Football

Autres temps, autres mœurs. Autres lieux, autres choix - de raison ou d’humeur. Entre Anderlecht et le Standard, les différences ne se logent pas seulement sur le terrain ou entre les rangs de supporters, elles se retrouvent aussi dans les choix de "management" et les angles choisis par les deux directions. En commençant peut-être par la communication.

Car si le Standard de Pierre François a pris l’habitude de rudoyer Anderlecht et de reprocher à la maison mauve de se contenter d’imiter les plans liégeois ("ils nous copient sur notre centre de formation, sur nos joueurs et peut-être bientôt sur notre ancien entraîneur. Je crois qu’un grand club comme Anderlecht doit avoir les moyens de mener sa propre politique", nous confiait récemment le directeur général liégeois) force est de reconnaître aux deux clubs un "art" très singulier de communiquer.

Si du côté de la maison mauve, chacun connaît désormais le visage de David Steegen, omniprésent dans la communication bruxelloise, les visages d’Olivier Smeets et Pierre Locht au Standard apparaissent plus effacés. "On n’a pas forcément envie de se mettre en avant", confie Olivier Smeets, avant tout chargé de l’agenda de la direction, l’homme abandonnant à Pierre Locht la gestion médiatique des joueurs. "L’expérience passée avec un attaché de presse, Sacha Daout, un peu omnipotent, a refroidi tout Sclessin. La nouvelle direction a profité de son arrivée pour changer de registre."

Du coup, le Standard apparaît cette année plus ouvert aux médias comme si le temps des "boycotts", des scellées posés sur les lèvres des joueurs et des portes verrouillées était désormais révolu. Seul le jeune Michy Batshuayi reste aujourd’hui privé (en partie par sa propre volonté) de temps de parole. À 18 ans, les mots de travers sont parfois vite arrivés. "On veut désormais contenter tous les médias dans la mesure de nos possibilités", ajoutait Pierre François. Je sais que certains aimeraient bien embarquer des caméras dans le vestiaire mais on ne peut pas tout laisser passer. Lorsque le Standard remportera un nouveau titre, il sera toujours temps d’offrir aux journalistes un laisser-passer."

En face d’un Standard désormais débarrassé de son image de "maison close" ou, pour le dire sans ambiguïtés, de bastion imprenable, Anderlecht a parfois eu tendance à passer pour un centre fermé. Désormais abrité à Neerpede, le club bruxellois aurait, selon certains, fait du "huis clos" une marque déposée. "Il ne faut jamais oublier que la part que représente le sport dans huit ou neuf quotidiens belges est quasiment incomparable avec ce que l’on trouve à l’étranger", confie David Steegen. Un journal comme la DH a besoin de remplir tous les jours deux ou trois pages sur Anderlecht. Même la Gazetta dello Sport ne donne pas un étalage pareil à un club comme le Milan AC". Sous sa casquette d’attaché de presse, David Steegen se doit donc aussi de refuser certaines demandes, verrouiller certaines entrées voire de prendre certaines mesures répressives lorsque les "lignes rouges" sont franchies. "C’est clair que lorsque certains médias créent de toutes pièces une discorde entre Proto et Jova, je ne peux pas laisser passer ça. Mais, je n’ai même pas à intervenir puisque dans ces cas-là, les joueurs eux-mêmes ne veulent plus parler."

Mais si du côté mauve, les boulons de la communication paraissent plus serrés qu’à Sclessin, on aurait tort d’oublier que le Sporting doit faire face au double impact des médias. Flamands et francophones. "Étant un Bruxellois pur jus, je peux me permettre de dire qu’il y a véritablement deux opinions publiques aujourd’hui. Et sincèrement, il apparaît clairement qu’au Sud du pays, les journalistes sportifs sont poussés à mélanger tous les sujets, à colorer les sujets sportifs d’angles plus people alors qu’au Nord du pays, tout est beaucoup plus compartimenté. Le sportif reste du sportif. Les autres sujets trouveront ailleurs leur droit de citer."

La référence aux pages fleuries autour de la Ferrari de Dieumerci Mbokani est à peine voilée. Mais l’on aurait tort de ne pas prendre au sérieux le constat dégagé par David Steegen. Gérer un club liégeois attaché à la Wallonie et une entité bruxellois aux confins de deux "pays" (culturellement s’entend) n’entraîne sans doute pas le même métier.

De la même façon, les deux clubs pensent difficilement pouvoir s’inspirer de l’étranger pour gérer leur communication. "Chaque pays garde un climat médiatique bien particulier", ajoute David Steegen. "C’est une espèce de code génétique bien particulier. J’aimerais bien imiter ce qui se fait aux Pays-Bas en laissant tous les vendredis trois ou quatre joueurs librement à la disposition des médias. Mais ici, la pression est telle que l’idée me semble difficile à réaliser."

D’autant que le Standard et Anderlecht comptent désormais sur leurs propres médias pour communiquer. 2 000 magazines, des pages Facebook immédiatement actualisées, 25 000 "Matchday Program" : c’est aussi cela la nouvelle réalité.