Football

Entretien

Ancien joueur du Real Madrid et de l'équipe nationale espagnole, ex-coach du Real (à l'équipe des Galactiques), Vicente Del Bosque (58 ans) a succédé, en août dernier, à Luis Aragones à la tête de l'équipe d'Espagne, sacrée championne d'Europe en juin. Un vrai défi pour ce gentleman du football. Entretien à bâtons rompus.

Considérez-vous ce match en Belgique comme une formalité ?

Pas du tout. Au contraire ! Avec la Turquie, la Belgique est notre principal adversaire dans ce groupe. Je sais qu'elle sort d'une longue traversée du désert. Mais la nouvelle génération a énormément de qualités, à l'image de Kompany, Simons, Fellaini ou Sonck. J'ai vu les vidéos de plusieurs matches de l'équipe olympique à Pékin, j'ai lu les rapports de mes collaborateurs qui étaient présents à Istanbul ou à Bruxelles. Je ne m'attends pas à un match facile et j'ai déjà prévenu mes joueurs.

Quels sont les points forts de l'équipe belge ?

Je crois que c'est son nouvel état d'esprit et son envie de réussir. Lorsque j'étais joueur au Real Madrid, la Belgique était une vraie puissance dans le monde du football. Elle possédait des joueurs de grande qualité comme Pfaff, Gerets, Vercauteren, Ceulemans ou... Vandereycken qui donnaient tout sur le terrain. Lors de l'Euro 1980, auquel j'avais participé, elle avait battu l'Espagne 2-1. Et tout le monde se souvient aussi du Mundial 86 et du match de Puebla. Je crois que l'équipe belge d'aujourd'hui a les mêmes valeurs et forme un vrai bloc.

Sur le papier, l'Espagne est néanmoins largement supérieure...

C'est sur le terrain qu'il faudra le prouver. L'excès de confiance peut être très dangereux en football et se transformer en prétention ou en suffisance. Heureusement, j'ai la chance d'avoir sous mes ordres un groupe de joueurs qui ont les pieds sur terre. La victoire à l'Euro ne leur est pas montée à la tête. Ils sont restés eux-mêmes, c'est-à-dire des jeunes gens modestes. Je suis très impressionné par leur maturité. Ce ne doit pas être évident pour des gars aussi jeunes, qui se retrouvent au sommet du foot mondial, de conserver cette humilité. C'est pourtant le cas.

Est-ce facile de prendre la tête d'une équipe qui vient de gagner l' Euro et de succéder à un personnage comme Luis Aragones ?

Tout s'est très bien passé. Je connaissais la plupart des joueurs et j'ai été très bien accueilli. J'ai la chance d'arriver à moment où le football espagnol traverse une période très faste. J'espère que cela va continuer. Mais en football, il faut chaque fois se remettre en question. Rien n'est jamais acquis. Ceci dit, pour répondre à votre question, je trouve qu'il est bien plus facile de prendre en mains une équipe qui sort d'une grande victoire, qui est dans un courant positif, plutôt qu'une équipe en déclin ou dans le doute.

L'Espagne est classée n° 1 mondiale au classement Fifa. L'objectif est donc de remporter la prochaine Coupe du Monde...

Le premier objectif, c'est de nous qualifier ! Il sera temps, ensuite, d'analyser la situation. Nous avons bien commencé cette phase éliminatoire ( NdlR : trois matches, trois victoires) mais le chemin est encore long. Dans ce contexte, le match de mercredi face à la Belgique sera très important.

Vous donnez l'impression d'être un homme posé, calme, qui ne s'énerve jamais. Tout le contraire du tempérament espagnol...

Rassurez-vous : à l'intérieur, il m'arrive de bouillir. Mais bon, c'est vrai, j'ai un tempérament assez placide.