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le heysel

Des erreurs à tous les étages

J.-C.M.

Mis en ligne le 27/05/2005

Stade vétuste, absence d'unité de commandement, préparation insuffisante, forces de l'ordre trop peu nombreuses et mal utilisées... Les causes du drame sont nombreuses. Seuls les services de secours n'ont rien à se reprocher.

Avec 20 ans de recul, il est évidemment plus facile de mettre en avant les éléments qui ont rendu la tragédie du Heysel possible. On a longtemps dit que sans les errements de la gendarmerie, le drame n'aurait pas eu lieu. Le lieutenant-général Robert Bernaert, aujourd'hui à la retraite mais présent dans le stade, le 29 mai, en tant qu'invité, ne nie pas qu'il n'y avait sans doute pas assez d'hommes dans le stade avant les événements (voir ci-dessus). Il reconnaît que c'est une unité territoriale de réservistes et non une unité spécialisée dans le maintien de l'ordre qui avait été chargée d'assurer la sécurité du bloc Z, tout cela parce que la visite du Pape, quelques semaines auparavant, avait mobilisé des moyens humains colossaux et que fin mai, pas mal de gendarmes récupéraient de leurs heures supplémentaires.

Il admet que le grillage séparant les blocs Y et Z n'était gardé que par une dizaine d'hommes à peine, pas assez pour empêcher une meute de supporters avinés de renverser l'obstacle. Il ne nie pas que le système de liaison radio a très mal fonctionné. Mais il n'entend pas que toute la responsabilité de la catastrophe ait été imputée au corps auquel il appartenait.

Il est vrai que bien d'autres erreurs ont été commises. L'UEFA avait, quelques semaines avant la rencontre, inspecté le stade mais sans quitter la tribune officielle. Un examen un peu plus sérieux aurait peut-être permis de constater que les tribunes latérales étaient en mauvais état. Les hooligans, eux, s'en rendirent immédiatement compte, qui utilisèrent, notamment, des morceaux de béton comme projectiles. En bonne logique, le bloc Z n'aurait dû accueillir que des supporters neutres. Mais la billetterie fonctionna mal, des tickets furent vendus à des Italiens ou à des agences de voyage traitant avec des clients transalpins. Cela, les gendarmes l'ignoraient.

Curieux aussi, le fait que le maintien de l'ordre à l'intérieur du stade ait été confié à la fois à la gendarmerie et à la police de Bruxelles alors que l'unité de commandement s'imposait. Le fait que le stade ait été la propriété de la Ville explique sans doute pourquoi ce choix suicidaire a été fait.

Secours efficaces

Lorsque le drame s'est joué, ce fut la pagaille. Plusieurs témoignages évoquent le comportement étrange du bourgmestre de Bruxelles, Hervé Brouhon, traitant avec mépris le ministre italien de l'Intérieur qui, plus lucide que quiconque, exigeait qu'on prenne des mesures et vite. L'un des plus prompts à réagir fut M. Bernaert mais il mit de longues minutes avant de trouver un combiné téléphonique lui permettant d'appeler des renforts. Ceux-ci, hélas, arrivèrent deux minutes après l'effondrement du mur ceignant le bloc Z.Finalement, les seuls à échapper aux critiques (la Commission d'enquête parlementaire fut d'ailleurs élogieuse à leur endroit) furent les services de secours. Ils accomplirent des miracles en dépit d'un manque criant de moyens. Le plan catastrophe, déclenché pour la première fois ce soir-là, était prévu pour prendre en charge 50 personnes. La Croix-Rouge dut ce soir-là, ainsi que le rappelle Paul Grignet, responsable provincial à l'époque, en gérer 430, sans compter les évacuations privées, dans des voitures particulières ou des taxis.

Francis Boileau, porte-parole des pompiers de Bruxelles, n'en estime pas moins qu'à l'époque la Belgique n'était pas préparée à un événement de cette ampleur, qu'elle n'avait pas pris la mesure du phénomène du hooliganisme.

L'Union belge n'avait prévenu la Croix-Rouge de la tenue d'un match au sommet que quelques jours avant l'échéance et les pompiers n'avaient pas été invités aux réunions de préparation. Comme si rien de grave ne risquait de se produire...

© La Libre Belgique 2005

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