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ENVOYÉ SPÉCIAL AU QATAR PHILIPPE VAN HOLLE

DOHA Pas facile de rencontrer Emile Mpenza, même quand on a fait près de 6.000 km pour le voir et qu'on est descendu dans l'hôtel où il loge. Il a fallu attendre deux jours que son manager arrive (pas d'interview sans que son homme de confiance, Rachid Tajmout, soit là!), puis, au lendemain du premier match avec Al-Rayyan, Emile était trop fatigué. C'est donc seulement hier que nous avons pu rencontrer l'ancien joueur de Hambourg. Heureusement, lorsqu'il fut disponible, Mpenza a répondu avec une grande honnêteté à toutes les questions, même les plus difficiles...

Voilà trois semaines que vous êtes à Doha, avez-vous déjà une idée plus précise du pays dans lequel vous avez atterri, du club dans lequel vous allez jouer pendant 18 mois?

«Absolument, mais je savais bien à quoi m'attendre. Au niveau des entraînements, je ne vois pas de différence entre la Belgique et le Qatar. C'est le même niveau; tout est parfaitement organisé et bien équilibré entre les exercices avec ou sans ballon et la partie purement physique. Par rapport à l'Allemagne, là, c'est moins dur, physiquement surtout.»

Qu'en est-il de cette fameuse blessure? Chez nous, on a entendu tout et n'importe quoi à ce propos!

«Lors de mon dernier match de Coupe d'Europe avec Hambourg, contre le Sparta Prague, je me suis occasionné une élongation à l'avant de la cuisse droite. Ensuite la trêve est venue, il y a eu le transfert, mais le staff médical d'Al-Rayyan a compris qu'il me fallait une rééducation effective pendant quelque temps et c'est pour cela que je n'ai pas joué les deux premiers matches.»

Sentez-vous encore quelque chose aujourd'hui?

«Plus rien du tout! La lésion est complètement guérie. En réalité, elle l'était déjà quand je suis arrivé ici mais, par précaution, les dirigeants préféraient que je ne joue pas tout de suite pour éviter une rechute.»

Il existait bien une possibilité pour vous de revenir au Standard pendant la trêve. L'offre d'Al-Rayyan (on parle de 3,5 millions d'euros pour 18 mois de contrat) était-elle à ce point alléchante que celle du club liégeois n'entrait même pas en ligne de compte?

«J'ai toujours dit que j'aimerais bien revenir au Standard, mais, en même temps, comme les choses tournaient dans ce club, je ne voulais pas y revenir avec le statut de celui qui avait le plus gros salaire. Par rapport aux autres joueurs, cela n'allait pas. Cette situation aurait pu déstabiliser le groupe vu que d'autres joueurs sont aussi importants que moi dans cette équipe. Il valait donc mieux attendre. Même si ce club est dans mon coeur. Mais la porte n'est pas fermée. Je sais bien que je terminerai ma carrière au Standard. Maintenant ou plus tard, je repasserai par là.»

Plus tard, cela pourrait dire dans 6 mois par exemple?

«Six mois, c'est trop tôt. Il y a encore de bonnes choses qui peuvent m'arriver dans ma carrière. Je n'aurai que 29 ans quand je partirai d'ici. D'autres portes demeurent ouvertes.»

Pas question de quitter Al-Rayyan avant la fin de votre contrat?

«Je viens d'arriver, donc je n'ai pas du tout envie de partir maintenant! Je préfère terminer mon contrat et puis on verra quelles seront les possibilités. De toute façon, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Dans 6 mois, tout pourrait avoir changé.»

En Belgique, les gens pensent que vous ne tiendrez jamais 18 mois ici. Vous, après 3 semaines ici, vous pensez catégoriquement l'inverse.

«Je pense tenir le coup. Et qui sait si je ne signerai pas une prolongation? Les gens jugent de loin, mais qu'ils viennent donc voir les possibilités qu'on m'offre pour m'épanouir ici. Je suis très bien ici, et je ne vois pas pourquoi je partirai dans 6 mois.»

Sonny Anderson, qui joue au Qatar, prétend que la plus grande erreur qu'une star peut commettre ici, c'est de croire qu'il n'y a qu'à paraître pour réussir.

«C'est vrai! Car chaque défenseur qui joue contre vous veut faire le match de sa vie pour prouver qu'il est aussi bon! J'ai déjà connu pareille situation même au Standard lorsqu'on jouait contre des gens moins doués. Regardez le nul des Rouches contre Saint-Trond ce week-end.»

Avez-vous été surpris de voir ces tribunes quasi vides (1.000 personnes dans une arène qui peut en contenir 20 fois plus) ?

«Côté public, ce n'est pas le grand enthousiasme, mais cela viendra. C'est pour cela qu'on attire des joueurs européens.»

Mais quand même, des stades vides, quand on a connu les enceintes bourrées à craquer de Hambourg ou de Sclessin...

«Oh, quand je reviendrai en Belgique pour jouer avec l'équipe nationale, je regoûterai à ça! Les journalistes ont fait une croix sur mon avenir en équipe nationale, pas moi!»

Le Dr Goossens, médecin des Diables, est à Doha, il fera son rapport à René Vandereycken. Vous avez vous-même un message à faire passer au sélectionneur?

«C'est à moi à prouver au fil des semaines que je suis apte à être appelé chez les Diables. Qu'il vienne me voir peut-être, ce serait sympa.»

© Les Sports 2006