Football

Nous avons réuni six dirigeants des participants aux playoffs 1. Les grosses pointures étaient au rendez-vous, à savoir le directeur technique Jean François De Sart (Standard), le manager sportif Vincent Mannaert (Club Bruges), le manager Herman Van Holsbeeck (Anderlecht), le "CEO" Willy Naessens (Zulte-Waregem), le président Roger Lambrecht (Lokeren) et le vice-président Herman Nijs (Genk).

Messieurs, commençons par la question capitale : qui sera champion ?

Van Holsbeeck : Difficile à dire. Bruges est dans une spirale positive mais le Standard est en pole. A Anderlecht, on connaît la pression engendrée par le fait de débuter les playoffs en tête. Mais je crois que le jeune groupe du Standard pourra gérer cette pression.

De Sart : La pression est là mais elle ne nous pose pas de problème. Toutefois, on sait que tout est possible dans les playoffs. Avec un 30 sur 30, même Genk sera champion.

Nijs : Genk ? On ne rêve pas, Jean-François. Pour nous, c’est déjà un cadeau de participer aux PO1. Le champion ? Tout dépendra des attaquants du Standard. S’ils sont au top, le titre sera pour le Standard. Sinon, je mise sur Bruges.

Mannaert : En 2012, on a déjà failli être champion. C’est vrai que maintenant, on est mieux armés. Mais même les consultants ne peuvent pas dire qui sera champion. En novembre, Genk était encore l’équipe à battre…

Lambrecht : Tout se jouera sur des détails.

Le calendrier a déjà fait couler beaucoup d’encre.

De Sart : Dans la presse, on a gonflé une remarque justifiée que j’avais faite. (NdlR : Pourquoi Bruges - en tant que 2e - bénéficiait des mêmes avantages que le Standard).

Van Holsbeeck : Anderlecht a un bon calendrier (NdlR : il grimace) . Après nos matches au Standard et à domicile contre Bruges, Anderlecht saura déjà de quoi il en retourne. Cette saison, nous sommes les underdogs. Pour la première fois de ma vie, je ne me sens pas trop mal dans ce rôle.

Nijs : Méfions-nous d’Anderlecht. Il peut être le troisième qui profite de la situation. Je crois que la modestie d’Herman est feinte. (Rires) J’ai par ailleurs beaucoup de respect pour Lokeren et Zulte-Waregem. Malgré leur petit budget, ils sont à nouveau présents.

Naessens : C’est notre troisième participation en cinq ans. Zulte-Waregem a trop de retard pour se battre pour le titre jusqu’à la dernière journée, comme la saison passée. Tout dépendra de la façon dont nous digérerons la défaite en finale de la Coupe.

Lambrecht : Pour Lokeren, la saison est déjà réussie. La Coupe et une seconde participation aux playoffs 1: c’est un grand succès.

Qui apprécie ces playoffs ?

Lambrecht : Moi ! Parce que Lokeren y évolue. Sinon, cela aurait été une catastrophe. Je suis honnête et je ne tourne pas autour du pot : je ne pense qu’à Lokeren. D’ailleurs, on est tous égoïstes.

Van Holsbeeck : Président, tu dis ce que tous les autres dirigeants pensent. Toi, tu oses le dire tout haut parce que tu mets de l’argent de ta poche. Pourtant, à terme, j’estime que ce système n’est pas honnête. Cette fois-ci, la division des points par deux nous arrange, mais je suis contre.

Mannaert : Sans division des points, le champion pourrait être connu après deux matches de playoffs. On a voté à l’unanimité pour ce système. Il faudra 80 % des voix pour le changer.

De Sart : L’éthique sportive n’est pas respectée. La phase classique est un marathon, mais le champion n’est connu qu’après un 100 mètres. Or, il y a aussi un côté financier. Un club est géré comme une entreprise. Plus de gros matches, cela signifie plus d’argent.

Naessens : Moi, je compatis avec ceux qui sont contraints à jouer les playoffs 2 et surtout 3.

Mannaert : OHL et Mons préparent un enterrement, c’est vrai.

Nijs : Mais dans l’ancien système, ils seraient déjà en D2.

Lambrecht : Cela fait des années que je dis qu’il ne faut pas déterminer qui descend sur base d’une seule saison. Il faut prendre une moyenne des dernières saisons. Il y a cinq ans, Lokeren était presque en D2.

Naessens : Onze clubs pourraient descendre chaque saison.

Les playoffs font-ils monter le niveau de notre foot ? Ou l’écart s’agrandit-il au niveau international ?

Lambrecht : Ce n’est pas une question pour moi. Moi, j’ai une petite équipe régionale, pas internationale.

Van Holsbeeck : On verra surtout quels joueurs ont le niveau pour jouer dans un plus grand championnat. Je suis par exemple curieux de voir ce que vaut déjà Tielemans à ce niveau.

De Sart : D’accord. Mais le Standard a aussi eu des joueurs qui se sont surpassés lors des playoffs et qui ont disparu par après. Je ne citerai pas de noms…

Nijs : Disons que le niveau des playoffs est comparable à celui de l’Europa League, dans laquelle nous avons joué cette saison.

Van Holsbeeck : C’est vrai. Mais la Ligue des Champions, c’est un autre monde. Il suffit de comparer la vitesse d’exécution des deux compétitions. On en a eu l’expérience contre le PSG…

Mannaert : Il suffit aussi de comparer les budgets. Anderlecht a le plus grand budget de Belgique, avec 40 ou 45 millions. Vous n’êtes pas dans les 75 meilleurs sur leVieux Continent…

Les playoffs 1 n’auront jamais attiré autant de supporters au stade que lors de cette édition. Sauf à Anderlecht.

Van Holsbeeck : "Nos supporters attendent le résultat du premier match, au Standard, pour décider s’ils se prennent un mini-abonnement. L’explication ? Notre troisième place et le fait d’avoir été fortement critiqués. Mais il est vrai qu’on doit peut-être revoir notre politique de prix."

De Sart : "Chez nous, c’est la première fois que nous vendons plus d’abonnements pour les playoffs - plus de 24 000 - que pour la phase classique, où nous en avions vendu 22 000."

Mannaert : "Bruges bat tous ses records. On en est à 25 000."

Naessens : "A Zulte-Waregem, on sera sold-out avec 8 250 abonnements vendus. Dans les matches au sommet, on vend aussi 1 000 mauvaises places."

Lambrecht : "Lokeren aura 1 500 abonnés de plus. C’est la conséquence de notre succès et du beau football prôné par Maes ces quatre dernières années."

Nijs : "On sera plus de 22 000. Genk est le seul club où les playoffs sont inclus dans l’abonnement de début de saison. Seuls les détenteurs de business seats ont reçu une facture supplémentaire. On a 20 000 abonnés ; 2 000 personnes ont acheté un mini-abonnement depuis notre qualification pour les playoffs 1. En playoff 2, on n’aurait joué que devant 10 000 personnes."

Les playoffs opposeront six bons entraîneurs. Peter Maes sera sans doute le plus courtisé après la saison.

Lambrecht : "Si des clubs le veulent, je ne devrai pas rouspéter. Son contrat stipule qu’il peut partir si l’on paie. Donc, on doit le respecter. Tout est à vendre à Lokeren. Au juste prix. Mais j’espère que Hasi réussira à Anderlecht. Pour que les Mauves n’aient pas besoin de Maes (rires)."

Nijs : "Les stats de Maes sont formidables."

De Sart : "Au Standard, on vient de prolonger le contrat de Luzon. On n’a pas attendu le résultat des playoffs. Sa communication et la façon dont il respecte la philosophie du club ont aussi joué un grand rôle. On est content de lui."

Mannaert : "Preud’homme est un bosseur qui est très motivé et qui communique bien. Il est unique en Belgique."

Van Holsbeeck : "Au moment où nous pensions à lui (NdlR : pour remplacer Jacobs), Preud’homme n’était pas libre. Maintenant, on croit à fond en Hasi."

Lambrecht : "Dury est aussi l’un des meilleurs en Belgique !"

Naessens : "C’est pour cela qu’on a conclu un accord pour dix ans avec lui !"

Un sujet sensible : le stade national

Quand le sujet du Stade National des Diables Rouges (et d’Anderlecht ?) a été abordé, le ton est monté. Vincent Mannaert s’est énervé ; Herman Van Holsbeeck ne s’est pas laissé faire.

Mannaert : "Le CEO de Besix, qui participerait à la construction, a déclaré qu’il faudrait 100 à 150 millions de l’Etat pour ériger ce stade de 300 millions. Utilisons cet argent pour moderniser les autres stades de D1 ! Et laissons jouer les Diables dans des stades appartenant à des clubs, comme en Allemagne ou aux Pays-Bas ! On ne va quand même pas construire un stade pour trois matches par an…"

Van Holsbeeck : "On a déjà assez baratiné à ce sujet. Si on construit un stade avec de l’argent privé et que la Fédération et Anderlecht paient une somme de location correcte, où est le problème ?"

Van Holsbeeck : "Bruges cherche aussi à construire un nouveau stade. Si le projet se réalise, Anderlecht sera le premier à vous féliciter. C’est ce que Roger Vanden Stock a dit la semaine passée. Où est le problème si on construit le stade avec de l’argent privé ?"

Mannaert : "Toutes les études démontrent que c’est de la folie. Le plan financier de la Fédération ne ressemble à rien. Il faut 70 événements par an pour justifier les 50 000 places de ce nouveau stade. Alors que pour organiser Rock Werchter, Herman Schuermans se contente d’une prairie."

Van Holsbeeck : "Eh bien alors, le Stade National ne se construira pas !"