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ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE DOMINIQUE PAQUET

MUNICH En ce matin d'automne gris et triste comme peut l'être, en définitive, une journée en Allemagne, Jean-Marie Pfaff déboule littéralement dans le centre d'entraînement du Bayern Munich. Un premier check- point franchi, quelques poignées de main échangées, plusieurs autographes distribués, et voilà notre compatriote qui file vers la droite, en direction de l'aile ultra-protégée de ce long bâtiment peint en rouge et blanc et exclusivement réservée aux champions d'Allemagne en titre. Ceux-ci vivent là au quotidien, quasiment en autarcie. Jean-Marie Pfaff aperçoit d'abord Sepp Maier. Ce dernier, affectueux, le prend dans ses bras. Deux légendes se reconnaissent. Mais que dire, alors, d'Oliver Kahn? A cet instant précis, tandis que le gardien du Bayern Munich sort à son tour, le duo devient trio. Chercheur d'or, à l'instar de ses deux prédécesseurs, Oliver Kahn accepte ensuite de bonne grâce le principe d'un entretien privé: «C'est bien le moins que je doive à Jean-Marie Pfaff. Quand j'étais gamin, c'est Sepp Maier qui me faisait rêver. Adolescent, je considérais le Belge comme étant mon modèle. Me voilà aujourd'hui à sa place, protégeant les buts du même club. J'aurais pu difficilement imaginer filiation plus noble.»

Oliver Kahn se livre complètement, évoquant spontanément son goût pour un sport dont il est devenu l'une des rares vraies vedettes en Bundesliga, l'enfant qu'il fut se nourrissant goulûment des exploits de ses deux maîtres. Désormais, Oliver Kahn est devenu le seul joueur allemand réellement hors du commun. Comme l'était Sepp Maier. Quant à Jean-Marie Pfaff...

«Lorsqu'on a commencé à parler de plus en plus de moi en Allemagne, explique le keeper du Bayern Munich, deux portiers y tenaient le haut du pavé: Toni Schumacher et Jean-Marie Pfaff. Il s'agissait de deux joueurs de classe, capables de n'importe quel exploit à n'importe quel moment. Il n'est pas compliqué de deviner les raisons pour lesquelles le Bayern Munich a décidé de s'attacher les services de Jean-Marie Pfaff. Celui-ci était, tout de même, titulaire indiscutable en sélection nationale belge à l'époque où celle-ci trustait les honneurs au plus haut niveau: la Belgique n'avait-elle pas été finaliste, en 1980, du Championnat d'Europe des Nations avant de battre, deux ans plus tard, à Barcelone, l'Argentine en match d'ouverture de la Coupe du Monde? Jean-Marie Pfaff appartenait à cette génération de formidables compétiteurs. N'est-ce pas suffisant?»

Le respect dégouline virtuellement du discours qu'Oliver Kahn tient devant Jean-Marie Pfaff. Par opportunisme? Ce serait mal connaître l'Allemand. Oliver Kahn est extrêmement froid de nature. Peu démonstratif, a fortiori très distant, il se protège en permanence. Un exemple? Contrairement à la plupart de ses partenaires, Oliver Kahn ne franchit pratiquement jamais les quelques mètres de ce no man's land séparant les Bavarois de ces supporters inconfortablement parqués derrière des barrières Nadar, ceux-ci mendiant un sourire, un petit signe ou une signature à grands coups de Olli, Olli, Olli qui trouvent rarement un écho. L'Allemand est de ceux que l'on n'importune pas. Que ce soit sur une pelouse ou en dehors. Par conséquent, qu'il se montre aussi élogieux envers Jean-Marie Pfaff est un signe qui ne trompe pas: il l'aime bien!

«Il est comme moi, fou, passionné par son métier, enchaîne Oliver Kahn. Et puis, on ne demeure pas aussi longtemps dans une équipe comme celle-ci par le simple fait du hasard. Jean-Marie Pfaff a réussi au Bayern Munich tout simplement parce qu'il possédait toutes les qualités requises. Le Bayern est une formation de tradition: seuls les meilleurs en portent le maillot. Discipline, forces mentale et physique sont des valeurs que l'on cultive ici, au quotidien. Jean-Marie Pfaff a saisi cette évidence en arrivant à Munich. La preuve: il a duré.»

Oliver Kahn, lui, durera encore longtemps!

© La Libre Belgique 2003