Football

ENTRETIEN

Parfois échaudé par les propos relayés dans la presse, Arsène Mpenza ne nous assène pas de grandes envolées. Les infos sur ses fistons footballeurs, en bon pharmacien, il les distille par doses homéopathiques.

M.Mpenza, la question qui tue... Standard ou Mouscron?

(rires)... C'est impossible de répondre. Je suis supporter du Standard depuis toujours ou plus exactement depuis que les Liégeois sont venus jouer à Kinshasa en 1956. Quand la famille a débarqué en Belgique en 1975, le premier match que j'ai vu fut un Anderlecht-Standard. Maintenant que j'habite Mouscron, c'est l'équipe que je suis le plus régulièrement. Disons qu'un partage ne serait pas pour me déplaire.

Avez-vous pressenti dès leur plus jeune âge que vos fils deviendraient des «cracs»?

Non, car à l'époque où ils jouaient en équipes de jeunes à Mesvin, le Borinage regorgeait de joueurs de talent. Au départ, Mbo et Emile n'avaient pas plus de dispositions que d'autres qui, aujourd'hui, sont tombés dans l'anonymat. Je crois que le facteur décisif fut leur transfert à Courtrai qui possédait une excellente école de jeunes.

Je crois savoir que vous n'étiez pas favorables à ce qu'ils deviennent footballeurs.

Au départ, non. Je voulais qu'ils donnent la priorité aux études. Quand je suis retourné travailler en Afrique en 1986-87, ma femme en a profité pour les inscrire à Mesvin. Puis, nous avons rencontré Enzo Scifo et je me suis dit pourquoi pas. Si Dieu le veut, ils peuvent devenir comme Scifo. J'ai beaucoup prié... Et la famille a consenti à pas mal de sacrifices pour faciliter leur carrière.

Au travers des médias, dans les interviews, Emile apparaît comme assez timide tandis que Mbo paraît très à l'aise. Est-ce la réalité dans la vie de tous les jours?

Je ne suis pas d'accord avec cette vision. Emile n'est pas si timide qu'on pourrait le croire. Maintenant, Mbo est l'aîné et il existe un rapport de grand frère à petit frère... Comme dans la plupart des familles je suppose.

En regard de leur réussite en Belgique, comment expliquez-vous leur relatif échec à l'étranger?

Pour moi, il ne s'agit pas d'échecs... Emile a livré des très grands matches à Schalke et j'ai pu voir des cassettes du Sporting Lisbonne où Mbo tirait parfaitement son épingle du jeu. En ce qui concerne ce dernier, c'est davantage une sombre affaire de transfert, c'est pour cela qu'il s'est retrouvé en Turquie où il a très peu joué.

Leur retour en Belgique, c'est reculer pour mieux sauter?

Je pense. Pour moi, leur avenir est à l'étranger et en particulier dans le championnat anglais. J'ai toujours vu l'Angleterre pour mes fils, j'estime que c'est le championnat qui convient le mieux à leurs qualités intrinsèques.

Sous le même maillot?

Je ne pense pas. Ce n'est pas obligatoire non plus car ils peuvent gérer une carrière footballistique de manière indépendante. Même les jumeaux De Boer ont fini par se séparer...

Comment avez-vous vécu l'époque où Emile défrayait davantage la chronique par ses accidents de voitures (NdlR: il sinistra une Porsche) que par ses prestations sur le terrain?

Ce sont des erreurs de jeunesse, qui n'en commet pas? Bien entendu, comme c'était Emile, la presse en a fait ses choux gras. Un jour, le manager de Schalke a déclaré que si Emile devait se faire opérer, c'était de la tête... Mon épouse était furax. Ce n'est pas facile de gérer l'argent et la célébrité quand on a vingt ans. Emile a commis des erreurs, il en a tiré les leçons et maintenant, il roule en 4X 4, c'est plus sûr.

Le milieu du foot n'est pas épargné par le racisme, vos fils en souffrent-ils?

Personnellement, depuis que je suis en Belgique, je n'ai jamais souffert du racisme. En voiture, j'ai parfois vu des gestes déplacés à mon encontre pour des simples petites distractions. Je ne crois pas qu'il faille y voir du racisme, les blancs se houspillent également entre eux pour des bêtises similaires.

En ce qui concerne mes fils, il leur est arrivé de se faire insulter par un adversaire mais il s'agit davantage d'un processus de déstabilisation que du racisme pur et dur. A la fin du match, ils se serrent la main. On va dire que c'est de bonne guerre...

On a beaucoup parlé du possible transfert de Mbo durant la trêve. Il a fait le bon choix en restant à Mouscron?

Je n'ai pas à m'immiscer dans les affaires de Mbo. Il n'y a que lui qui décide. Personnellement, je suis content qu'il reste à Mouscron car j'estime qu'il faut savoir redonner à un club qui vous a fait confiance. Et puis, c'est quand même plus pratique pour aller le voir jouer.

© Les Sports 2004