Drame national en Argentine après l’élimination

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Football

Envolé le fol espoir d’une troisième victoire en Coupe du monde après les sacre de 1978, à domicile, et de 1986, au Mexique, sous la baguette magique de l’idole absolue, Diego Maradona. Ce sacre tant espéré aurait pu mettre un peu de baume au coeur d’un peuple touché par une crise économique sans précédent.

En dépit des craintes, cette terrible déception n’avait mercredi matin provoqué que des incidents isolés à Cordoba (centre), où la police a procédé à 35 interpellations à la suite de légères déprédations sur la voie publique (bouteilles et vitres brisées).

«C’est une autre tristesse pour le peuple argentin qui souffre déjà assez » du fait de la grave crise économique, déclarait Silvia Barruti, femme au foyer de 55 ans, entourée de supporteurs inconsolables dans un bar bondé du centre de Buenos Aires, envahi brutalement par une ambiance de veillée funèbre. Sergio Barriche, commerçant de 29 ans, encore paré de son écharpe et de sa casquette bleu et blanc, lâchait avec mauvaise humeur: «Des gens qui gagnent autant d’argent comme ces joueurs devraient faire preuve de combativité dès le premier match et non dans les dernières minutes, quand il est trop tard ».

«Petite main de Dieu »

«Il nous a manqué une petite main de Dieu », estimait un jeune homme en allusion à la déclaration devenue fameuse de l’ancien international Diego Maradona suite à un but inscrit de la main contre l’Angleterre (2-1) en quarts de finale du Mondial-86. Des petits groupes de jeunes se sont réunis autour de l’Obélisque, lieu traditionnel de rassemblements festifs dans la capitale, agitant sans conviction quelques drapeaux tout en ruminant leur peine.

Malgré tout, de nombreux commentaires se faisaient indulgents à l’égard des joueurs et certains se proposaient même d’organiser une réception en leur honneur à l’aéroport international d’Ezeiza. Mais il y avait aussi son lot de critiques. «Nous avons été trop montés. On disait que l’Espagne ou le Brésil n’allaient pas bien mais eux sont qualifiés, et pas nous », jugeait Paola Sastre, 20 ans, étudiante en droit.

«Bielsa (le sélectionneur argentin, ndlr) est un capricieux qui n’a pas voulu faire jouer côte à côte (les attaquants Gabriel) Batistuta et (Hernan) Crespo », accusait Jorge Batalla, comptable de 35 ans. Cependant, la majorité évitait de chercher des coupables. «Si le penalty (contre la Suède) avait été sifflé dix minutes plus tôt nous aurions pu gagner », regrettait Benito Munoz, chauffeur de taxi de 50 ans, tandis que Amalia Martinez, assistante en cardiologie de 41 ans, répétait, déprimée: «Je ne peux pas le croire, on méritait de gagner, on méritait de gagner ».

Mercredi noir

Artemio Hernandez, 43 ans, sans emploi et improvisé vendeur ambulant, avait lui deux raisons d’être triste. Car outre la déception sportive, il avait perdu l’occasion de gagner un peu d’argent avec la vente de drapeaux qu’il devra remballer pour une prochaine fois, peut-être. Doucement, Buenos Aires glissait alors dans la léthargie de l’aube, tandis que s’étaient tus des milliers de téléviseurs au terme d’un match de football déjà de sinistre mémoire.

Un match nul contre la Suède (1-1) qui a mis un terme prématuré à l’aventure asiatique de l’un des principaux favoris, vainqueur seulement de son premier match contre le Nigeria (1-0) avant une défaite traumatisante face à l’ennemi héréditaire anglais (0-1). En raison du froid, peu d’Argentins avaient choisi de sortir de chez eux pour suivre la rencontre dans des cafés, restaurants ou autres locaux de la ville. Un calme trompeur qui n’a rendu que plus lugubre l’ambiance dans les rues de la capitale, en ce noir mercredi argentin. (AFP)

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