Football

C’était il y a quelques jours à peine. Comme une parenthèse habilement ouverte lors de la remise des "Mérites Sportifs", Aloys Nong et la fondation Samilia se retrouvaient honorés.

Honorés pour avoir dénoncé au jour le jour la traite des êtres humains dont le football belge continue de se faire le porte-drapeau désolant et désolé.

Voilà un peu plus d’un an, "Paris-Match" décidait ainsi de frapper un grand coup et de secouer le plancher à la lueur d’une enquête sobrement intitulée "Les Damnées du foot".

Avec une lumière crue, pratiquement aveuglante sur les trois cents à quatre cents joueurs africains venus en Belgique chaque année avec l’espoir d’une carrière dorée. Des joueurs presque aussitôt réduits à la vie de sans-papiers et de naufragés.

Douze mois après ce reportage et ses premiers ricochets, les chiffres de vies défaites continuent pourtant de se conduire avec une étonnante stabilité.

Rien n’a changé

Autour d’Anderlecht et du terrain de "La Roue" aux lignages gommés par les traces récentes du froid, un microcosme est d’ailleurs là pour en attester.

Tous les matins, une trentaine de footballeurs africains dont nul ne connaît l’adresse, l’âge réel ou les papiers continuent de s’exercer pour entretenir leur condition mais aussi (et surtout) pour oublier. En octobre dernier, à l’occasion d’une action de sensibilisation, l’attaquant montois, Aloys Nong y passa près d’une journée. Davantage pour y distribuer une trentaine d’équipements et d’encouragements que pour ressasser son histoire. Celle d’un homme passé par tous les chemins de traverse avant de connaître les sentiers de la gloire. "Je crois que beaucoup de gens connaissent désormais ma vie. Tout a commencé en 2001. A l’époque, j’étais encore mineur. Je suis arrivé à Paris en provenance du Cameroun. Nous étions sept joueurs et avons été accueillis chez une dame. Nous dormions tous dans une chambre et disposions de deux matelas. J’avais débarqué avec un visa touristique. Quelques semaines plus tard, on s’est fait virer de là. Mes papiers avaient expiré. J’étais tombé dans l’illégalité."

Visa touristique

Un visa touristique ou bien scolaire. Tel est donc le subterfuge régulièrement employé par certains agents pour faire monter en Europe des jeunes talents africains, en sachant pertinemment que dans un cas sur cent seulement, le jackpot finira par tomber. Nong parvint, suite à un essai concluant du côté de Liège, à se ranger du côté de cette inquiétante minorité. Ishiaku, passé entre autres par le Club de Bruges, appartient lui aussi à ces exceptions de joueurs partis de rien pour décrocher un contrat. Des exceptions vendues comme du rêve pour faire oublier le sort de centaines d’écorchés. "De notre côté, on s’en est finalement tous tiré. J’ai encore des nouvelles de mes six compagnons. Je suis le seul à avoir réalisé mon rêve en devenant joueur pro. Mais, heureusement, ils ont tous trouvé une situation stable", confiait il y a peu Aloys Nong sans s’aveugler.

Belgique, la plaque tournante

Car en dépit de toutes les actions (et dieu sait si la fondation Samilia ne cesse de se secouer) et de toutes les intentions, la Belgique continue de briller par la noirceur de son état. Avec dépit, les responsables politiques sont aujourd’hui forcés d’avouer que son statut de plaque tournante dans le trafic d’êtres humains continue de se justifier. Parce que le salaire minimum y est largement inférieur à celui fixé dans d’autres pays étrangers. Parce que le championnat belge continue de porter l’image d’une vitrine pour ceux qui voudraient ensuite filer vers des compétitions étrangères plus relevées. Parce qu’en Belgique, le statut d’agent de joueurs reste très mal encadré. "Il existe pourtant le décret du 13 mars 2003", répondait il y a peu le Ministre des Sports, André Antoine à une interpellation du député Jean-Luc Crucke. "Un manager reconnu en Wallonie pourrait se voir interdire son activité s’il enfreignait ce décret. Encore faudrait-il qu’une plainte soit déposée et que le service d’inspection sociale puisse le surprendre "

Des plaintes que des joueurs africains rapidement réduits à l’illégalité ne peuvent naturellement pas déposer. "Il faut se rendre compte de ce que c’est", précise Aloys Nong. "Nous étions tout simplement livrés à nous-mêmes. Nous faisions des tests dans divers clubs. Après les entraînements, nous nous retrouvions souvent dans des centres commerciaux où certains nous permettaient de manger. Nous prenions souvent les transports en commun sans avoir payé. Et puis, nous vivions la peur au ventre. Car, si nous nous étions fait prendre, nous aurions dû rentrer au pays." Alors même que le grand saut vers l’Europe leur avait déjà coûté la bagatelle de 5000 euros (une partie passant quasi naturellement dans la poche des agents concernés)

Un espoir

Du coup, au milieu de toutes les tables rondes et des vraies ou des fausses bonnes idées, un seul espoir véritable espoir semble se dessiner. Celui de voir le Traité de Lisbonne, qui inscrit pour la première fois le sport comme une compétence européenne, pousser les pays de l’Union et la Commission à se lancer dans une réglementation et un effort communs.