Cyclisme Sept des dix premiers du dernier Tour de France seront au départ à Nîmes.

Dans une nation si follement amoureuse de sport, le frisson des émotions aura, pour une fois, bien du mal à faire oublier le deuil. Au surlendemain des attentats de Barcelone et Cambrils, le Tour d’Espagne s’élancera ce samedi, pour la troisième fois seulement de son histoire, en terres étrangères. Aux abords des arènes de Nîmes, que les coureurs traverseront lors du contre-la-montre par équipes inaugural de 13,7 km, les mesures de sécurité seront à nouveau renforcées, comme lors des trois semaines d’une épreuve au plateau royal. Ambassadeur de tout un peuple, Alberto Contador s’est fendu d’une promesse : "Ces gens n’auront pas raison de notre mode de vie !"

Froome rêve du doublé Tour-Vuelta

Révélé au grand public par le pouvoir de sa seconde place sur la Vuelta 2011 (victoire de Cobo), Christopher Froome est remonté ensuite à deux reprises sur la même marche du podium (2014 et 2016). Un statut de Poulidor du Tour d’Espagne qui commence à agacer quelque peu le leader du Team Sky. "J’ai un compte à régler avec cette épreuve, sourit ainsi le Britannique. J’ai toujours eu un feeling spécial avec cette course mais je n’ai pas encore réussi à l’inscrire à mon palmarès. Je veux franchir le pas et réussir le doublé Tour/Vuelta. Je me sens en mission et cela me procure une grosse motivation à laquelle est venu s’ajouter le sentiment que nous n’avons sans doute jamais aligné une équipe aussi forte sur cette course." Si, dans l’histoire du sport cycliste, seuls Jacques Anquetil (1963) et Bernard Hinault (1978) ont réussi ce doublé la même année, beaucoup ne le jugent pas impossible. "Ma meilleure Vuelta (6e en 2011), je l’avais disputée dans la foulée du Tour, juge ainsi Maxime Monfort. Les trois semaines qui séparent ces deux rendez-vous permettent de récupérer de manière optimale."

Quintana ne défendra pas son titre

Si Froome rêve de s’imposer à Madrid après être monté sur la plus haute marche du podium des Champs-Élysées, Nairo Quintana avait, lui, concentré ses ambitions sur l’enchaînement Giro/Tour en rêvant du doublé. Second de la course au maillot rose, le Colombien n’a jamais été dans le coup en juillet (12e). "Très fatigué", le coureur de la Movistar ne défendra donc pas son titre. Si son programme de course pour la seconde partie de saison reste flou, il a annoncé qu’il participerait au Mondial de Bergen (Norvège).

Un plateau d’une rare densité

Pour se convaincre de la qualité du plateau que proposera cette 72e Vuelta, deux chiffres pourraient suffire : sept des dix premiers coureurs du classement final du Tour et de cinq du Top 10 du Giro seront au départ ce samedi à Nîmes. Pour la toute première fois de sa carrière, Romain Bardet découvrira ainsi l’épreuve espagnole. "Je n’avais encore jamais disputé deux grands tours dans la même saison, analyse ainsi le leader de la formation AG2R-La Mondiale. Après ma troisième place sur les Champs-Élysées, j’ai pris le temps de la réflexion bien que la possibilité d’enchaîner Tour et Vuelta avait été évoquée dès cet hiver. Je me suis senti prêt à relever ce challenge. Cela constitue une étape importante dans la carrière d’un coureur même si mes ambitions ne seront pas les mêmes qu’en juillet. J’essaierai en effet de briller sur les étapes qui correspondent le mieux à mes qualités."

La dernière de Contador

Dossard numéro un de cette Vuelta (un hommage des organisateurs), Alberto Contador s’attaque ce samedi à son 18e et dernier grand tour avant de mettre un terme à sa carrière. "Avant le Tour de France, j’hésitais encore à prolonger celle-ci d’une saison mais j’ai ensuite fait mon choix en juillet, a confié le Pistolero. Durant toute ma carrière je pense pouvoir dire que j’ai été un combattant. Je ne changerai donc pas de philosophie pour mon ultime course. Si mes jambes et la forme de mes rivaux me le permettent je veux tenter de me battre pour la victoire une dernière fois et profiter de ce sentiment. Mais Froome reste le favori à mes yeux. Son équipe est tellement forte…"

Les Belges en chasseurs d’étape

Comme sur le dernier Tour de France, les ambitions belges (17 de nos compatriotes seront au départ) se concentreront sur les victoires d’étapes. Vainqueurs à quatre reprises l’année dernière (deux fois Meersman, Van Genechten et Keukeleire), nos coureurs tenteront de faire aussi bien. Les sprinters Van Genechten, Debusschere et Theuns peuvent rêver d’un succès lors d’une des rares arrivées promises à un emballage massif. Pauwels, De Gendt ou Monfort tenteront, eux, leur chance sur un terrain plus escarpé.