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Les insultes fusent toujours
J.-C.M.
Mis en ligne le 20/09/2011
Rien n’y fait. Les saisons se suivent et se ressemblent dans certains stades de Belgique, comme ceux du Beerschot et de Genk. Dans les travées du Cristal Arena, dimanche soir, des "supporters" limbourgeois ont, une nouvelle fois, chanté sur l’air des lampions "et les Wallons, c’est du caca".
Le 26 novembre 2007, un incident du même type avait terni le match de coupe Genk - Olympic de Charleroi, arrêté par l’arbitre Claude Bourdouxhe ; puis, le 1er novembre 2008, le noyau dur du kop genkois avait pourri la rencontre Tubize - Genk, ce qui avait fait sortir de ses gonds Louis Derwa, le manager du club brabançon.
A l’époque, le comité exécutif, à l’instar du président de la NV-A Bart De Wever, dont les lieutenants ont manifesté main dans la main avec les patrons du parti raciste Vlaams Belang, dimanche, à Linkebeek, avait considéré que les chants des Limbourgeois devaient être assimilés à une manifestation "ludique et taquine".
Quelques semaines plus tard, lors d’une rencontre entre l’Antwerp et Virton, les partisans de l’équipe anversoise traitaient les Wallons de "pédophiles".
La classe politique s’en était émue mais les choses n’ont pas fondamentalement changé. Le 19 août 2011, lors du match Lierse - Beerschot, le gardien de but de l’équipe locale, le Japonais Eiji Kawashima, avait été la cible de chants rappelant la catastrophe de Fukushima entonnés par des supporters du Beerschot. L’arbitre Luc Wouters avait arrêté la partie pendant quelques minutes.
Le Beerschot a été condamné à une amende de 24 700 euros pour ces faits par le Comité sportif de l’Union Belge de football. Mais le club a fait appel, lundi, estimant que sa condamnation bafouerait le droit. Il avance qu’il ne peut être considéré comme responsable de fautes commises par des tiers.
Voici quelques années, un juge de paix de Virton avait en effet considéré que l’Union Belge n’avait pas le droit d’infliger une amende au club de promotion de Bleid dont les supporters s’étaient mal conduits. Le juge avait estimé que le règlement disciplinaire de l’Union Belge trahissait le principe de la personnalité de la peine, en considérant que chaque club est présumé responsable des agissements de ses supporters, alors que la loi pénale veut que l’on ne puisse jamais punir que le responsable lui-même d’un acte fautif. Il existe toutefois des décisions contraires à celle-ci.
En vérité, poursuivre des agissements comme ceux qui se sont produits dimanche à Genk n’est pas chose aisée. La loi réprimant les faits de racisme exclut de son champ d’application les comportements incitant à la discrimination, la violence ou la haine sur la base de l’emploi d’une langue. Ces comportements tombent sous le coup de la loi anti-discrimination. Gros bémol : l’instance à laquelle devait être confiée la mission de traquer les infractions n’a jamais été installée.
Cela dit, les chants provocateurs peuvent être punis sur pied de "la loi football", dont un article vise les comportements incitant à la haine ou à l’emportement à l’égard d’une ou plusieurs personnes. Attention toutefois : les faits doivent avoir été constatés par des policiers et consignés dans un procès-verbal. Lorsque c’est le cas, le parquet peut poursuivre ou transmettre le dossier à la cellule foot du ministère de l’Intérieur, dont un conseiller peut prendre des sanctions. Chose très rare.
Enfin, le code disciplinaire de la Fifa, intégré dans son règlement interne par l’Union Belge, prévoit des sanctions contre les supporters haineux et contre les clubs concernés, "même en l’absence de comportement fautif ou manquement qui leur soit imputable". Mais ce code (voir plus haut) semble en contradiction avec le droit pénal.
Le sénateur MR Alain Courtois nous confiait, lundi, qu’il était grand temps de mettre en œuvre l’arsenal juridique dont disposent toutes les instances concernées par ce fléau. Il relevait par ailleurs le côté piquant de la situation vécue dimanche : "Voir un arbitre noir arrêter un match pour cause d’insultes communautaires montre que les choses ont bougé en Belgique."
Au-delà de la boutade, reste le constat. A l’heure où la Belgique vit des heures tendues, des agissements comme ceux auxquels les stades flamands nous habituent semaine après semaine n’ont rien ni de glorieux, ni de rassurant.
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