Football

Comme toujours lorsque sonne le premier jour de trêve, certains prennent le temps de repasser sur le champ pour compter les morts et les plaies. Nom, prénom, date de naissance : les joueurs des pays battus sont "screenés", autopsiés.

Parmi les éliminés de la première heure, une flopée de "bad boys" ont déjà réussi à quitter l’Euro à la limite de la clandestinité. Car, au moment où Balotelli et Cassano envoyaient chacun un but et un coup de gueule à toute l’Italie, les deux autres têtes brûlées de l’Euro, Robin van Persie et Zlatan Ibrahimovic, sortaient d’Ukraine sur la pointe des pieds. Après un splendide but pour Ibrahimovic ou un autre coup d’éclat.

Présent mardi à la dernière conférence de presse des Suédois, le grand Zlatan s’est ainsi vu harcelé par une journaliste ukrainienne venue lui offrir une chemise brodée. Après avoir hésité à utiliser ses restes de taekwondo (Ibrahimovic avait obtenu sa ceinture noire à 17 ans du côté de Malmö), l’attaquant milanais aura finalement embarqué le vêtement sans "au revoir" ni "merci".

Au même instant, le transparent Robin van Persie annonçait qu’un nouveau contrat du côté d’Arsenal l’attendait. Salaire de 160 000 euros par semaine épaissi par un billet de 6 millions offert "gratuitement" en guise de prime de fidélité. Pour un joueur qui n’a pas touché le moindre cuir au cours des trois matchs hollandais, on croirait voir ses employeurs le féliciter de s’être économisé pour la rentrée.

Dans la série (arbitraire) des quatre bad boys (Cassano, Balotelli, van Persie, Ibrahimovic), les deux derniers auront donc sauté dès le premier tour en laissant aux deux Italiens le soin de se réveiller juste à temps pour ne pas plonger.

Reste à savoir pourquoi les caïds de l’Euro se sont royalement vautrés. Parce que leur équipe n’était pas à niveau ? Peut-être, mais les causes du mal se logent aussi de leur côté.

Supporté en club, leur égocentrisme s’accommode mal à la vie collective d’une équipe nationale. Chez Robin van Persie, le mal semble même génétique, comme en témoignait récemment l’une de ses camarades de lycée. "J’ai été assise à côté de lui pendant deux ans. Et pour être franche, ce n’était pas trop mon genre. Il était toujours là avec ce petit comportement arrogant sous prétexte qu’il savait taper dans un ballon "

Mais van Persie et Ibrahimovic ont beau tendre les nerfs des gens, ils restent persuadés que les plaintes et les gémissements entendus à leur sujet sont la preuve vivante que leur charme est en train d’opérer. "Robin était surtout fan de lui-même", confiait son ancien professeur de biologie.

A dire vrai, il faudrait même penser à envoyer Robin et Zlatan dans un bloc hospitalier de psychologie pour diagnostiquer que les deux bad boys souffrent sans doute d’une véritable schizophrénie. Un côté homme, un côté dieu : les deux joueurs restent intimenent persuadés d’appartenir à un autre monde.

Dans le vestiaire bien rangé du Barça, Ibra était un jour venu trouver le jeune Bojan, encore intimidé à l’idée de côtoyer ses idoles. "Tu crois en Dieu ? Alors tu dois croire en moi", lui avait simplement lancé Ibra.

Depuis hier soir, les dieux ont pourtant quitté le stade et l’on ne peut que prier pour que l’un des derniers caïds, Mario Balotelli, parvienne enfin à s’intégrer. Car loin de l’enfance gâtée de van Persie, loin des cours de taekwondo suivis par Zlatan, le joueur de City pourra toujours se réfugier dans son enfance pour expliquer ses dérapages incontrôlés. Dans une Brescia raciste, le jeune Noir en aura vu de toutes les couleurs. "Il avait un problème d’identité évident", confiait l’une des institutrices. "Il se dessinait toujours avec la peau rose et me demandait si son cœur était noir."

Les bad boys ont parfois les blessures du passé de leur côté.