Football

L’ouverture du procès de deux dirigeants de la Juventus Turin pour «fraude sportive » par voie de dopage lance jeudi le débat sur le dopage dans le football, à quatre mois à peine de l’ouverture du Mondial qui devrait être particulièrement contrôlé.

Au cours des seize derniers mois, douze joueurs de haut niveau, dont onze évoluant dans le calcio, ont été contrôlés positif à la nandrolone (stéroïde anabolisant), tous clamant leur innocence et mettant en cause des compléments alimentaires.

Mais, estiment les experts, le phénomène risque de s’accentuer au cours des prochaines semaines dans un milieu surmédicalisé en raison notamment du grand nombre des compétitions et de la fréquence des matches, un joueur pouvant disputer 70 rencontres par saison.

Débat ouvert

Officiellement, jusqu’à présent, seul Diego Maradona a fait l’objet d’un contrôle positif lors d’une Coupe du monde, en 1994 aux Etats-Unis, et encore en raison de traces de cocaïne dans les urines de la vedette argentine qui n’a jamais caché sa dépendance à cette drogue.

Tous les cas positifs qui ont défrayé la chronique ces derniers mois concernent l’utilisation de nandrolone dont l’utilisation permet notamment d’augmenter la masse musculaire et de mieux supporter la fatigue. Ce grand classique du dopage a suscité un regain d’intérêt de la part des candidats depuis que la nandrolone peut être absorbée par voie orale sous forme de comprimés, au lieu des traditionnelles injections, ce qui permet à l’organisme de l’éliminer beaucoup plus rapidement et de limiter ainsi les risques de contrôle positif.

Et encore, le débat sur l’utlisation de la créatine, parfois à des doses cinq à six fois supérieures aux normes autorisées par le ministère italien de la Santé (6 grammes jour), n’est pas officiellement ouvert.

Les récentes déclarations du français Zinédine Zidane (ex-Juve), confirmant qu’il ne prenait plus de créatine depuis son transfert au Real Madrid, n’ont guère été appréciées en Italie où son utilisation est presque routinière. Officiellement, ce complément alimentaire ne figure pas sur la liste des produits interdits. Il est réputé pour faire augmenter rapidement la masse musculaire et il est également apprécié pour ses effets secondaires, et notamment sa capacité a masquer la prise d’autres produits.

EPO

Dans cette optique, le Dr Michel d’Hooghe, président de la commission médicale de la Fédération internationale (FIFA) a confirmé que pour la première fois la présence d’EPO (érythropoïétine) exogène serait recherchée lors des contrôles antidopage effectués pendant le Mondial en Asie (31 mai-30 juin).

Pourtant, même si la FIFA est la dernière Fédération internationale à ne pas avoir signé de protocole d’accord avec l’Agence mondiale antidopage (AMA), le Dr d’Hooghe, a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de signer un tel accord. «Nous collaborerons avec l’AMA mais nous ne signerons pas d’accord pour nous aligner sur son fonctionnement et ses règles. Nous n’avons pas de leçons à recevoir. D’ailleurs, nous sommes très largement mieux organisés qu’eux. »

De son côté, le président du Comité international olympique (CIO), le Belge Jacques Rogge, faisant notamment référence au football et à l’athlétisme en Italie, plaide en faveur d’une harmonisation des sanctions pour dopage entre les différentes fédérations sportives.

«Aujourd’hui, il existe d’injustifiables différences entre les pays et les sports », regrette M. Rogge.

En partie épargné jusqu’à présent par le dopage, le football est ainsi aujourd’hui directement confronté à ce problème au moment où il n’a jamais été aussi populaire et alors que les télévisions du monde entier se l’arrachent, ce qui n’est sans doute pas un hasard.