Football Suite des incidents lors du choc wallon : le Standard ne doit pas craindre une sanction trop lourde de l’Union belge, donc probablement pas de huis clos.

La fumée laissée par le derby wallon ne risque pas de s’estomper rapidement. Ça grogne de tous les côtés, mais les clubs ne risquent, a priori, pas grand-chose malgré la tournure spectaculaire des événements.

Le rapport de l’arbitre a été envoyé ce lundi mais le Parquet de l’Union belge ne l’a pas encore étudié. De ce rapport dépendra la décision du Procureur de trancher pour une proposition de sanction ou une convocation directe en commission des litiges. Le dossier devrait se décanter dans les jours à venir. Mais avant qu’une décision ferme tombe, il faudra du temps. Beaucoup de temps.

1) CHARLEROI ÉTUDIE LA POSSIBILITÉ DE PORTER RÉCLAMATION

Le derby risque-t-il d’être rejoué ? C’est très peu probable, mais le Sporting fera en tout cas savoir ce mardi s’il dépose officiellement réclamation. Actuellement, le dossier est entre les mains de Maître Jean-Philippe Mayence qui étudie les différentes possibilités. Il communiquera ses conclusions au club ce mardi. "Je verrai alors sous quelle forme entrer cette éventuelle réclamation", précise Mehdi Bayat.

Ce qui pourrait jouer en faveur du Sporting, c’est que l’arbitre Luc Wouters n’a pas été au bout d’un processus qu’il a lui-même enclenché. "Comme le veut le règlement, l’arbitre a d’abord demandé un appel au calme par micro suite aux jets de pétards. Comme cela continuait, il a ensuite interrompu le match et fait rentrer tout le monde au vestiaire. Vu qu’il y a encore eu des pétards lancés sur le terrain après la reprise, le match aurait dû être arrêté," détaille Mehdi Bayat. "Le fait que l’arbitre n’ait pas respecté une procédure officielle, qu’il a lui-même engagée, me gêne énormément. On verra donc ce mardi avec nos avocats ce qu’il convient de faire. Mais en tant qu’administrateur du Sporting, je me dois de faire respecter les intérêts du club… même si, depuis que j’ai repris le club, j’ai toujours évité au maximum d’entrer en conflit avec qui que ce soit."

Après le match, Monsieur Wouters s’est expliqué en disant que l’intégrité physique des joueurs n’avait plus été mise en danger après l’interruption de la rencontre. En cas de plainte, ça sera au Sporting de prouver le contraire…

2) QUE RISQUE LE STANDARD ?

Certaines voix se sont élevées pour réclamer une sanction exemplaire pour le Standard. Le terme huis clos a été employé à plusieurs reprises, mais on ne devrait pas en arriver là. Légalement, il sera difficile d’attaquer les Rouches et de les punir sévèrement.

Que disent les précédents? Les agissements des Zèbres à Sclessin fin 2012 avaient été punis d’un an à huis clos avec sursis. Les jets de sièges lors du match face à Zulte avaient coûté 5.000 euros au Standard. Pour des faits qui se rapprochent plus ou moins des actes de dimanche soir, les sanctions ne sont généralement pas lourdes.

A priori, le Standard n’a pas non plus à craindre les démons du passé. Le sursis qui pèse sur le club n’est pas lié à des faits similaires mais à un tifo (envers Steven Defour). Le passif du club (contre Zulte en 2014 ou contre Anderlecht en 2012) ne devrait pas entrer en ligne de compte, pour une question juridique.

3) QUID DE L’ORGANISATION CAROLO?

Sur papier, le club pourrait être poursuivi, mais ne sera pas puni si aucune erreur d’organisation n’a été commise. Selon nos informations, les Carolos ont fait leur maximum en terme de sécurité. Mais ils pourraient être sanctionnés (d’une amende?) à cause du jet d’objets vers Jelle Van Damme.

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Les fauteurs de troubles risquent de sérieuses interdictions de stade

Les sanctions vis-à-vis des supporters ayant eu un comportement inapproprié mettront du temps à tomber mais tomberont.

Leur cas sera traité par la cellule foot du ministère de l’Intérieur et non par l’Union belge. Une enquête sera menée sur base des images afin de savoir qui est coupable d’actes allant à l’encontre de la loi football. Ceux qui ne l’auront pas respectée risquent des interdictions de stade et des amendes. Dans le cas présent, il pourrait s’agir d’un bannissement d’au moins six mois.

Les clubs peuvent également, comme ils l’ont communiqué, agir en aidant l’enquête. Ils peuvent également prendre les devants et interdire l’accès à leur stade à leurs supporters turbulents. Une mesure qui prendra moins de temps à être appliquée que la voie officielle.


Des précédents en Europe

Un match à huis clos avec sursis et une amende : c’est la sanction type.

Sanctionner un club pour jets de fumigènes et de pétards n’est pas rare en Europe ces dernières années. Tour d’horizon.

Europa League

En juillet dernier, le club du Beitar Jérusalem avait, comme le rappelait Medhi Bayat dimanche soir, écopé d’une amende de 95.000 euros pour ce genre de faits lors du déplacement à Charleroi.

Ligue des Champions

Il y a quelques semaines, Benfica a été condamné par l’Uefa à un match à huis clos avec sursis pendant deux ans et à une amende de 20.000 euros en raison d’incidents provoqués par ses supporters sur la pelouse de l’Atlético Madrid, en Ligue des Champions.

Ligue 1

En France, en mai dernier, les Girondins de Bordeaux ont été condamnés à une amende de 50.000 euros pour le jet d’une centaine de fumigènes lors d’une rencontre face à Nantes. La Ligue française leur a également infligé un match à huis clos avec sursis.

Qualifications de l’Euro 2016

Fin 2014, c’est la Fédération italienne qui avait écopé d’une amende de 13.000 euros pour usage de fumigènes par ses supporters lors de la rencontre de qualifications pour l’Euro 2016 entre l’Italie et la Croatie.

Liga

Quelques mois auparavant, en Espagne cette fois, le club de Villarreal avait été sanctionné d’une amende de 6.000 euros et d’un huis clos avec sursis d’un an en raison d’un gaz lacrymogène jeté sur la pelouse face au Celta Vigo.

Bundesliga

Enfin, en octobre 2013, le Borussia Dortmund avait écopé d’un huis clos de 7 mois avec sursis et d’une amende de 30.000 euros à la suite des incidents provoqués par les supporters du BVB lors du derby de la Ruhr.


50 impacts sur le terrain

Charleroi enverra la note suite aux dégâts (elle sera salée !) au Standard, dont quatre supporters ont été hospitalisés.

Après le derby, l’heure est au bilan à Charleroi.

Dans un premier temps, c’est le nettoyage de la tribune réservée aux supporters du Standard qui a été réalisé. On y a retrouvé des restes de fumigènes par dizaines… ainsi qu’une cagoule ! C’est à se demander comment autant de matériel a pu rentrer en tribune alors que la fouille a été réalisée par les policiers… et que même les stewards présents dans cette tribune avaient été fouillés afin d’éviter toute connivence avec les fans du Standard. Une petite dizaine de sièges a également été arrachée. Et, comme c’est devenu une triste tradition, les sanitaires ont été détériorés.

La pelouse du Mambourg a également souffert suite aux lancers de pétards et fumigènes. "Une cinquantaine d’impacts ont été répertoriés", détaille le responsable sécurité du Mambourg. La firme en charge de l’entretien de la pelouse est déjà passée ce lundi matin. Un devis pour la remettre en état sera envoyé ce mardi. "Et la facture sera alors adressée au Standard. À cette période de l’année, l’herbe ne pousse plus. S’il faut remplacer une partie du gazon, l’addition sera salée", détaille Pierre-Yves Hendrickx.

À côté des dégâts matériels, il y a aussi eu des dégâts physiques. Ainsi, quatre supporters du Standard ont dû être évacués en milieu hospitalier. Un suite à une chute dans les escaliers, deux à cause de coupures aux mains survenues alors qu’ils grimpaient sur les grilles du stade alors que la 4e personne a été brûlée au cou et intoxiquée suite aux jets de fumigènes. La police de Charleroi procède actuellement à l’analyse des images afin de tenter d’identifier les fauteurs de trouble.

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