Football Analyse

Ce n’est sans doute qu’un adage politique incertain que la division 1 pourrait à sa manière tenter de vérifier. Du sommet de l’Etat français à la cour wallonne de l’Elysette, les 100 premiers jours de pouvoir se résument souvent à une expression rapidement ficelée : celle de "l’état de grâce".

En débarquant en Belgique cet été par coïncidence plus que par concordance, les coachs néerlandais ne se doutaient sans doute pas que la fin de ce fameux "état de grâce" ne les laisserait pas tous sur le même pied.

Car tandis qu’Adrie Koster ou John van den Brom provisionnent les louanges en sachant que l’hiver ne sera pas forcément aussi tendre que l’été, le sort de Ron Jans est déjà menacé. Aux abords de Sclessin, certains confient même que le président du Standard, Roland Duchâtelet, lui aurait désormais fixé un délai aussi tranchant qu’un couperet. Neufs points sur neuf lui seraient (sans transaction possible) réclamés sous peine de voir la porte de sortie s’ouvrir pour mieux se fermer. "Après notre défaite face à Gand, j’entends davantage de critiques et je les comprends", rappelait hier un entraîneur liégeois réconcilié avec la raison après son discours confus de vendredi dernier. "Mais cela ne sert à rien de se dire que l’on est obligé de gagner. Cela ne fera qu’engendrer du stress."

Entre un van den Brom enchanteur et enchanté et un Ron Jans tout occupé à jouer avec la corde du pendu, la différence semble parfois rude à expliquer. Pourtant, en revenant près de trois mois en arrière, on en viendrait presque à se demander si l’écart de jugement entre les deux Néerlandais n’avait pas déjà été posé. Arrivé sous les railleries du sérail, Jans avait alors dû regarder d’en bas les applaudissements réels (quoique discrets) envoyés à l’égard d’un John van den Brom tout juste débarqué à Anderlecht. Si certains jugeaient plus facile d’être un Néerlandais à Bruxelles plutôt qu’à Liège, l’accueil médiatique du début juillet se sera empressé de le leur confirmer.

Bien vite, Ron Jans aura d’ailleurs été réveillé par sa direction sur le sujet. "Apprends le français, cela finira par les apaiser", entendit-on parfois dans les travées de Sclessin. Aussitôt dit, aussitôt fait. En moins de trois semaines, Jans maniait la langue de Voltaire comme un étudiant anglais sorti de six mois d’Erasmus à Paris. Pendant ce temps, John van den Brom bredouillait tout juste un "au revoir" et un "merci". Adoré par la presse néerlandophone et francophone tout juste sortie du silence cafardeux d’Ariël Jacobs, l’ancien entraîneur de Vitesse à la communication rafraîchissante n’avait nul besoin de prolonger ses journées par des cours de français. Personne ne le lui demandait. Et surtout pas sa direction.

Car, c’est bien là, au niveau des étages supérieurs et des salons dirigeants, que la deuxième différence entre les deux entraîneurs néerlandais s’était déjà installée. John van den Brom aura été dès le départ le choix d’un homme aux connaissances sportives incontestées : Herman Van Holsbeeck. Ce dernier aura su convaincre le président Vanden Stock et son conseil d’administration de le suivre sur ce dossier. Presque les yeux fermés.

A l’autre bout de la Belgique, Ron Jans fut quant à lui désigné par la main invisible du président Duchâtelet. Celui-là même que les mauvaises langues prétendent capable de vanter un joueur un jour avant de le démonter le lendemain tant certains membres de son entourage apparaissent capables de l’influencer.

Que le président d’un club, dont la science sportive apparaît par nature limitée, choisisse son entraîneur, aurait déjà pu poser question d’entrée. Mais ce n’est qu’aujourd’hui que les doigts interrogateurs commencent à se lever. Pourquoi Jean-François de Sart, officiellement encensé par son président, officieusement contesté, n’a-t-il pas été chargé du dossier ? La réponse dort sans doute dans la question puisque chacun sait en bord de Meuse que le crédit du directeur sportif liégeois est largement entamé. Et ses derniers transferts (Bulot, Ogunjimi, Biton, etc.) risquent bien de scier l’un des derniers pieds de la chaise sur laquelle de Sart continue de se reposer.

Les transferts marquent d’ailleurs la troisième différence entre van den Brom et Jans. Alors que l’entraîneur anderlechtois aura eu son mot à dire (pour ne pas dire le mot de la fin) sur chacun des transferts réalisés par le Sporting au cours de l’été, Jans se sera béatement contenté de ce que la direction liégeoise lui ramenait. "Van den Brom a un réseau dont je serais bête de me priver. Il sera consulté sur chacun des transferts ", nous précisait Herman Van Holsbeeck. Armé d’un noyau faible, Ron Jans doit à l’heure qu’il est envier le sort de son ami néerlandais. Osera-t-il le dire puisque la porte de sortie est désormais entrebâillée ?