Football

Au moment précis où Dieumerci Mbokani a inscrit le but de la victoire à la 77e minute du match qui opposait le Standard à son ancestral rival anderlechtois, dans un stade de Sclessin porté au point d'ébullition, le club liégeois a mis un terme à vingt-cinq années de déceptions, d'échecs, de plantages, de ratages, de désillusions, de déboires, de déconvenues, de rendez-vous manqués, de trébuchement sur la dernière marche, de "caramba ! encore manqué", bref, de frustration.

Un quart de siècle pendant lequel les Rouches ont couru en vain derrière (et parfois loin derrière) un titre de champion de Belgique, tombé pour la huitième dernière fois dans l'escarcelle des Liégeois pour la dernière fois en mai 1983.Un quart de siècle au cours duquel le matricule 16 a mis un point d'orgue à taper à côté de la cible qu'il visait en début de saison, avec une constance qui force le respect et provoque l'hilarité des supporters adverses. Un quart de siècle qui a vu le Standard se forger une image de loser magnifique du football belge, plus collante qu'un morceau de caramel mou sur la molaire du fond.

Retour sur vingt-cinq années d'obscures galères, faiblement éclairées par de trop rares coups d'éclat, en compagnie de différents protagonistes, joueurs, entraîneur ou dirigeant.

Le trou noir des années 80

Vainqueur de la Coupe de Belgique en 81, Double vainqueur du championnat en 81-82 et 82-83, finaliste européen contre à Barcelone en 1982, le Standard est, à l'entame des années 80 un cador du football belge. Malgré le départ de son capitaine Eric Gerets et celui de son maître à jouer Arie Haan, l'équipe championne, dirigée parce finaud tacticien de Raymond Goethals a conservé son ossature. Mieux, pense-t-on alors : transféré de Hambourg pour compléter le lot, l'Allemand Horst Hrubesch, n'est certes plus de prime jeunesse, mais sa réputation de Panzer des rectangles laisse imaginer qu'il ne va faire qu'une bouchée des défenses adverses.

C'est pourtant lors de cette saison 1983-84 que les ennuis vont commencer. Non seulement les Rouches ne terminent qu'à la 4e place, loin derrière Beveren. Mais surtout l'enquête du juge Bellemans, qui épluche les comptes des clubs belges, révèle que le Standard a truqué l'avant-dernière rencontre match du championnat 81-82 : les joueurs liégeois avaient promis leur prime de match à leur adversaire limbourgeois de Waterschei afin que ces derniers lèvent le pied lors de la rencontre décisive. L'équipe est décimée au trois-quart par les suspensions qui frappent ceux qui ont disputé le match maudit. Le Standard termine la saison avec des gamins de quelques anciens et s'incline en finale de la Coupe de Belgique contre La Gantoise. Rideau sur l'âge d'or. Etienne Delangre, qui a disputé 11 saisons en équipe première était de ces jeunes pousses qui tentèrent de maintenir le navire à flot. "Je me suis retrouvé l'un des plus anciens de l'équipe, à 21 ans à peine!", se souvient l'Ardennais.

La saison suivante (1984-85), l'entrepreneur hutois André Duchêne prend les rênes d'un club ­ longtemps dirigé par l'autoritaire Roger Petit, radié pour la faute commise trois ans plus tôt... Le Standard est financièrement et sportivement exsangue. "Quand je me suis investi dans le club, la situation était vraiment catastrophique" se souvient André Duchêne. "Le Standard avait besoin d'un nouveau stade, et j'ai proposé de reconstruire la tribune 1 avec les loges sans que cela ne coûte un franc au club, à condition d'avoir la jouissance des loges pendant 10 ans. Il y avait 15 ou 16 administrateurs et le club était ingérable. Nous avons constitué une SA, et j'ai pris la propriété du Standard en m'entourant de quatre Liégeois - Wauters, Defourny et Forêt, chacun ayant ses spécificités. Au niveau sportif, notre ambition était très limitée à ce moment-là , en raison du lourd passé, notamment fiscal du club".

La saison du Standard est à l'image de son stade, démoli pour cause de rénovation : un chantier. Les Liégeois terminent 8e, à 23 points d'Anderlecht. Viré pour faire place au Yougoslave Michel Pavic, le Luxembourgeois Pilot ouvre le bal de la grande valse des entraîneurs.

La saison 85-86 promet d'être celle du renouveau. Après un premier tour poussif, les Rouches emmenés par Bodart, Czernia, Renquin et Clasen achèvent la saison en trombe pour finir 3e. S'offrant au passage un succès de prestige à Sclessin contre Anderlecht, grâce à un but de Freddy Luyckx. Les supporters liégeois ne le savent pas encore, mais il leur faudra attendre 14 ans pour voir semblable événement se reproduise. On le croit guéri, le Standard n'est que convalescent.Etincelant lors du premier match de la saison 86-87, le meneur de jeu yougoslave Vladimir Petrovic va progressivement s'éteindre et trouver une place de choix sur l'interminable liste des transferts ratés du Standard ­- que compléteront, au fil des années Hermosillo, Bognar, Butoiu, Jaskulski, Garbini, Matias sans oublier les Belges M'Buyu, Medved, de Condé, Renier, Suray, Pierre, Cavens... et on en passe. Le ressort se casse définitivement à l'automne, lorsque le Standard est éliminé par les Autrichien d'Innsbruck. Ce sera, avant longtemps, la dernière apparition sur la scène continentale d'un club dont les supporters vont être longtemps condamnés à suivre les exploits des autres équipes belges à la télévivre. Le Standard termine le championnat à une anonyme 10e place.

Et malgré les discours rassurants de l'été, la saison 87-88 sera du même tonneau. "Lors de la saison qui a suivi celle de l'éclatement de l'affaire, on voulait revenir directement au top. Les gens vivaient encore avec le rêve des équipes des cinq années précédentes, qui dominaient la Belgique. Mais au Standard, ça a toujours été très difficile de garder on calme. On annoncait des choses en début de saison, pour jeter de la poudre aux yeux des supporters, alors que je savais que le noyau ne recelait pas assez de qualité pour jouer les premiers rôles" regrette le Luxembourgeois Guy Hellers, joueur emblématique d'un club dont il a porté les couleurs pendant plus de 15 ans.

L'entraîneur René Desayere tiendra deux mois, avant d'être remplacé par Pavic, auquel il venait de succéder. Faute de résultats, Pavic est privé de la finale de la Coupe de Belgique, perdue 2-0, contre un Anderlecht supérieur.

En 88-89, le jovial Urbain Braems prend ses quartiers à Sclessin. Une fois encore, le parcours des Liégeois s'apparente aux montagnes russes. Braems parvient à qualifier le Standard pour une nouvelle finale de Coupe, au détriment du FC Liégeois devenu numéro un dans la Cité ardente. Au Heysel, l'adversaire s'appelle toujours Anderlecht. Les Bruxellois repassent les plats en infligeant aux Rouches le tarif... standard (2-0).