Football

Le séisme qui secoue le football belge depuis mercredi matin porte sur deux volets distincts, même si des liens peuvent exister entre eux.

D’une part, le parquet fédéral soupçonne l’existence de transactions financières suspectes au sein de plusieurs clubs de l’élite. Derrière ces transactions, seraient à l’oeuvre plusieurs agents de joueurs. Ils auraient dissimulé aux autorités des commissions portant sur des transferts de joueurs mais aussi sur les salaires de joueurs et d’entraîneurs. On parle de blanchiment d’argent et de corruption privée.

D’autre part, les enquêteurs auraient, au cours de leurs investigations, nourri des suspicions sur le déroulement de certaines rencontres disputées pendant la saison 2017-2018.

Mercredi, de nombreuses perquisitions ont été menées en de nombreux endroits du pays et un grand nombre de personnes actives dans le milieu du fooball ont été privées de liberté et emmenées pour audition.

L’affaire Zheyun Yé

Ce n’est pas la première fois que le football belge est secoué par un scandale d’ampleur. Il y a quelques années, l’affaire des matches truqués du championnat belge dans le cadre de paris sportifs et sous l’influence d’un homme d’affaires chinois véreux, Zheyun Yé, avait défrayé la chronique.

Ce dossier a conduit à des poursuites menées contre 14 acteurs du football national et à de nombreuses condamnations, en première instance puis en appel, d’agents de joueurs, d’entraîneurs, de dirigeants de clubs et de footballeurs qui s’étaient laissés aveugler par Zheyun Ye, lui-même condamné, par défaut, à 5 ans ferme.

Il y a longtemps que le député européen belge, le socialiste Marc Tarabella, s’inquiète des ravages provoqués par les paris sportifs, qui génèrent bon an mal an entre 500 et 700 millards de dollars de mises, toutes disciplines confondues.

Paris sportifs et matches truqués

En 2013-2014, dans les championnats de football de l’Union européenne, ils auraient conduit au trucage de 460 matches. Pour 110 d’entre eux, le conditionnel n’était pas de mise.

Ce genre de dérive touche toutes les compétitions. Dans certains pays, comme Chypre et Malte, 85% des rencontres seraient touchées. En règle générale, les matches truqués concernent les divisions inférieures (où on compte moins de caméras de télévision et moins de spectateurs et dont les clubs et leurs joueurs sont plus fragiles financièrement et donc plus susceptibles de se faire acheter) mais ils touchent aussi les championnats les plus faibles, celui de Belgique constituant, hélas, un proie évidente.

Si les joueurs et les cubs contactés sont Européens, les parieurs viennent souvent d’Asie, ce qui rend la lutte contre le phénomène d’autant plus malaisée.

Agents de joueurs et transferts suspects

Dans le dossier qui nous occupe depuis hier, un autre fléau est en cause. Le blanchiment d’argent à l’occasion de transferts de joueurs. De gros clubs sont régulièrement éclaboussés par ce type de dérive.

Parfois, les transferts sont organisés en manière telle que l’agent du joueur et ce dernier sont non seulement intéressés au montant de la transaction versée au club vendeur mais bénéficient de montages, qui leur permettent (mais permettent aussi aux clubs) d’échapper au fisc. Des montages qui prennent des proportions et des aspects encore plus complexes quand les joueurs (ou entraîneurs) concernés viennent de loin et notamment d’autres continents que l’Europe.

Dans ce concert, le rôle des agents de joueurs est souvent trouble. Certains ont non seulement une écurie de joueurs et de coaches dans leur portefeuille mais ils comptent aussi des participations dans des fonds d’investissement collaborant avec des clubs. Leurs implications au sein de ceux-ci en font parfois des directeurs sportifs officieux.

On peut dès lors se demander quelle signification peut avoir le montant de transfert d’un joueur de l’agent X, réclamé par un entraîneur qui dépend de l’agent X pour rejoindre un club appartenant en partie à un fonds d’investissement conseillé par l’agent X? Ces conflits d’intérêts sont monnaie courante dans tous les championnats.

En Belgique, l’influence exercée en son temps par Luciano D’Onofrio (aujourd’hui à l’Antwerp) au Standard fut énorme. C’est grâce à cet ancien agent de joueur que le Standard retrouva son lustre mais gare à ceux qui rappellent les ennuis que l’intéressé a eus avec la justice française du temps où il faisait la pluie et le beau temps à Marseille.

Depuis, c’est Mogi Bayat qui règne sur le football belge, lui qui a vendu des joueurs dépendant de lui dans 12 clubs de l’élite. Rappelons qu’à ce stade de l’enquête, il est, bien entendu, présumé innocent tout comme l’autre acteur important du feuilleton, Dejan Veljkovic, Serbe de 48 ans, très lié aux clubs de Lokeren et de Malines mais dont l’influence touche un cercle bien plus large. Il a, en effet, placé des joueurs et des entraineurs dans à peu près tous les clubs de première division.