L'Espagne s'embrase pour ses héros

Miguel Tasso Publié le - Mis à jour le

Football

Des centaines de milliers "d' aficionados" ont accueilli, hier soir, à Madrid, la "Selección" espagnole à son retour de Vienne. Perchés sur un autocar décapotable, les champions d'Europe ont parcouru les grandes artères de la capitale dans une ambiance de liesse collective. De l'aéroport de Barajas à l'Avenida de la Castellana, sous une chaleur accablante, Luis Aragones et ses hommes ont été reçus en véritables héros, sur fond de l'hymne à la joie local, le "Campeones, oé !"

Voilà 44 ans, il est vrai, que l'Espagne, terre de football entre toutes, attendait un tel couronnement. Seuls les quinquagénaires avaient eu l'occasion d'assister, en noir et blanc, à la victoire lors de l' Euro 64 qui se jouait à Madrid et qui ne réunissait que quatre équipes. C'est dire si, au fil des ans, la frustration avait grandi dans les coeurs et les choeurs au rythme des éliminations en quarts de finale des grands tournois. En s'adjugeant, de la plus belle façon, cet Euro 2008, l'Espagne a exorcisé, d'un coup, tous ses vieux démons. Si souvent placée, la voilà gagnante grâce à une génération de joueurs exceptionnels, jeunes et ambitieux.

Avec Rafael Nadal, Fernando Alonso, Alberto Contador ou Pau Gasol, elle brillait déjà dans de nombreuses disciplines. Elle avait déjà été sacrée championne du monde en basket et en handball. La voilà désormais également élevée sur un piédestal dans le sport-roi, celui qui occupe 90 pc des pages sportives ! Alors, oui, l'Espagne a fait la fête, de La Corogne à Cadix, de Valence à Valladolid, en passant même par Bilbao et Barcelone, villes traditionnellement allergiques aux succès de la "Seleccion" .

Mais, là, c'était différent. Magique. Unique. Dimanche soir, lors de la finale, le pays était entièrement paralysé. On entendait les mouches voler sur la "Gran Via" et les gambas se parler le long des plages ! Des écrans géants avaient été installés dans toutes les cités : ici dans le Palais des Sports, là sur la Grand-Place, parfois même dans les arènes. La chaîne "Cuatro" , qui retransmettait tous les matches, a pulvérisé, durant l' Euro , tous les records d'audience télévisée. Il y avait près de 20 millions de téléspectateurs pour le match face à l'Allemagne ! Sitôt celui-ci terminé, c'est donc tout le pays qui est sorti dans les rues, improvisant un incroyable concert de klaxons dans un indescriptible mais joyeux chaos.

Pêle-mêle, on retrouvait dans les fontaines les "abuelos" ridés fiers d'avoir connu les succès de Di Stefano, de Gento ou de Zamora et leurs petits-enfants bercés par les exploits de Casillas, Iniesta ou Torres. Drapés dans les mêmes couleurs "sang et or" , ils chantaient d'une seule voix les cantiques du moment. "Yo soy español, español, español..."

Editions spéciales dans les kiosques, émissions spéciales à la radio et à la télévision, sangrias à volonté sur les plages : l'Espagne savourait, hier, la victoire de tout un peuple. Alors que le pays traverse une grave crise économique et immobilière, ce titre tant attendu a mis du baume au coeur à toutes les couches de la population. Depuis la victoire en quart de finale face à l'Italie, les drapeaux nationaux étaient en rupture de stock... D'autant que cette équipe nationale, modelée à sa façon par ce vieux sage de Luis Aragones, plaît à tous. A l'heure où le pays est déchiré par les rivalités régionales - tiens, tiens... -, la "Seleccion" a réussi l'union sacrée autour d'une même cause, d'un même élan. Entre Xavi le Catalan, Sergio Ramos l'Andalou, Xabi Alonso le Basque ou Iker Casillas le Madrilène, il n'existe pas la moindre animosité.

"L'ambiance au sein du groupe a été exceptionnelle durant tout le tournoi. On forme une bande d'amis" , résumait le capitaine Casillas. Un groupe de copains. Simples et comme tout le monde. Sans gros cou. Une équipe sans star qui joue au foot pour le plaisir et qui a éle vé le "tiki-taka" - cette façon si p articulière de se passer et repasser le ballon dans un espace réduit - au rang de signature maison. Si critiqué pour n'avoir pas sél ectionné le " dieu" Raul, réclamé pa r tous les sondages avant la compétition, Luis Aragones, têtu, avait sans doute eu une vision. Hier, du côté de Cibeles, il n'y avait pas une seule pancarte réclamant le retour du capitaine du Real ! Allez savoir pourquoi...

Miguel Tasso

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