Football

Nous avons réuni les héros qui, à l’ Euro 1980 en Italie, ont joué la finale. 

Ils ne le disent peut-être pas tous, mais nos 23 Diables Rouges actuels vont à l’ Euro avec un seul objectif : jouer la finale. Jusqu’à présent, une seule génération est parvenue à réaliser cet exploit : les Diables de 1980.

L’ Euro se jouait à huit, et les vainqueurs des deux poules de quatre s’affrontaient dans la finale. La Belgique du regretté Guy Thys avait terminé première de sa poule, après une victoire contre l’Espagne (2-1) et des nuls contre l’Angleterre (1-1) et le pays organisateur, l’Italie (0-0). En finale, ils se sont inclinés contre le cours du jeu face à l’inévitable Allemagne (2-1) avec son bourreau et ex- Standardman Hrubesh. 36 ans plus tard, nous avons réuni les héros de 1980 pour revivre ces moments historiques et déterrer les anecdotes les plus croustillantes. Lieu du rendez-vous : le restaurant Rooden Scilt à Erps-Kwerps, l’établissement préféré d’Eddy Merckx, un autre grand champion.

De la sélection de vingt joueurs, quatorze ex-Diables ont pu se libérer pour revoir leurs copains d’antan. Parmi eux celui qui a réussi la plus grande carrière comme entraîneur, Eric Gerets.

Le Lion de Rekem était très tôt au rendez-vous (mais après celui qui était capitaine en 1980, Julien Cools), enthousiaste à l’idée de revoir ses potes. Habillé classe comme toujours, Gerets a embrassé tout le monde avec un grand sourire. Et il a rassuré tous ceux qui lui chuchotaient dans l’oreille, sachant qu’il avait eu une petite hémorragie cérébrale en 2013 : "Et alors, Eric, la santé ?"


Autre présence remarquée, celle du gardien légendaire Jean-Marie Pfaff. Après le succulent dîner, Pfaff a recollé les morceaux avec son ancien rival, Theo Custers. Les deux ne savaient pas se supporter et ne s’étaient jamais réconciliés en 36 ans.

Devenu homme d’affaires, Pfaff s’est adressé aux photographes avant de rentrer chez lui, peu avant minuit. "Quid du droit à l’image pour nos photos dans la DH ? " blaguait-il. "Ou est-ce qu’on aurait dû inviter Kompany pour cela ?"


Le seul francophone présent à Erps-Kwerps était le sympathique Michel Renquin. "Maar ik spreek Nederlands !" insistait-il, après avoir fait la bise à ses amis. Parmi eux, les hommes du tournoi, Wilfried Van Moer et Jan Ceulemans.

"J’ai fait 120 kilomètres à vélo" , expliquait le grand Jan, encore aussi affûté qu’en 1980. "120 kilomètres ? Quand même pas en une journée ?" , lui demandait François Vander Elst, auteur de deux buts en Écosse dans le match qui avait qualifié la Belgique pour l’ Euro .


Bref, les absents avaient tort. Parmi eux, l’ancien entraîneur fédéral René Vandereycken, qui refuse d’être médiatisé depuis son limogeage en avril 2009. "Tiens, René n’est pas là ?" était la remarque cynique de plusieurs anciens équipiers de VDE .

Michel Preud’homme, qui était troisième gardien, a tout fait pour être présent, malgré ses obligations avec Bruges, mais a dû annuler en toute dernière minute. Pendant plus de quatre heures, les quatorze ont raconté leur tournoi, rigolé et pris plaisir à se revoir. Et surtout, ils ont insisté combien leur prestation était unique.

"On parle toujours du Mondial 1986, mais cette campagne 1980 était meilleure", concluait Jan Ceulemans. "Est-ce que la Belgique actuelle terminerait première dans une poule avec l’Italie, l’Angleterre et l’Espagne ? Je n’en suis pas si sûr que cela." < Quand la génération 1980 juge celle de 2016, lle est souvent admirative, parfois sévère mais toujours juste


© BAUWERAERTS


Quand la génération 1980 juge celle de 2016...

Le tournoi a triplé son nombre d’équipes qualifiées, l’intérêt médiatique a explosé et seul Jean-François Gillet était né au moment de l’exploit des Belges à l’ Euro italien (il avait 13… mois). Cela n’empêche pas la génération 1980 de pouvoir juger celle de 2016.

Plessers : "Je leur souhaite de gagner l’ Euro , de tout cœur."

Custers : "Moi aussi mais faut d’abord battre les Italiens."

Verheyen : "Exactement Theo. Si tu perds ce premier match, ça va déjà commencer…"

Vander Elst : "On a battu l’Italie en match amical mais faut pas croire que ce sera le même match à l’ Euro . Vous allez voir comment les Italiens vont jouer…"

Plessers : "Oui, je mettrais d’ailleurs Benteke. C’est l’attaquant qui embête le plus une équipe qui défend beaucoup."

Gerets : "Ce qui est certain, c’est qu’on doit gagner ce premier match. Ça lance ton tournoi. C’est comme pour nous en 1980, le match contre l’Italie sera crucial."

Pfaff : "L’Italie n’est quand même plus ce qu’elle était. Puis c’est l’Irlande où il n’y a rien et la Suède où tu as juste un mec à surveiller. Soyons clairs : si on n’atteint pas les demi-finales avec cette équipe, tous ces mecs peuvent se chercher un autre job."

Van Moer : "N’oublie pas un élément Jean-Marie : la pression. En 1980, personne ne nous attendait. On pouvait jouer sans stress. Ici, les attentes sont énormes. C’est une autre approche. Cela dit, je suis d’accord avec toi : avec le talent qu’ils ont, ils doivent aller loin."

Custers : "Oui mais nous, c’était juste les huit meilleures équipes et seul le vainqueur du groupe passait. L’avantage, maintenant, c’est que tout le monde passe ou presque. Ça te permet de grandir tranquillement dans un tournoi."

Renquin : "Ce n’est pas comparable. Le foot a tellement changé. On se battait comme des fous et j’aurais aimé savoir jusqu’où on aurait pu aller avec les moyens d’aujourd’hui."

Plessers : "C’est clair. Maintenant, ils ont un kiné pour s’occuper du petit doigt de pied gauche, un autre pour le coude droit… Sans oublier cinq adjoints ! Nous, on avait juste Julien Labeau, l’assistant de Thys."

Custers : "Sa veste était plus grande que lui…"

Plessers : "Quand on avait mal, on nous massait avec de l’eau savonneuse…"

Martens : "Et on jouait sur des champs de patate…"

Millecamps : "Ils ont quand même plus de talent que nous, mais, collectivement, on était plus fort. Mais je pense qu’ils peuvent gagner l’ Euro ."

Martens : "On devra compter sur De Bruyne et Hazard dans les matches difficiles."

Verheyen : "C’est faux ! Il ne faut justement pas trop compter sur De Bruyne : il a fait une grosse saison et tous les adversaires vont se focaliser sur lui."

Millecamps : "Il faudra en tout cas que De Bruyne soit meilleur que contre le Real en Ligue des Champions…"

Gerets : "Allez Luc, c’était le seul match où il n’était pas bon. Il a été au top cette saison. Mon chouchou dans cette équipe, c’est Courtois. On a vraiment un gardien exceptionnel."

Millecamps : "Tu ne trouves pas que sa saison était moins bonne ?"

Gerets : "Il reste incroyable quand même."

Plessers : "C’est clair, mais le plus gros problème qu’on a, c’est en défense. Sans Kompany, je mettrais Vertonghen et Alderweireld dans l’axe mais alors, tu n’as plus de bons backs ."

Verheyen : "Non, faut pas trop changer la défense. Notre force en 1980, c’était d’avoir trois défenseurs sur quatre qui jouaient ensemble au Standard. Il y avait des automatismes et il y en a aussi dans cette équipe. Je mettrais juste Denayer à la place de Kompany."