Football Eden Hazard ne veut pas encore avancer de trop grandes ambitions à huit mois de la Coupe du Monde.

Habituellement, Eden Hazard est le meilleur client pour la presse. En quinze minutes, il est capable de lâcher quatre ou cinq bonnes blagues, suffisantes pour faire rire l’ensemble de l’assemblée. Ce lundi, il a été un petit peu plus mesuré que d’habitude, pas à cause de la réception de Chypre mais bien parce que de nombreuses questions se sont concentrées sur la prochaine Coupe du Monde. Et, à ce niveau, il n’a pas voulu s’aventurer dans des pronostics toujours très dangereux, à huit mois du début de la compétition.

Avec quelles ambitions vous rendrez-vous en Russie ?

"Celle d’aller le plus loin possible. C’est difficile d’en dire plus maintenant car tout dépendra également des blessures, du tirage au sort. Nous restons sur un échec avec cette élimination en quarts de finale lors du dernier Euro et nous voulons faire mieux, c’est certain. J’espère simplement que tout le monde vivra une belle saison et sera en forme l’été prochain."

On a quand même l’impression que les choses sérieuses commencent seulement maintenant pour vous.

"Avec l’équipe que nous avons, ce serait un échec de ne pas se qualifier. Toutes proportions gardées, je pense que nous sommes comme l’Allemagne ou l’Espagne, c’est-à-dire que nous devons impérativement décrocher un ticket pour chaque grand tournoi. Avant, les journalistes, supporters et joueurs se demandaient si on allait se qualifier mais, aujourd’hui, tous se demandent surtout jusqu’où nous irons en grande compétition."

Avez-vous le sentiment que cette équipe est plus forte qu’en 2014 et 2016 ?

"Nous avons plus d’expérience, avec des joueurs confirmés dans les meilleures équipes du monde. Ce sont des joueurs qui, chaque semaine, produisent de belles choses et si nous avons tous cette mentalité, cette envie d’aller le plus loin possible, on pourra faire quelque chose de beau."

Pour certains, joueurs, cette Coupe du Monde pourrait même être la dernière. C’est maintenant ou jamais pour cette génération.

"Oui, mais peut-être que d’autres jeunes vont éclater dans les meilleurs clubs dans deux ou quatre ans. Mais c’est vrai que pour ceux qui ont participé aux Jeux Olympiques (Mirallas, Vertonghen…), c’est aujourd’hui que ça se passe. Pas en 2020 ou 2022."

La mentalité affichée en Bosnie, samedi dernier, pourrait être un nouvel atout pour cette équipe, non ?

"La veille du match, déjà, nous avions vu que ce terrain n’était pas bon. Alors, on s’est dit qu’il valait mieux se donner à fond et faire ce qu’il était possible de faire. Nous savions que nous allions rater quelques passes mais nous étions libérés, ce qui nous a permis de faire un bon match sur un mauvais terrain."

On comprend votre raisonnement : dès l’échauffement, on a vu que tout le monde avait l’air de s’amuser.

"Depuis quelques années, nous tirons tous dans le même sens, nous avons tous envie de faire quelque chose de beau avec cette génération. Ce sera très compliqué de gagner quelque chose… mais ce serait quand même dommage de ne pas y parvenir…"

Pour vraiment mesurer la force de l’équipe, ne serait-ce pas mieux d’affronter de grosses nations mondiales durant la préparation ?

"Il nous reste quelques dates pour disputer des matches amicaux avant la Coupe du Monde. J’espère que la Fédération va nous trouver de bons adversaires, mais le Mexique et le Japon sont déjà deux gros rendez-vous. Il y a quelques mois, nous avions rencontré des difficultés à bousculer l’Espagne mais nous savons que nous devrons répondre présent lors de tels rendez-vous car c’est là-dessus que nous serons jugés."

Personnellement, ne serez-vous pas trop fatigué au bout de la saison ? Vous avez loupé toute la préparation à cause d’une blessure à la cheville.

"Le Mondial est encore loin. Pour le moment, je pense juste à enchaîner les matches, récupérer et m’amuser. Moi, je n’ai jamais été le gars qui gérait ses efforts. Je donne tout ce que j’ai dans le ventre et tant pis si je suis fatigué à la fin. J’avais été blessé juste avant l’ Euro et c’est peut-être ce qui m’avait permis de faire un bon tournoi… mais je ne pense pas que Chelsea voudra bien que je me repose cette saison. De toute façon, je suis meilleur quand je peux enchaîner les rencontres."

Après le match en Bosnie, vous avez quand même dit qu’on n’utilisait pas encore le maximum de vos qualités.

"Oui, mais je ne parlais pas uniquement de moi. C’était une réflexion collective. En Bosnie, je pensais recevoir des ballons qui ne sont finalement jamais venus. Mais si nous faisons de meilleurs choix dans les 30 derniers mètres, on marquera peut-être plus de buts."

Justement, l’Allemagne, avec 43 buts, vient de battre le record de buts inscrits au cours d’une campagne qualificative. Avez-vous envie de le battre ce mardi ?

"C’est certain que nous y pensons car les journalistes n’arrêtent pas d’en parler depuis deux jours. (sourire) Mais le plus important, c’est de faire un bon match et… Jan (Vertonghen) ... on ne va pas vous dire ce que nous lui avons réservé, c’est une surprise."

Avez-vous compris pourquoi il a refusé le brassard de capitaine que vous lui avez proposé en Bosnie ?

"Franchement, non. Peut-être parce qu’il sait que j’ai un plus gros bras que lui." (rires)