La Libre.be > Sports > Football > Article
le heysel
Pas en voie de disparition
LAURENCE DARDENNE
Mis en ligne le 27/05/2005
ENTRETIEN
Sociologue à l'Institut national du sport et de l'éducation physique, en France, Patrick Mignon est spécialiste en «supportérisme» et en hooliganisme.
Qu'est-ce qui se cache derrière le hooliganisme?
On peut distinguer trois types de niveaux. Il y a d'abord la place occupée par le football dans l'univers du spectacle et du sport. Ensuite, il y a l'importance de créer des expériences pour des jeunes hommes à travers les rencontres de football et l'exercice de la violence. Enfin, on peut s'interroger sur la capacité de nuisance que peuvent avoir certains groupes à connotation idéologique utilisant le sport pour faire circuler leur idéologie.
Existe-t-il un profil type du hooligan?
Non, si ce n'est qu'il s'agit toujours d'hommes. A part cette caractéristique commune, il n'existe pas de profil socio-démographique type. On peut même dire qu'il y a plutôt une rencontre de gens venant d'horizons sociaux assez différents, avec des niveaux de qualification très divers.
Un des buts recherchés est-il de détourner le spectacle du terrain vers les gradins?
Oui, bien que ce phénomène soit partagé par beaucoup de supporters. Dans le cas des hooligans, il y a une dimension supplémentaire dans la mesure où ils sont les organisateurs du désordre.
Ils éprouvent un certain plaisir à voir que l'on a mobilisé des forces de l'ordre ou que l'on s'intéresse à eux dans les médias.
Pourquoi le hooliganisme s'est-il développé autour des stades de foot plus que de basketball?
Parce qu'il s'agit du sport le plus populaire dans la quasi totalité des pays d'Europe. Il attire donc des gens d'horizons très différents.
Il se déroule dans un lieu spectaculaire où le contrôle social à l'intérieur de la foule fonctionne beaucoup plus difficilement.
Le champ d'action est donc très grand. Par ailleurs, il faut savoir que le hooliganisme s'est souvent installé dans les stades à une époque où le nombre de spectateurs baissait. Ceci est vrai en Italie, en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne.
Dans quel sens le hooliganisme a-t-il évolué en vingt ans?
Le phénomène n'a pas disparu. S'il a incontestablement diminué en Grande-Bretagne suite aux mesures policières et économiques, ainsi que suite à la transformation des stades, il s'est diffusé, sous des formes différentes, passant des niveaux les plus hauts aux divisions inférieures, soit en se développant dans les pubs ou alors dans les déplacements des équipes aux alentours des stades.Cela dit, dans certains pays, comme la France, il s'est en revanche développé. Le Heysel a un peu été un point de départ pour rendre publics et visibles les hooligans français. Mais le phénomène, en tant que hooliganisme pur et dur, demeure marginal.
Pensez-vous que le hooliganisme disparaitra un jour?
Non, il n'a aucune raison de disparaitre. Il répond à des cycles. Je suis persuadé que l'on assistera périodiquement pendant des années encore à des accès de hooliganisme.
Le fait que des gens deviennent hooligan et prennent gout à la violence demeurera. Nous ne sommes en effet pas dans une société où les phénomènes de socialisation, d'intégration ou de développement de la culture de masse feraient disparaitre du jour au lendemain le fait que la violence soit pour certains individus une chose extrêmement plaisante. Pas plus qu'il n'y a de raison que les motifs de type idéologique ou raciste disparaissent soudain.
© La Libre Belgique 2005
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens