Football

On a beau surcharger les listes d’embarquement, certains restent forcément à quai. Les billets pour la Pologne et l’Ukraine n’auront d’ailleurs pas échappé à la loi du marché et, de la France à l’Espagne, certains joueurs "vedettes" auront fini par être écartés. Parce que le hasard s’en mêle, parce que la condition physique sert aussi de juge de paix, parce que les choix des entraîneurs servent tout simplement de couperet.

Loin des polémiques, les blessures auront dans un premier temps obligé certains joueurs à renoncer. Dans la grande infirmerie de l’Euro, les Anglais semblent d’ailleurs "les mieux" logés. Lampard, Barry, Cahill resteront à la maison après avoir encaissé "coups et blessures" durant la période de préparation. Et si la lourdeur des compétitions anglaises (les joueurs de Chelsea semblant étonnamment marqués par le sort) reste le premier argument pointé pour justifier l’éventail de joueurs blessés, le milieu du football préfère parler de "fausse polémique". "Il faut arrêter avec l’idée de fatigue, d’usure au bout de la saison", confiait récemment le vétéran Timmy Simons. "Lorsqu’on est en route vers une telle compétition, on ne sent plus du tout la charge physique encaissée au cours des mois passés."

Reste que les cas des blessés (dont ceux de longue durée, à l’instar de David Villa) ne suscitent pas réellement de levée de boucliers. Les polémiques préfèrent en effet se loger ailleurs et tourner autour des noms des joueurs écartés en dernière minute.

Cacau en Allemagne, Soldado en Espagne, Ferdinand en Angleterre, Gourcuff en France ont, chacun à leur façon, retourné le terreau de la contestation. "Mon objectif était de jouer pour l’Allemagne, comme à la Coupe du Monde 2010", confiait ainsi l’attaquant allemand. "Mais dès le départ, il était clair que la concurrence serait féroce pour les 23 places. J’ai donné le meilleur de moi-même. Je suis bien sûr très déçu, comme les jeunes joueurs, mais je me sens encore comme un membre de l’équipe et je leur souhaite de tout cœur de réussir ce tournoi."

Voilà pour la diplomatie allemande. La presse anglaise, elle ne s’est pas embarrassée de précautions pour crier au fou après avoir vu Rio Ferdinand écarté. Alors que le forfait de Cahill lui laissait une chance inespérée de retrouver une place dans le groupe anglais, le défenseur d’United fut une dernière fois snobé par Roy Hodgson au moment où l’entraîneur anglais choisissait dimanche de rappeler le jeune défenseur Martin Kelly. "C’est un manque total de respect. Rio voulait jouer", lançait son agent Jamie Moralee sur les ondes de la BBC. "Rio est très déçu. Il pense avoir suffisamment travaillé. C’est très dur à accepter. C’est un joueur qui a 81 sélections. Je ne connais personne qui comprenne ça."

Comme le veut l’habituelle mécanique, les polémiques ne grandissent d’ailleurs qu’en voyant les arguments extrasportifs grimper sur le terrain. Pour Rio Ferdinand, des relations compliquées avec John Terry (celui-ci ayant tenu des propos racistes envers son frère, Anton Ferdinand) pourraient avoir eu raison de sa sélection. Pour Yoann Gourcuff aussi, le sportif semble avoir été complètement débordé par des enjeux de personnalité. "Après avoir suscité une rare unanimité il y a trois saisons (faut-il le rappeler ?), Gourcuff appartient désormais à cette catégorie de joueurs qui suscitent les sifflets, voire le rejet, pour des raisons embrouillées", écrivait récemment le journaliste du "Monde", Jérôme Latta. "Il n’est évidemment pas le premier : avant lui, en ne citant qu’eux, les sélections de Christophe Dugarry, Christian Karembeu, Franck Lebœuf ou Djibril Cissé avaient été controversées."

Au vu de sa popularité chancelante, le Lyonnais était presque condamné au rang de sacrifié. La rumeur de son homosexualité n’avait d’ailleurs eu d’autre but que celui de le déstabiliser. Pour des raisons bien souvent privées (et parfois alambiquées), de grands noms du football passeront l’Euro devant leur télé. La polémique, elle, devrait profiter du moindre faux pas de leur équipe pour se réveiller.