Football

Sepp Blatter a beau s'en défendre, les proportions prises par l'affaire Oulmers ne sont pas sans commune mesure avec celles de l'arrêt Bosman en son temps. Parallèlement au projet de création un peu flou d'une Super Ligue européenne, les actions en justice menées conjointement par le Sporting de Charleroi et par le G 14, d'un côté, et par l'Olympique Lyonnais et le groupement de quelques-uns des clubs les plus puissants, de l'autre, ont été particulièrement mal ressenties par les instances internationales du football, si l'on en juge par les avis qui se sont exprimés lors du Congrès de l'UEFA qui se déroule à Budapest. Après Michel Platini, ce fut, hier, au tour de Lennart Johansson et de Sepp Blatter de monter au créneau et d'adresser une volée de bois vert au G 14. «Comment se fait-il que les membres d'un petit groupe de clubs puissent remettre en cause les principes fondamentaux de la démocratie en se déclarant pompeusement la voix des clubs?» s'est interrogé le président suédois. «Au cours des derniers mois, nous avons vu un nombre croissant de conflits apparaître avec ce petit groupe de clubs, l'auto-proclamé G 14, et c'est pourquoi, à la fin de ce congrès, nous vous présenterons une résolution que je vous demande d'adopter.»

Celle-ci, qui condamne fermement les activités du G 14 et vise à «démontrer notre volonté de maintenir la solidarité dans la famille du football, un sport qui n'est pas fermé et auquel seuls les riches et les puissants peuvent participer», a été approuvée à l'unanimité des 52 fédérations membres (dont la fédération belge) qui partagent, par conséquent, la vision de Lennart Johansson, estimant que «le cas de Charleroi, c'est la tentative de quelques clubs de s'arroger le pouvoir sans se soucier de l'avenir du football.»

Le président de la Fifa n'a pas été en reste, lui qui estime qu'«on offre tout aux clubs», citant en exemple «la formation des joueurs, qui viennent du monde entier jouer en Europe», «mais, ensuite, les clubs nous attaquent. Ce n'est pas juste!» Sepp Blatter a également évoqué l'affaire Oulmers en s'interrogeant publiquement: «Est-ce que c'est la bonne méthode pour dialoguer? Est-ce qu'il faut lancer une bombe avant de parler? Il y a un minimum de respect à observer...»

Quant au débat de fond posé devant le Tribunal de Commerce de Charleroi et devant le Tribunal de Première Instance de Lyon, à savoir l'indemnisation des clubs mettant des joueurs à disposition des équipes nationales, la résolution recoupe le point de vue de la défense. «Parmi nos principes clés, figure la règle selon laquelle les clubs doivent mettre les joueurs à la disposition de leurs équipes nationales, dit le texte. Pourquoi? Pour assurer que les équipes nationales soient composées des meilleurs joueurs de chaque pays. Et pour assurer aux joueurs qu'ils auront toujours la possibilité de représenter leur pays, ce qui est -comme ils le confirmeront- le plus grand honneur dans leur carrière.»

Par ailleurs, l'UEFA a amorcé une contre-attaque en brandissant la menace du conditionnement de la participation des clubs aux compétitions européennes à la reconnaissance par ceux-ci des structures sportives existantes. Une forme de chantage qui fait désordre en plein procès et que les intéressés apprécieront...

© Les Sports 2006