Football Dans la veine du "Footballeur secret", un arbitre français publie cette semaine un ouvrage intitulé "Je suis l'arbitre masqué" dans lequel il dévoile les coulisses de la Ligue 1 depuis son rôle central.

C'est ce jeudi que sort en France le livre "Je suis l'arbitre masqué". Ce dernier rend compte du football français comme il l'a vécu de l'intérieur, et divers personnages emblématiques de l'élite française sont visés, que ce soit positivement ou négativement. Le Figaro a compilé quelques extraits marquants de cet ouvrage.

Selon cet homme en noir français, Radamel Falcao, Hugo Lloris ou Jérémy Toulalan font, ou faisaient c'est selon, partie des crèmes de l'élite.

"Un garçon comme Radamel Falcao est absolument délicieux. Un modèle de bonne éducation et un leader exemplaire pour ses coéquipiers. Quand un joueur doté d'un tel charisme indique la bonne marche à suivre, tout le monde se met au diapason et le match se déroule sans accroc" pointe-t-il au sujet de l'attaquant colombien de l'AS Monaco.

Tandis que Hugo Lloris "c'est l'anti-star par excellence, parfaitement étranger à tout ce qui est bling-bling. Un gars simple et poli qui a toujours un mot sympa du style: 'C'est un plaisir de vous revoir'. Tout comme son coéquipier [à l'Olympique lyonnais] de l'époque Jérémy Toulalan. Il râle un petit peu plus sur le terrain mais n'est jamais véhément. En vrai passionné qui suit le foot de très près, il lui arrive de me dire avant un match: 'Je vous ai vu en coupe d'Europe cette semaine. Félicitations, vous avez fait un gros match.'"

Un profil similaire qu'il a retrouvé sur les bancs de touche avec des entraîneurs comme Laurent Blanc ou Marcelo Bielsa. "A des années-lumière de tous les affligeants sanglots de leurs confrères, ils savent prendre sur eux la responsabilité d'une défaite sans chercher d'excuses. Tout sauf cinglé quand il s'agit du corps arbitral, 'El Loco' Marcelo Bielsa a depuis toujours érigé en principe de ne jamais faire de commentaire sur nos décisions. (…) Au même titre que Laurent Blanc qui a d'ailleurs participé à une campagne de La Poste pour les Journées de l'arbitrage en tant qu'ambassadeur. Lui non plus ne se cache jamais derrière nos sifflets et nos drapeaux pour justifier un échec. Le Président surplombe cette médiocrité et mes collègues et moi lui en savons gré."

Aux antipodes de ces derniers, Rudi Garcia ou René Girard. L'actuel entraîneur de l'Olympique de Marseille, qui avait mené le LOSC d'Eden Hazard au titre, "c'est la synthèse de tous nos cauchemars. Il n'arrête jamais. Et plus sa carrière a pris de l'ampleur, plus il est devenu insupportable. C'est un peu le Nabil Fekir [NdlR. voir ci-dessous] du banc de touche. Constamment occupé à critiquer et à récriminer. On l'a même vu un jour à Lille courir vers l'arbitre assistant en plein match armé de son portable pour lui démontrer une erreur. Le degré zéro de la compréhension et de la pédagogie".

Quant au coach qui avait mené Montpellier à un titre historique en 2012, "mes tentatives pour le calmer me valent une réponse sans appel: “Ferme-la, toi! Retourne dans ta niche!” Le visage déformé par la colère, il me ferait presque peur: il a tout du fou prêt à découper sa famille entière en rondelles".

Des anciens internationaux français démolis

Samir Nasri "n'aime pas tellement dire bonjour. En revanche, pour ce qui est de jacter, il se rattrape sur l'admirable gazon de l'Emirates Stadium d'Arsenal. Il fait vivre un enfer au central en passant son temps à critiquer toutes ses décisions. À tel point qu'on s'imaginera par la suite qu'il devait être frustré de ne pas pouvoir le faire en anglais le reste du temps et qu'il lui fallait se rattraper. Il n'échappera à la biscotte que parce qu'Arsène Wenger a le bon goût de le sortir avant. On l'aperçoit sur le parking après le match, sans envie excessive d'aller tailler une bavette. On n'en aurait de toute façon pas eu le temps. Un voiturier lui amène sa Bentley séance tenante pour qu'il évite de se fatiguer en marchant jusqu'à sa place. Le pauvre bougre n'aura droit ni à un 'merci', ni à un 'bonsoir'. La starlette s'engouffre dans son véhicule et disparaît. Il y a comme ça des joueurs qui préfèrent ne s'exprimer que sur le terrain."

Hatem Ben Arfa est "une pleureuse infernale qui passe son temps à réclamer et à gueuler. S'il perd un ballon, ça ne peut de toute façon pas être de sa faute. Même ses coéquipiers en prennent plein la gueule et sont excédés. Le vrai gamin pourri gâté qui chouine quand il n'a pas ce qu'il veut. Drame de la starification précoce sur un caractère fragile".

Son successeur chez les Bleus Nabil Fekir est "moins vulnérable que son prédécesseur et donc encore plus exaspérant, [il] propulse le concept de sale gosse vers de nouveaux sommets. La première chose qui me frappe quand je le découvre est sa démarche révélatrice. Le torse outrancièrement bombé, on devine le type que la terre peine à porter. Ça ne se démentira pas et tout le reste est à l'avenant. Sa manière pleine de dédain de s'adresser à moi, notamment. Enfin, quand il daigne le faire… C'est-à-dire pour quémander une faute ou nier éhontément celle qu'il vient de commettre sous mes yeux. Sans parler de ce qu'il persifle entre ses dents trop bas pour que je puisse l'entendre."

Dirigeants et consultants en prennent aussi pour leur grade

Les pressions insidieuses d'Aulas

"Avant un match crucial pour la troisième place qualificative pour la Ligue des Champions, je le rencontre dans les couloirs du Parc OL et il m'interpelle: 'N'oubliez pas que vous arbitrez un match à vingt millions d'euros !' Je me contente de sourire en retour, sachant bien que ce n'est que le début du florilège. À l'image d'un joueur ultra-motivé, il donne tout dans ces occasions-là. Tout ce qui, à ses yeux, peut faire pencher la balance de son côté. Tout, jusqu'à l'excès. Comme haranguer un arbitre téléphone en main pour lui montrer son erreur ou refuser de serrer la main d'un autre dont la prestation lui a déplu."

Waldemar Kita, "le meilleur disciple d'Aulas"

"Le vitupérant et paranoïaque Waldemar Kita appartient à cette catégorie de dirigeants qui sont la hantise du corps arbitral. Toujours prompt à se plaindre et à ergoter dès qu'on ne siffle pas à sa convenance, il est sans doute le meilleur disciple de Jean-Michel Aulas. L'homme d'affaires francopolonais a parfaitement retenu la leçon de son maître lyonnais quant à la façon de peser sur le sort d'un match par sa gouaille, les pressions qu'il exerce, son poids dans les instances et son aura médiatique. Il semble en revanche avoir été moins assidu aux cours de gestion sportive, comme en atteste la délicate posture de ses protégés… Mais il se rattrape en donnant le maximum dans le harcèlement arbitral.'

Menès "payé pour expliquer que les arbitres sont nuls"

"Le résumé attendu arrive, ainsi que les commentaires qui l'accompagnent. Pierre Ménès, l'artilleur en chef, ne va pas rater une si belle occasion d'y aller de son refrain favori. Je suis 'nul', ça va sans dire. 'Comme toutes les semaines !' précise-t-il. D'ailleurs, il me qualifie d''inénarrable'. Comme quoi, il a du vocabulaire. J'aurais tout de même envie de lui répondre que si ce genre de mésaventure m'arrivait “toutes les semaines”, je jetterais sans doute l'éponge. Masochiste peut-être, mais il y a des limites. Enfin, chacun son métier. Moi, je suis payé pour arbitrer et lui, pour expliquer aux gens que les arbitres sont nuls. Ce sont deux professions différentes."