceux qui sont responsables de la situation. Je suis dès lors assez pessimiste.

Pourquoi n'y a-t-il pas moyen de se débarrasser de ce fléau ?

Il faudrait du courage de la part des fédérations. Et encore. Ce ne sont pas les fédérations qui disposent du pouvoir financier. Ce sont les équipes et les organisateurs de course. Si une fédération décide de durcir le ton et d'exclure systématiquement ceux qui, de près ou de loin, ont été liés à une affaire de dopage, elle risque de se couper avec le milieu cycliste, qui pourra organiser ses petites courses de son côté.

Y a-t-il des coureurs "propres" aujourd'hui ?

Je le crois. Les choses se sont améliorées. Mais ces coureurs, on ne les retrouve sans doute pas dans les 20 premiers du Tour. Ce n'est quand même pas un hasard si vous retrouvez pendant un certain temps tous des Américains sur le podium, puis des Espagnols.

Il y a eu une période où on ne trouvait que des Belges...

Ah, mais les Belges ont été les rois du dopage. Et il en reste quelque chose manifestement. Regardez le nombre de soigneurs belges que l'on retrouve dans les équipes.