Football

L'élimination précoce de favoris comme l'Allemagne, l'Argentine et l'Espagne lors du Mondial 2018 est due au nombre excessif des matchs joués par leurs meilleurs joueurs, a estimé, lundi, l'ancienne star du football croate Davor Suker. 

"Quelque chose est en train de se passer avec les favoris", indique celui qui est aujourd'hui le président de la fédération croate de football. "La Fifa et l'UEFA devraient réfléchir à réduire le nombre de matchs." 

"Nous avons trop de matches, des amicaux ou encore la Nations League. Je sais que l'argent et les droits télés sont importants. Mais nous devons réduire le nombre de rencontres."

Davor Suker s'exprimait ainsi après que son pays a éliminé le Danemark, dimanche soir, aux tirs aux buts. L'Allemagne a, elle, été éliminée en phase de poules. L'Argentine et l'Espagne n'ont pas passé les huitièmes de finale.

Selon Davor Suker, les problèmes pourraient se poursuivre pour l'Euro-2020 qui sera joué dans 12 pays différents à travers le continent.

"Vous pourriez jouer votre premier match à Bakou, puis jouer à Munich. Les joueurs n'apprécient pas tous ces voyages."


Exemples et contre-exemples

Sur le fond Davor Suker a raison. L'accumulation de rencontres est telle qu'on sent bien que plusieurs joueurs-clé sont arrivés carbonisés au Mondial. Un exemple parmi d'autres: l'Allemand Tony Kroos, le métronome de l'équipe allemande, a sans doute marqué un coup-franc magnifique contre la Suède, permettant à la Mannschaft de continuer à rêver avant le terrible crash contre la Corée mais on voyait bien qu'il était à la ramasse comme plusieurs coéquipiers. Le milieu de terrain avait, il est vrai, terminé sa saison moins de quinze jours avant le début de la Coupe du monde par une finale victorieuse de la Ligue des champions avec le Real Madrid dont il est l'un des leaders incontesté. Autre illustration: son compère Christiano Ronaldo, flamboyant avec le Portugal contre l'Espagne lors du premier match, a été quasiment invisible contre l'Uruguay en huitième.

Mais il existe des contre-exemples. Jusqu'à présent (croisons les doigts) les marathoniens belges et anglais du championnat d' Angleterre ont plutôt tenu la distance. De Bruyne, Hazard, Lukaku, Kane, Vertonghen etc carburent toujours au super. Certains, toutefois, ont connu, au cours de la saison, des coups d'arrêt qui leur ont permis de se reposer quelque peu. Qui sait par exemple si Vermaelen, Kompany et Batshuayi n'ont pas eu raison de se blesser, eux qui sont de retour en équipe nationale à temps et dans un état de fraîcheur sans doute meilleur que celui de nombre de vedettes d'équipes désormais éliminées.

Pour en revenir aux propos de Davor Suker, les joueurs français et brésiliens lui donnent également tort. Voilà des éléments évoluant dans les équipes du top, qui ont été sur le pont tout le long de l'année et qui en ont encore pas mal sous les semelles.

Des êtres humains pas des robots

Pour autant, les instances internationales feraient bien de méditer les propos du président de la fédération croate. On a parfois l'impression qu'elles traitent les joueurs de foot comme des hommes sandwiches. Le fait qu'ils soient royalement payés ne doit pas faire oublier que ce sont des hommes et pas des machines. Jouer avec leur santé n'est pas sain. Or, de nouvelles compétitions voient le jour, on a donné la coupe du monde 2022 au Qatar et on a failli l'organiser en été, on va augmenter le nombre de participants des futurs tournois. Une surenchère qui permet d'amasser du pognon tant qu'on en veut sur le dos de l'intégrité physique d'athlètes qui risquent de se mettre à tricher, comme leurs confrères de certains autres sports. Si ce n'est déjà fait…