Football

Entretien

Raymond Langendries avait accédé à la présidence de l'AFC Tubize en 1987. Douze ans plus tard, soit en septembre 1999, alors que l'AFC Tubize vient de quitter la Promotion D pour la D 3, celui qui est aussi Bourgmestre de l'entité brabançonne lance un nouveau défi, également repris dans le livre souvenir réalisé par Michel Lekime ( "AFC Tubize, 10 ans de championnat" ) : la D 1 en dix ans.

M. Langendries, vous avez tenu votre promesse...

Attention, je n'ai pas promis la D 1. J'ai proposé un challenge. En 1999, j'étais bourgmestre et on vivait des moments très difficiles. Il y avait la faillite des forges, nous avions perdu des milliers d'emplois, le moral n'était pas bon. Ma majorité et moi voulions vraiment remettre la ville dans le droit chemin. J'ai toujours considéré que le football dégageait une image de vainqueur et de gagnant. Donc on pouvait apporter du moral, du mental. Il fallait redresser la barre. A tous niveaux : social, culturel, économique et sportif. Avec un club qui doit monter au sommet. Certains ont dû croire que j'étais fou et mégalomane, mais je ne le suis pas. Je n'ai pas mené ma carrière comme ça. Le club est un élément d'une politique de reconversion et de redressement d'une région. On parle du club partout dans le Brabant wallon. Notre parcours nous amène à avoir un beau petit stade. Nous ne sommes peut-être pas des précurseurs, mais le concept que nous avons ici, d'autres devraient l'adopter. Le football n'est jamais le seul sport qu'il faut privilégier. Malgré ce que disent mes adversaires politiques, cette infrastructure accueille 18 clubs, des centaines de jeunes viennent ici sept jours sur sept, 365 jours par an. Le football n'est qu'une des activités.

C'est le fleuron...

Un club de ce niveau-là, c'est évidemment le club représentatif de la ville, c'est pour ça que je l'ai voulu.

Cela doit l'être davantage que pour la ville, pour une région, puisque le Brabant ne compte pas de club en D 1...

Oui. Jeudi de nombreux néerlandophones étaient présents dans les tribunes mais aussi en VIP. Il y a moyen de générer un public pour toute une région, intermédiaire entre le Hainaut et Bruxelles.

Tubize a-t-il vraiment un avenir en D 1 ?

Comme Tubize a un avenir au niveau économique. Les investisseurs débarquent, d'énormes projets sont en cours de réalisation. On ne va pas monter en D 1 pour faire de la figuration.

Serez-vous prêts au niveau du cahier des charges ?

La tribune, ça fait des mois qu'on travaille dessus. Les plans sont prêts. Ils sont approuvés par le ministère des infrastructures. Le jour J, on entame le processus et, pour le 15 octobre, on aura une tribune de 3 000 places derrière le goal et l'éclairage doublé. Il y a quelques années, j'ai fait faire une étude par un architecte hollandais : on peut construire un stade de 12 000 places ici. Maintenant, on va passer à 5 000. Je ne veux pas construire un stade géant si on n'est pas capable de remplir une enceinte de 6 000 places. Le tout est d'arriver à une moyenne correcte. On doit construire son propre public. United n'a pas un stade plus fringant que le nôtre, Louvain, non plus. Courtrai doit aussi faire des aménagements.

Echouer cette saison-ci aurait été une déception ?

Non, un échec n'est jamais une déception. Un échec, c'est toujours une leçon pour la suite. Nous sommes en train d'apprendre beaucoup de choses. J'aurai sans doute été déçu, mais je n'aurais pas de sentiment d'échec. Pas après une saison pareille. Personne n'aurait osé parier un kopeck sur notre saison.

Maintenant que vous montez, vous devrez sérieusement vous renforcer, d'autant que des pions importants ont déjà signé ailleurs.

L'an passé, quand on a perdu cinq joueurs considérés comme extrêmement importants, on a dit qu'on allait se planter. Vous voyez le résultat. Certains sont même revenus.

Neels est un exemple de réussite pour le club, lui qui vient de provinciales.

De P 3 ou de P 4 à Ittre. Théo Buelinckx a vu jouer son équipe et estimait qu'à lui tout seul, il valait les onze. Il était partout, avec une condition physique extraordinaire. A 17 ans, il lui a fallu trois matchs en D 3 pour être titulaire. Il a joué en D 1 et a mené le club en D 1. A Tubize, la politique a toujours été de se baser sur nos jeunes. Plusieurs jeunes sortent de notre école; ne parlons pas de centre de formation. Neels correspond bien au club. Ce n'est pas une grande vedette, techniquement, ce n'est pas le top, mais quel coeur.

Cette politique jeune et régionale sera-t-elle suivie en D1 ?

Je veux des gens qui soient proches, je n'ai pas envie d'aller chercher des Sierra-Léonais. Il faudra peut-être aussi aller chercher l'un ou l'autre joueur. Cette saison, nous avons engagé deux Français qui ont donné beaucoup de satisfaction, mais le noyau doit être de la région, Bruxelles étant de la région pour nous.

Cela va à contre-courant de ce qui se fait dans la plupart des clubs de D 1...

S'il faut songer à refaire une équipe nationale un peu correcte, il y a intérêt à cesser d'avoir huit-neuf-dix joueurs étrangers sur le terrain. Westerlo, Roulers ou Zulte jouent avec un paquet de Belges et ils ne font pas de mauvais résultat. A quoi ça servirait d'avoir 400 jeunes qu'on essaie de former et de n'en mettre aucun en D 1 ?

Quel est votre budget actuel et les prévisions pour celui de la saison prochaine en D 1 ?

Nous sommes à un plus d'un million. Il faudrait monter à 3,5 - 4 millions. En droit télé, on va passer de 10000 euros à un million. Cent fois plus ! Il est possible d'appliquer le même ratio avec les sponsors. Plus tout ce que vous pouvez faire en publicité, en organisations annexes. Le Lierse a un budget de quatre millions. Saint-Trond, en D 2, en annonce un de 5 millions. Ce sera plus difficile de monter en D 1 à l'avenir. Autant essayer maintenant si c'est possible.

C'était le moment ou jamais ?

Un des moments privilégiés. On a notre sort entre les mains. Il ne faut jamais dire jamais.