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le heysel
«Rien à se reprocher»
V.d.W.
Mis en ligne le 27/05/2005
Charles-Ferdinand Nothomb était ministre de l'Intérieur (PSC à l'époque) dans un gouvernement dirigé par Wilfried Martens. Les faits du 29 mai sont évidemment gravés dans sa mémoire (Il en a tiré un livre intitulé «La vérité est bonne»). Mais cette soirée n'est pas, dit-il, le plus mauvais souvenir de sa carrière car vingt ans plus tard, il estime toujours n'avoir commis aucune faute et donc, avoir eu raison de résister à ceux qui demandaient sa démission. «Je savais que le match était important: il avait, compte tenu de ce fait, été préparé comme d'habitude lors d'une concertation entre les organisateurs et les forces de l'ordre, sous mon égide. On avait dû régler un problème de rivalité entre les deux polices. Souvent le dispositif était: police à l'intérieur et gendarmerie à l'extérieur. Finalement, on avait décidé de mettre des policiers et des gendarmes à l'intérieur et à l'extérieur.»
Charles-Ferdinand Nothomb n'avait pas l'habitude d'assister à des matches de foot, ni même de les regarder à la télévision. «Mais ce soir-là, un de mes amis était à la maison, dans mon logement à Etterbeek, et il avait souhaité regarder la rencontre. J'étais donc devant mon poste de télévision, exceptionnellement.» Très vite, face aux terribles images, il tente de prendre contact avec ses principaux conseillers en la matière: le gouverneur du Brabant, le bourgmestre de Bruxelles, le général de la gendarmerie, le commissaire de police de Bruxelles et son chef de cabinet, Raymond Langendries. Mais ceux-ci sont, eux, tous au stade. Après de multiples tentatives (il n'y a pas encore de GSM à l'époque) Nothomb finit par entrer en contact avec eux. «Je constate d'emblée qu'étant à l'intérieur du stade, ils sont moins informés que moi: ils voyaient bien des mouvements de foule mais ignoraient qu'il y avait des morts. La première question à régler était de savoir s'il fallait jouer le match. Je leur ai dit que s'ils prenaient la décision de ne pas faire jouer le match, j'en prendrais la responsabilité politique.»
Après délibération, ils estiment préférable de laisser le match débuter car dans le cas contraire, il serait impossible de maîtriser la foule: la plupart des supporters ignorent d'ailleurs le drame qui vient de se produire. Et si on leur explique les raisons d'une annulation, ce sera l'émeute. Le général de gendarmerie s'engage à doubler les effectifs de la gendarmerie pendant les 90 minutes du match pour permettre, à la sortie, un écoulement normal des supporters. «Plus tard dans la soirée, j'ai reçu un coup de téléphone du Premier ministre italien, Bettino Craxi, qui se trouvait à Moscou et qui ne comprenait pas pourquoi le match avait lieu.»
Informé d'un premier bilan qui fait état de plusieurs morts, Charles-Ferdinand Nothomb décide cependant de ne pas se rendre sur place: «C'est dans mon caractère. Je n'aime pas suivre les faits divers. Je dois prendre les décisions et rester atteignable. Si je quitte mon domicile, je ne le suis plus.» Trois quarts d'heure plus tard, il reçoit un appel de la RTBF qui lui propose une interview. «J'ai accepté. Le journaliste est arrivé à mon domicile et m'a interrogé immédiatement sur l'insuffisance des forces de l'ordre. J'ai replacé la responsabilité première là où elle se trouvait, à savoir chez les organisateurs: le bloc Z ne devait pas être occupé par des supporters italiens mais par des Belges. Il devait donc être neutre et ne devait pas être protégé: cela explique la faiblesse de la gendarmerie à ce moment-là et à cet endroit-là. Ce sont donc bien les organisateurs qui sont responsables, eux qui n'ont pas pu empêcher le marché noir par lequel des billets destinés aux Belges ont été revendus à des Italiens.»
Après, le ministre de l'Intérieur a suivi le déroulement de la rencontre et les responsables du maintien de l'ordre sur place l'ont informé de la bonne évacuation du stade. Les Italiens sont retournés dans leur train et les Anglais dans leur bateau, dans un calme relatif.
Y a-t-il eu des contacts ministériels au plus haut niveau? Charles-Ferdinand Nothomb se souvient d'un appel du Premier ministre, Wilfried Martens, au cours de la soirée. Mais ce soir-là, les autres vice-Premiers ministres (Jean Gol, Guy Verhofstadt, Jean-Luc Dehaene) ne se sont pas manifestés. Le lendemain matin, dès 9 heures, le roi Baudouin a fait venir Charles-Ferdinand Nothomb pour qu'il lui explique sa position. Ce qu'il a fait longuement. «Puis il y a eu un Conseil des ministres au cours duquel ma position n'a pas été remise en cause. Je me souviens qu'un de mes collègues de l'époque, Michel Hansenne, alors ministre de l'Emploi, m'a dit: «Si tu maintiens cette position, apprête-toi à prendre beaucoup de coups...» Ils sont venus plus tard lorsque le monde sportif, relayé par les libéraux, a jugé que Charles-Ferdinand Nothomb portait une part de responsabilité dans la faiblesse du déploiement des forces de l'ordre et qu'il aurait dû démissionner. Ce qu'il a toujours refusé de faire. La crise politique qui s'ensuivit entraîna finalement des élections qui furent légèrement anticipées (voir par ailleurs).
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