Football Entretien

Dans "sa" maison de verre, Georges Leekens continue de polir son équipe, d’astiquer les contours d’une mission pour laquelle l’entraîneur national s’est juré que le rêve et la réalité finiront enfin par se croiser. Car, aux quatre coins de la Fédération, "Tonton Georges" n’épingle et ne coche qu’un seul nom, qu’une seule et unique ambition : "Brésil 2014". Un horizon que les Diables ne pourront plus repousser mais qui, au sortir d’une semaine européenne marquée par les fortunes diverses et les gains abandonnés d’Anderlecht, de Bruges et du Standard, paraît encore difficile à agripper. Alors, en croisant cette semaine Georges Leekens dans son bureau plus ovale que carré, l’occasion était trop belle de zigzaguer entre les Diables Rouges et notre compétition nationale. Coulé dans le bain des "spin doctors" et des communicants avisés, le sélectionneur belge s’est livré, le sourire toujours bien coiffé, à un exercice de vérité où les mots de travers furent rapidement ravalés. Mieux qu’un autre, "Tonton Georges" connaît le poids des mots et le choc qu’ils peuvent entraîner dans leur dos. Rencontre avec un homme à l’intelligence surveillée.

Si l’on s’habitue à vous voir au four et au moulin pendant les périodes où les Diables sont réquisitionnés, on se demande parfois comment, hors période internationale, vous occupez vos journées.

Je vais vous rassurer d’emblée. J’ai toujours été un bourreau de travail et je le suis resté. J’ai des journées de 12 ou 13 heures par jour pour la bonne et simple raison que nous avons une série de dossiers sur le feu. Après la nomination de Benoît Thans au poste de directeur technique, nous avons relancé le sujet autour du centre de Tubize mais aussi l’idée d’une équipe "BFC" qui permettrait aux joueurs sans contrat de continuer à s’entraîner sous l’égide d’un entraîneur lui aussi écarté.

Sans compter qu’à côté de cela, je suis régulièrement happé par les sponsors de l’équipe nationale pour une série de manifestations à leurs côtés.

Vous évoquez là des dossiers qui sortent de vos fonctions. En tant qu’entraîneur des Diables Rouges, vous n’avez a priori pas à empiéter sur les plates bandes du directeur technique ou d’autres responsables de la Fédération. D’aucuns vous accusent au demeurant de vouloir tout contrôler.

C’est parfaitement faux. Je ne me suis jamais pris pour Dieu et je connais parfaitement les tâches qui m’incombent. Ceux qui me connaissent savent, au demeurant, que j’ai aussi appris à déléguer. Pour prendre un exemple par l’absurde, il serait farfelu que j’empiète sur le travail d’ Herman De Landtsheer en analyse vidéo alors que j’ai à peine appris à adopter le bouton d’une télécommande télé. Mon rôle est simplement de fédérer une équipe d’une vingtaine de personnes autour d’un objectif commun : Rio 2014. Point. Le rôle d’entraîneur a d’ailleurs changé. Vous ne pouvez plus vous comporter en "Deus ex machina" en espérant voir vos disciples vous emboîter le pas. Aujourd’hui, le métier s’est tellement complexifié qu’il faut déléguer. Et trancher.

Et l’odeur du terrain ne vous manque pas. On sait que Franky Dury, à peine installé dans son blouson de directeur technique, a déjà pris la porte pour repartir entraîner Zulte- Waregem. Et, avec votre passé d’entraîneur nomade, on ne serait pas étonné de voir Georges Leekens lui aussi décamper.

D’abord. Il ne faut comparer des pommes et des poires. En reprenant les Diables Rouges, je savais parfaitement où je mettais les pieds. Je connaissais la Fédération à tous les niveaux puisque j’avais aussi par le passé cumulé mon poste d’entraîneur national avec celui de directeur technique. Le travail de bureau n’est pas pour me déplaire et je le savais. Franky restait amoureux du terrain et a pris le premier train qui est passé sous le quai. Pour le reste, puisque vous évoquez mon passé de pèlerin, je préfère ne jamais dire jamais. Mais sachez que j’ai croulé sous les offres ces derniers mois et que je suis resté. J’ai une mission et je ne compte pas en dévier.

Les offres venaient de l’étranger ?

Je garde ça pour moi.