Wiggins: "En France, les dopés sont des héros nationaux"

F.Chl Publié le - Mis à jour le

Cyclisme

Après être sorti de ses gonds en qualifiant de "branleurs", ceux qui le soupçonnaient de dopage sur les réseaux sociaux, Bradley Wiggins a envoyé une lettre au Guardian dans laquelle il se défend des accusations de dopage qui pèsent sur sa personne. Mais le maillot jaune va beaucoup plus loin en n'hésitant pas à égratigner la perception du dopage en France.

"Il y a eu une ou deux questions posées sur le dopage cette semaine et je ne pense pas avoir donné une réponse complète", écrit tout d'abord le coureur de 32 ans. "Je comprends pourquoi on me pose ces questions étant donnée l'histoire récente de ce sport, mais cela m'agace toujours autant", ajoute-t-il.

Le leader de la formation rappelle tout ce qu'il pourrait perdre s'il était chargé. "Pourquoi me doperais-je ? Cela me coûterait tout ce que j'aime dans la vie : ma réputation, ma famille, ma maison, mes médailles olympiques et cetera", explique Bradley Wiggins dans sa lettre.

Le natif de Gand explique surtout le problème de conscience que le dopage lui poserait. "Je ne pourrais pas rester dans ma chambre avec toutes ces affaires au-dessus de ma tête comme une épée de Damoclès, en pensant : Merde, j'espère que personne ne découvrira le pot aux roses", dit-il.

Il va même plus loin en expliquant qu'il aurait du mal à accepter le regard des autres, et surtout celui de ses enfants, s'il utilisait des produits interdits. "Vouloir gagner le Tour à tout prix n'a pas assez de poids en comparaison du risque de tout perdre. Je devrais amener mes enfants à l'école dans un village du Lancashire avec tout le monde me regardant, sachant que j'ai triché", se défend le maillot jaune.

La culture du cyclisme n'est pas la même outre-Manche

Wiggo veut aussi que ses détracteurs admettent qu'il a toujours tenu un discours ferme en matière de lutte contre le dopage. "Ces insinuations me mettent en colère parce que je voudrais que les gens se souviennent des choses que j'ai dites, comme lorsque je suis arrivé au départ du Tour 2006 au moment de l'affaire Puerto, ce que j'ai dit quand Floyd Landis a été contrôlé positif et ce que je disais encore lorsque j'ai été exclu du Tour 2007 avec Cofidis lors du contrôle positif de Christian Moreno", rappelle Wiggins qui raconte ensuite un épisode plus personnel.

"Sur le chemin du retour, j'ai jeté mon équipement de Cofidis à la poubelle, parce que je ne voulais pas qu'on le voit et je m'étais juré de plus jamais recourir parce que j'étais malade de ce qui s'était passé.", affirme-t-il.

Lors du contre-la-montre de Besançon, le Britannique a réalisé une véritable démonstration en reléguant très loin les spécialistes de l'effort chronométré. "Ce que j'ai réalisé lundi, je l'ai accompli parce que j'ai travaillé dur pour combler l'écart qui me séparait de Fabian Cancellara et de Tony Martin", justifie encore le coureur.

Et c'est toujours avec cette volonté de dire qu'il ne sort pas de nulle part qu'il rappelle quelques uns de ses faits d'armes. "Les gens oublient aussi que la marge n'était pas si grande entre moi et les meilleurs. J'étais cinquième du contre-la-montre d'Albi en 2007, derrière Alexandre Vinokourov, Andrey Kashechkin, Cadel Evans et Andreas Klöden. Les deux premiers ayant été testés positifs pour dopage sanguin, j'étais même troisième", précise Wiggins.

En France, dopé = héros

Bradley Wiggins s'en prend aussi la culture cycliste de son pays qui est différente, selon lui, du reste de l'Europe. "La Grande-Bretagne est un pays où le dopage n'est moralement pas acceptable", explique le coureur.

Le maillot jaune qui a évolué pendant six ans dans des équipes françaises, ce qui explique sa maîtrise parfaite, va ensuite lancer une pique aux supporters hexagonaux. "Un coureur comme Virenque a pu se doper, être suspendu, mais est aussi revenu et est à nouveau un héros national". Voilà qui est dit. Mais peut-on lui donner tort sur ce point.

Les performances d'Hesjedal et de... Froome le rassurent

Celui qui domine le Tour de France explique aussi que depuis quelques années, les contrôles anti-dopage sont devenus plus performants et que la mise en place du passeport biologique avait rendu difficile la vie des candidats tricheurs. Pour lui, les prestations récentes de certains coureurs prouvent d'ailleurs cette évolution. "Je pense que notre sport est en train de changer si vous regardez ce que Ryder Hesjedal a réalisé au Giro et ce que Chris Froome a fait à la Vuelta", conclut Wiggins.

C'est sûr, les propos de Bradley Wiggins risquent encore d'alimenter des polémiques sur les routes de la Grande Boucle. Mais aura-t-il réussi à convaincre les sceptiques ?

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