Football

Les Diables rouges ont perdu ce mercredi l'un de leurs attaquants mythiques des années 90. A côté de Marc Degryse ou de Luc Nilis, Josip Weber avait réussi à se forger une place parmi les Diables en 1994. Pourtant, né en Yougoslavie trente ans plus tôt, c'est pour la Croatie que le grand Josip effectuait ses premiers matchs internationaux.

Avec les Lozano, Scifo, Luis Oliveira, Strupar ou plus récemment Adnan Januzaj, Josip Weber fait partie des Diables rouges qui ont dû se faire naturaliser. Retour sur les petites histoires des Diables rouges naturalisés.

L'été 92 est celui de la première sélection internationale pour Josip Weber, attaquant yougoslave qui enfile les buts comme les perles au Cercle de Bruges. Entre 1988 et 1994, Josip se forge la statistique impressionnante de 136 buts en 204 matchs, soit une moyenne de deux buts en trois matchs. Pourtant, c'est sous la bannière croate que Josip Weber s'envole pour une tournée australienne. Au programme, trois rencontres, deux défaites et un match nul, au cours desquels l'inévitable Weber planta une rose... le seul but de la sélection croate lors de la tournée. Un an plus tard, au début de la saison 93, Weber réussit son "transfert" vers la sélection belge suite à l'autorisation donnée par la FIFA. L'instance mondiale du football lui reconnait d'abord un lien clair avec la Belgique (son grand-père était Belge). Ensuite, les matchs disputés en Australie n'étaient que des rencontres amicales jouées en dehors du cadre de la FIFA, car la Croatie n'a rejoint la FIFA et l'UEFA qu'en 1993. Voilà donc Josip Weber le Belge, pour le meilleur... et pour le pire : la preuve avec ce penalty grossier refusé lors du Mondial 94 .

Juan Lozano

Dites "Lozano" dans les allées du Parc Astrid, tout le monde vous répondra "Ivan Desloover", du nom de ce défenseur de Waregem qui en 1987 brisa la jambe de l'Espagnol en même temps que sa carrière.

Pourtant, si on dit que Lozano était Espagnol, ce milieu de terrain originaire de Coria del Rio avait bien l'intention de jouer le Mondial 82 en Espagne... pour la Belgique ! En mai 82, le numéro 10 des Mauves participe au stage des Diables rouges. A cette occasion, le célèbre album Panini décide même de lui tirer le portrait pour l'afficher dans son édition du Mondial 82. C'était sans compter sur les sénateurs belges qui, au contraire des députés, refusaient sa demande de naturalisation à peine quelques jours après le stage préparatoire. "En réalité, je crois aussi qu’ils ont été offensés parce que la presse annonçait déjà ma participation au Mondial, comme s’ils n’avaient pas leur mot à dire" , racontera plus tard Lozano dans une interview. Résultat: aucune sélection chez les Diables rouges... et pas mieux en sélection espagnole qui ne s'intéressa jamais à lui.
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Enzo Scifo

Bien qu'il ne faille pas parler de naturalisation dans le cas de fils d'Italien né à la Louvière au milieu des années 60, Enzo Scifo a bien dû entreprendre quelques démarches pour pouvoir jouer sous le maillot belge. Révélé sous le maillot anderlechtois en 1983 alors que le Sporting au sommet du football européen, Scifo est rapidement cité parmi les Diables rouges. S'il n'y a pas eu de naturalisation formelle à demander comme dans le cas de Lozano, Enzo Scifo a bien dû montrer patte blanche pour intégrer l'équipe. Grand bien lui en a pris puisque Scifo est, avec Franky van der Elst, co-détenteur du record de participation d'un Belge en Coupe du Monde : 1986, 1990, 1994 et 1998.

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Gordan Vidovic

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Il a disputé 16 matchs avec les Diables rouges entre 1997 et 1999. C'était un des chouchous de Georges Leekens qui avait reconverti cet attaquant en défenseur lors de son arrivée à l'Excelsior Mouscron en 1995. Vidovic faisait partie de la sélection pour la Coupe du Monde en France.

Luis Oliveira

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Quelques années après Josip Weber, un autre attaquant étranger fait son entrée dans le groupe des Diables rouges. Né dans une favela brésilienne de São Luis dans le nord du Brésil, Luis Oliveira se fait remarquer par Anderlecht et s'envole pour l'Europe en 1988. D'abord joueur de l'équipe réserve, il finit par entrer dans les plans des coachs mauves successifs : Jean Dockx, Raymond Goethals et Aad de Mos. En quatre saisons à Saint-Guidon, Oliveira accroche sur son C.V. 36 buts marqués en 95 matchs, un titre de champion de Belgique, une finale européenne et une deuxième place au Soulier d'Or. En 1992, le Brésilien d'origine devient Diable rouge. La même année, il quittera le championnat belge pour le championnat italien. Entre 1992 et 2010, Oliveira sera passé par une dizaine de club de l'élite et de divisions inférieures dont Cagliari, la Fiorentina, Bologne ou Catane. Chez les Diables rouges, Oliveira aura joué 31 rencontres dont 3 lors du Mondial 98 en France. Sa carrière internationale s'arrête en 1999 avec sept buts au compteur.

Branko Strupar
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À peine plus jeune que Luis Oliveira, le mètre 91 de Branko Strupar casse la baraque à Genk dès son arrivée dans le Limbourg en 1994. Né à Zagreb en Croatie à 200km du lieu de naissance de Josip Weber, Strupar a marqué la fin des années 90 du championnat belge en formant le redoutable duo d'attaquants du Racing Genk avec Souleymane Oularé. Avec 108 buts marqués en 174 matchs, un titre de champion de Belgique, de meilleur buteur et un Soulier d'Or, Strupar se voit logiquement proposer une place en équipe nationale belge en 1999. Il accepte, et une naturalisation plus tard, monte sur le terrain lors d'un match amical contre la Finlande en août 1999. Un mois plus tard, dans un autre match amical, Branko Strupar est titularisé et ouvre le score après seulement 6 minutes de jeu puis plante une seconde guirlande à la demi-heure. Pour la petite histoire, les cinq buts marqués par Strupar l'ont tous été en matchs amicaux.

Igor De Camargo
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L'anecdote à retenir de cette naturalisation du Brésilien arrivé jeune dans le championnat de Belgique, c'est qu'il est de la même vague de naturalisés que... l'écrivain connu Eric-Emmanuel Schmitt ! Igor De Camargo, attaquant du Standard à l'époque avait introduit une demande d'obtention de la nationalité belge qui est devenu donc effective en juin 2008. Né au Brésil, il avait auparavant porté le maillot du FC Brussels, d'Heusden-Zolder et de Genk. Il a aussi porté les maillots de Mönchengladbach, Hoffenheim et Apoel Nicosie. N'ayant jamais évolué avec le noyau A du Brésil, l'attaquant pouvait donc être sélectionné en équipe nationale belge.

Au total, il présente le bilan de 15 sélections pour 9 capes. Il n'a malheureusement jamais marqué sous la vareuse nationale. Son premier match (amical)  remonte au 11 février 2009 face à la Slovénie (2-0). Sa dernière apparition en équipe nationale se fera le 12 novembre 2012 en Roumanie (2-1). Mais, pour ce match amical, il ne montera pas même au jeu.