Football

Cet ancien agent de joueurs, qui a pas mal bourlingué en Afrique et qui a révélé des joueurs de talent comme Aruna Dindane et Cheikh Tioté, revient pour nous sur son parcours et sur les éventuelles dérives inhérentes à cette activité.

"A l'époque où j'avais une école de foot à Abidjan, je n'ai pas eu l'occasion de constater quoi que ce soit. J'étais à la racine même du football. C'est lorsque les joueurs arrivent en Europe et dans le football-business qu'il y a certains dérives. Quand les joueurs de mon école arrivaient en Europe, je ne les ai aucunement abandonné à leur triste sort. Je me suis occupé de leur carrière. Je mettais un point d'honneur à avoir une continuité dans mon travail".

Cependant, Serge Trimpont l'admet bien volontiers, le milieu de football est loin d'être exempt de tout reproche. "Il y a effectivement des joueurs africains qui sont arrivés en Belgique et qui ont été abandonnés par leurs agents parce que ça ne s'est pas passé comme ils le voulaient. Ce qui n'a bien évidemment pas été mon cas." Il tient toutefois à remettre les choses à leurs places. "Quand on parle d'esclavagisme, il faut faire attention aux termes utilisés. En Belgique, il y a une loi pour qu'un joueur non-européen, appelé extracommunautaire, reçoive son permis de travail. En effet, la loi belge l'oblige à toucher un salaire minimum fixé par arrêté royal en deçà duquel le permis de travail n'est pas accordé au joueur. Ce minimum légal est adapté chaque année, et cette année il a été fixé à 80.000 euros bruts par an. Un jeune joueur africain qui débarque en Belgique pour y signer un contrat professionnel a donc l'assurance de gagner au minimum 80.000 euros par an."

Et notre interlocuteur de poursuivre: "Cette loi est vérifiable et j'invite quiconque à consulter le Moniteur belge. Le salaire moyen en Afrique est de 1000 euros par an. Un jeune joueur de 18 ans qui vient d'Afrique, il a déjà l'assurance de toucher 80 fois le salaire moyen d'un Ivoirien. Alors quand on parle d'esclave, moi ça me fait rire. Il y a tout un fantasme autour de cette soi-disant traite des êtres humains africains. Il ne faut pas rigoler. Je ne suis pas en train de vous dire que c'est un milieu angélique et que les agents de joueurs se comportent toujours bien. Certes, il y a des dérives. Il y a des joueurs qui arrivent en Belgique et qui ne signent pas de contrats professionnels parce que leurs managers leur ont compté des balivernes. Il y a des laissés pour compte mais ce sont des cas particuliers."

Et pour couper court aux mythes et autres fantasmes, il a accepté de collaborer avec Benoit Mariage pour "Les Rayures du Zèbre". "Ce film on l'a voulu juste. On souhaitait montrer la vérité, et ne pas revenir avec des clichés, comme c'est souvent le cas dans le football. Ce que je vous dis, les gens ne le savent pas. J'ai passé des années de ma vie à me justifier de bien faire mon travail alors qu'un chiffre suffit à clore le débat."

Des propos recueillis par Pierre-Alexis Matton