Fortes retombées financières ? (VIDEOS)

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Football

La Belgique et les Pays-Bas ont déposé leur candidature pour organiser ensemble en 2018, la Coupe du monde. Cette CM 2018 constitue-t-elle vraiment une belle opportunité économique ou bien est-elle plutôt un "own goal" pour les pays organisateurs ? Johan Albrecht (Itinera Institute) et Ruben Laleman (Université de Gand) ont tenté d’apporter une réponse à cette question dans leur toute nouvelle étude.

1Quels coûts et quels bénéfices ? Les efforts budgétaires nécessaires pour pouvoir accueillir la CM sont considérables et dépendent en grande partie de la qualité de l’infrastructure existante. Lorsqu’une part importante de ces dépenses doit être financée par l’argent public, le respect à l’égard du contribuable commence par un sérieux débat de société sur les coûts et bénéfices publics de l’organisation de l’événement le plus populaire au monde. En Belgique, c’est le Bureau fédéral du plan qui s’est chargé de cet exercice, et aux Pays-Bas, c’est la Fondation pour la recherche économique (SEO pour Stichting Economisch Onderzoek). Dans le scénario normal, la CM 2018 offre seulement un bénéfice économique à partir du moment où les bénéfices nets immatériels sont supérieurs à 9€ par habitant. Pour la Belgique, ceux-ci doivent atteindre 33€. Les impulsions économiques attendues sous le scénario normal, de 1,15 milliards d’euros (743 millions d’euros de frais + 409 millions d’euros de bénéfices), peuvent, d’après le Bureau fédéral du plan, générer une activité économique correspondant à 1,8 fois les dépenses initiales. La CM 2018 deviendra-t-elle un moteur de croissance de l’économie belge et cela grâce au tourisme additionnel ? Johan Albrecht commente : "Peut-être. Il faut cependant tenir compte d’une série d’éléments qui ne sont pas repris explicitement dans l’analyse du Bureau fédéral du plan. Les touristes peuvent très bien ne pas se montrer parce qu’ils craignent que la CM génère une foule trop importante et que les hôtels et le secteur de l’Horeca ne fassent grimper leurs prix. En économie, on appelle cela l’effet d’éviction. Dans le pire des cas, cet effet pourrait, d’après le SEO, monter jusqu’à presque 100 %. Et il ne serait ainsi plus question de parler d’une augmentation nette du tourisme." Les auteurs font encore d’autres observations. "Chaque discussion sur les coûts d’investissement doit clarifier le rôle que peut jouer le secteur privé. Ainsi, les Pays-Bas veulent ériger un nouveau stade de 600 millions d’euros et comptent, à cet effet, sur un cofinancement privé de 300 millions d’euros. Dans notre pays aussi, le secteur privé veut investir dans des stades de football mais la saga liée au nouveau stade du Club de Bruges nous fait comprendre que ce genre de choses n’est pas si évident."

"Pour notre pays, les bénéfices immatériels, tels qu’un fort sentiment de cohésion, une vraie fête populaire ou une image améliorée du pays, s’élèvent à 33€ par habitant. Mais il n’est pas certain que nous les obtenions. L’implication de la population ne dépend-elle pas notamment et avant tout des prestations de l’équipe nationale ?", nous fait remarquer Ruben Laleman, co-auteur de cette étude. "En outre, l’information dans la presse peut décevoir et même créer un climat négatif. L’Autriche et son équipe nationale ont dû en faire la douloureuse expérience en 2008", ajoute le chercheur de l’Université de Gand.

2Investir de manière intelligente

L’organisation des CM en 2018 peut se transformer en une histoire économique et sociale positive si on investit de manière intelligente dans les stades de football et dans l’infrastructure qui y est associée. Les CM offrent une réelle opportunité mais celle-ci doit cependant être le résultat d’une stratégie bien étudiée. En laissant aussi investir le secteur privé, les dépenses et les risques supportés par les autorités publiques sont limités.

En Afrique du Sud, les coûts finaux furent 13 fois plus élevés que ce qui avait été initialement envisagé. "L’histoire économique peut en tout cas avoir une issue favorable si on utilise dans notre pays non pas 6 mais 4 stades de football pour la CM", considère le Professeur Albrecht. "Les bénéfices de la CM seront ainsi bien plus faibles, mais d’un autre côté, les risques économiques liés à la surcapacité seront aussi mieux maîtrisés." Les auteurs conseillent par ailleurs d’intégrer diverses fonctionnalités dans et aux alentours des stades de football afin de pouvoir tirer le rendement optimal des nouveaux actifs une fois la CM terminée. En effet, nous ne pouvons pas utiliser l’argent consacré à la Coupe du monde pour d’autres investissements qui auraient pu aussi stimuler l’économie, et peut-être bien plus encore.

Les analyses ex-post d’événements de masse doivent surtout mener à la conclusion que les bénéfices sont finalement un peu plus faibles et les coûts un peu plus élevés que ce qui est initialement prévu. "C’est une raison supplémentaire d’aborder de tels projets de manière défensive, mais les opportunités d’une rapide contre-attaque doivent évidemment être bien utilisées", conclut Johan Albrecht.

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