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évocation

Le stade du Kiel a observé dimanche, juste avant la victoire contre le Cercle de Bruges qui vaut désormais une 3e place ex aequo à son locataire actuel, le Germinal Beerschot, une minute de silence à la mémoire de Manu Sanon, bien trop tôt décédé en fin de semaine dernière d'un cancer du pancréas. Il n'avait que 56 ans.

Emmanuel Sanon entra définitivement dans l'histoire du football lors de la Coupe du monde de 1974, lorsqu'il mit fin au record d'invincibilité de Dino Zoff dans les buts italiens : 1142 minutes sans encaisser, s'il vous plaît ! Cela n'empêcha pas l'Italie de s'imposer 3-1 contre Haïti, mais les scouts du Kiel repérèrent rapidement cet athlète d'une souplesse féline, capable d'effacer quatre joueurs dans un mouchoir de poche. Le clairvoyant vice-président de l'époque, André Suys, le fit débarquer au Kiel où il s'avéra immédiatement être un renfort de poids : 142 matches, 43 buts. A cette époque où l'arrêt Bosman n'existait pas et où seuls trois étrangers pouvaient être alignés sur la feuille de match, il fallait être nettement plus perspicace dans les transferts qu'aujourd'hui où on peut se permettre de se défaire d'une acquisition ratée après six mois... A l'époque, avec le Finlandais Tolsa et l'Argentin Cabral, et plus tard le légendaire gardien Jan Tomaszewski, le Beerschot avait trois gros atouts dans son jeu.

Sanon était un joueur techniquement capable de tout, et d'un fair-play irréprochable (on ne le vit jamais prendre une carte jaune) mais en revanche incapable d'assimiler les règles du hors-jeu. De guerre lasse, l'entraîneur du Beerschot de l'époque, Rik Coppens, finit par le convertir en arrière droit hyper-offensif. C'est en cette qualité qu'il offrit sur un plateau d'argent, au terme d'un raid inoubliable, le but de la victoire à Johan Coninx dans la finale de la Coupe de Belgique 1979, gagnée 1-0 contre le Club Brugeois.

Quelques mois plus tard, alors que le Beerschot liquidait son équipe, Sanon quittait le Kiel, quasi en même temps que Juan Lozano, pour s'établir en Amérique. Il fut encore brièvement sélectionneur d'Haïti entre 1999 et 2000 avant d'éditer un bouquin où il parlait avec beaucoup de tendresse de son séjour à Anvers. Dimanche, les amateurs de beau football - et Dieu sait s'ils ont de tout temps rempli les tribunes du Kiel - ont eu plus qu'un petit pincement au coeur. Salut l'artiste !