Football

Football et assurance, deux mondes liés ? En septembre dernier, on apprenait que le gardien de l'équipe nationale espagnole, Iker Casillas, avait assuré ses mains pour la bagatelle de 7,5 millions d'euros. Mais ce cas à part cache mal les lacunes des couvertures d'assurance des clubs et des joueurs professionnels, y compris ceux qui participeront à l'Euro 2008. Pourtant, des solutions existent. Mais les dirigeants des clubs et les footballeurs n'ont apparemment pas encore (ou trop peu) pris conscience de l'importance d'un minimum de sécurité financière au cas où surviendrait un problème, que ce soit sur le terrain ou en dehors.

S'agissant du championnat d'Europe des nations, se pose la question du dommage subi par un club lorsque l'un de ses joueurs se blesse en jouant avec son équipe nationale. On se souvient de l'affaire Oulmers, du nom de ce joueur de Charleroi qui s'était blessé en jouant avec la sélection marocaine. Le Sporting carolo avait assigné la Fédération internationale de football (FIFA) en réclamant des dommages et intérêts pour l'indisponibilité du joueur. Aucune assurance ne couvrait le dommage du club pour ce risque... Le même problème étant susceptible de survenir à l'Euro, un accord est survenu récemment entre l'Union européenne de football (UEFA) et les grands clubs européens, afin de compenser la mise à disposition des joueurs issus des clubs. À l'occasion de l'Euro 2008, plus de 43 millions d'euros devraient être versés par l'UEFA à une centaine de clubs réunis dans l'Association européenne des clubs (ECA).

Mais il ne s'agit "que" d'un accord entre une fédération et des clubs. Si le dommage subi par un club dépasse le forfait qu'il reçoit de l'UEFA, par exemple, si le joueur est contraint de mettre un terme à sa carrière, il y a fort à parier qu'il ne recevra pas d'autre indemnité. C'est là qu'intervient (ou que devrait intervenir) l'assurance des clubs contre le "risque joueur".

"Habituellement, l'assurance classique, pour un club, couvre l'accident de travail du joueur mais elle est plafonnée à 16 000 euros", indique René Pirlot, de la société Tolrip, spécialisée dans les couvertures d'assurances spécifiques. "Les clubs ont donc tout intérêt à souscrire une assurance complémentaire, dite "assurance parapluie", qui intervient en second rang et couvre tous les risques, y compris ce qui n'est pas accident du travail : maladies, accident de la vie privée, lors d'un voyage, etc." Et ce produit couvre également le risque que court un joueur lors d'une rencontre disputée avec son équipe nationale.

Le cas François Sterchele

Le problème, c'est que les clubs ne s'assurent pas parce qu'ils estiment que c'est à leur fédération nationale qu'il revient de couvrir ce risque. Or, ladite fédération prévoit, dans la convention passée avec les clubs, que c'est à eux de s'assurer. Bref, personne ne s'assure contre le risque, ce qui est le plus mauvais calcul. "C'est une situation dramatique", regrette René Pirlot. "En tant que spécialistes de cette assurance, nous nous heurtons aux courtiers et assureurs qui ont une relation privilégiée avec les clubs. Ces derniers ont une politique "de clocher" : ils prennent un assureur ou un courtier comme sponsor et, en échange, ce dernier s'occupe des assurances du club. Or, les couvertures qu'il propose ne sont pas adaptées au monde du football ! La spécialité d'un tel courtier ou assureur, c'est la responsabilité civile familiale ou encore la couverture des infrastructures d'un stade. Mais il ne connaît rien à la vie des footballeurs professionnels !" Les clubs de football sont donc mal assurés...

René Pirlot cite l'exemple de l'accident de François Sterchele, le joueur du Club de Bruges décédé dans un accident de voiture. "Si le club avait pris notre couverture, il aurait récupéré la valeur de transfert du joueur, autour de 10 millions d'euros", indique-t-il. Mais en l'occurrence, sans assurance, la tragique disparition du joueur est une perte nette pour Bruges.

L'assurance des joueurs

Et la situation n'est guère plus brillante du côté des joueurs, déplore René Pirlot. "Il existe, pour eux, une assurance qui couvre tout : décès, perte de licence , accident, etc. Mais, là aussi, on se heurte à un mur. Les agents de joueurs forment une véritable mafia qui empêche ces derniers de se couvrir utilement en assurances." D'après René Pirlot, les agents n'acceptent de proposer une assurance à leur joueur que s'ils touchent une prime importante. "Nous, nous limitons notre marge à 5 à 7 pc de la prime, afin de pouvoir proposer la meilleure couverture possible au joueur à un prix raisonnable. Mais les agents sont trop gourmands. les vrais managers, qui pensent avant tout aux intérêts de leur joueur, il y en a très peu !"

Selon ce spécialiste des assurances pour les sportifs, rares sont les joueurs qui se laissent conseiller utilement à ce sujet. Certains réfléchissent et réagissent pourtant positivement à une proposition d'assurance spécifique. Il en est même qui recommandent à leurs coéquipiers ou à des jeunes de suivre leur exemple. Mais beaucoup sont de "simples" joueurs qui se contentent de taper dans le ballon. "Malheureusement pour eux, ceux-là sont très mal conseillés", conclut René Pirlot. Et donc, très mal assurés...