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Des cris de singe entendus lorsque Paul Pogba touchait un ballon, ou quand Ousmane Dembélé bottait un corner, mardi soir lors d'un match amical international remporté 1-3 par la France à Saint-Pétersbourg, et voilà la Russie à nouveau pointée du doigt pour le racisme présent dans ses tribunes, à moins de trois mois de la Coupe du Monde (14 juin-15 juillet) qu'elle organise.

Le stade de Saint-Pétersbourg avait déjà été le théâtre d'un "comportement raciste", selon la terminologie de l'UEFA, lors d'un match d'Europa League le 15 mars entre le Zenit et le RB Leipzig. L'affaire doit être étudiée par l'instance disciplinaire de l'UEFA le 31 mai.

La fédération internationale de football (FIFA) réunit "les potentielles preuves concernant les incidents discriminatoires rapportés dans les médias", et attend notamment le rapport d'un observateur de l'organisation Fare, une ONG qui lutte contre les discriminations dans le foot, présent au stade mardi soir, pour apporter davantage de commentaires".

"Le racisme n'a pas sa place sur les terrains de football. Nous devons agir de concert au niveau européen et international afin de faire cesser ces comportements inadmissibles", avait réagi plus tôt mercredi la ministre des Sports française, Laura Flessel, sur son compte Twitter.

Les joueurs concernés n'ont pour leur part pas réagi après la rencontre, face à la presse ou sur les réseaux sociaux, et l'attaché de presse de l'équipe de France Philippe Tournon prétend n'avoir "rien entendu depuis le banc de touche, ni ensuite entre les joueurs dans les vestiaires".

Présent en tribunes mardi, Ronan Evain, président du réseau européen de supporters Football Supporters Europe (FSE), n'a pas entendu non plus de cris de singe, comme "de très nombreux autres observateurs". "Il semble que cela soit un incident relativement isolé", explique-t-il. "Quand ce sont 200 personnes qui le font dans un stade, c'est très facile à identifier".

Les services de la Fédération russe (RFU) n'ont eux non plus "rien entendu ou enregistré de ce type", a pour sa part indiqué son responsable du département sécurité Alexeï Tolkatchiov. "Mais si cette information est confirmée, nous allons bien sûr étudier la vidéo et tout ce qui s'est passé autour du match, et donnerons notre évaluation ensuite".

L'affaire est embarrassante pour la fédération russe, qui a fait des efforts pour endiguer le phénomène dans la perspective de la Coupe du Monde.

"Les manifestations politiques, les cris de singe sont nettement en baisse dans les tribunes, même si l'on dénombre encore quelques incidents sur les deux dernières saisons", note Ronan Evain, spécialiste du supportérisme russe. "Les clubs sont porteurs d'un message antiraciste, et les autorités russes mettent une pression forte sur les leaders de groupes de supporters et les groupes pour que tout se passe le mieux possible" lors de la Coupe du Monde.

La Fédération russe a notamment nommé l'ancien international Alexeï Smertine inspecteur chargé des questions de racisme et de discrimination dans le football en juin dernier.

Mais "on ne change pas la société juste en convaincant les supporters de ne pas faire de cris de singe", observe Ronan Evain. Difficile par conséquent de résoudre le problème en moins de trois mois...