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STOCKHOLM Lassé par les insultes incessantes et ayant peur pour sa vie et celles des membres de sa famille, Anders Frisk, un des meilleurs arbitres au monde qui aurait sûrement exercé lors du Mondial 2006, a donc décidé de ranger son sifflet ce week-end. Les menaces se faisaient de plus en plus pressantes après la rencontre Barcelone - Chelsea en Ligue des Champions. José Mourinho, le coach à succès des Blues, insinuant que l'exclusion de Didier Drogba, qui avait précipité la perte des siens, était due à une discussion à la mi-temps entre l'arbitre suédois et Frank Rijkaard, l'entraîneur des Catalans. «Je sens au plus profond de moi-même que j'ai pris la bonne décision», confia un jour après son retrait Anders Frisk à un quotidien suédois. «J'ai toujours été à ce genre de rencontres (NdlR: Barcelone - Chelsea) sans lire diverses choses à leur sujet. Je ne savais donc pas qu'avant ce match, il y avait eu une joute verbale entre les deux entraîneurs. J'ai vécu 90 chouettes minutes sur le terrain du Nou Camp ce 23 février, même si je ne savais pas que ce serait ma dernière rencontre...»

Anders Frisk a mis un peu de temps pour décider de stopper les frais. «Je suis rentré de Barcelone, et je me sentais plutôt bien», continue celui qui va se lancer dans une carrière d'oenologue, beaucoup moins risquée. «Mais après, les choses ont commencé, et je n'étais pas préparé à cela. Cela s'empirait jour après jour. Ce qui s'est passé ces derniers jours (lettre de menaces,...) a provoqué mon retrait des terrains. Je ne laissais pas ma famille aller chercher le courrier ou répondre au téléphone, mais je n'avais pas peur de sortir de chez moi. Mes proches sont heureux de ma décision d'arrêter l'arbitrage, même s'ils sont tristes que cela se termine de cette manière. C'est plaisant de siffler mais cela ne l'est plus quand on prend en considération ce qui s'est passé.»

Même s'il prétend que sa décision est définitive, Anders Frisk pourrait revenir sur sa parole. «J'ai toujours dit que quand ma carrière internationale serait terminée, ce serait fini. La décision est venue un peu plus rapidement que je le pensais, mais on ne peut pas tout contrôler. Je suis prêt à discuter du comportement de José Mourinho, même si je pense que cela n'apportera rien aux faits qui se sont passés. La dernière chose que je disais à mes assistants avant de monter sur un terrain était de donner à l'équipe locale et au club visiteur ce qu'ils méritent. Aucun des deux ne devait être favorisé ou son contraire.»

Anders Frisk a connu de grands moments dans sa carrière. «La finale de l'Euro 2000 entre la France et l'Italie est le meilleur souvenir que j'ai», se rappelle-t-il. «Lennart Johansson, patron de l'Uefa, a dit qu'il aimerait que je n'aie pas peur des menaces? Ma fille également. Mais après, j'ai pensé au bien-être de ma famille...»

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