Football Le Real Madrid, en remportant la Ligue des Champions pour la 3e fois de rang, a l’occasion d’écrire un peu plus la sienne quand Liverpool rêve de renouer avec sa légende européenne

Il flotte dans l’air un doux parfum. Enivrant. Entêtant. Celui des grandes soirées européennes. De ces nuits où tout paraît possible. Sauf peut-être trouver une chambre d’hôtel à Kiev à un prix abordable. Après Cardiff l’an dernier, l’Uefa poursuit sa tournée des capitales européennes offrant des écrins magnifiques mais des capacités d’accueil limitées qui font que beaucoup ne feront qu’un aller-retour en Ukraine.

Voir le stade olympique apparaît comme un exploit pour les deux finalistes du soir. Parce que le Real est un habitué, mais qu’à ce niveau, l’habitude apparaît plus comme un frein que comme un gage de réussite. Depuis qu’ils ont perdu chez eux ce Clasico le 23 décembre dernier, les Madrilènes sont condamnés à réussir en Ligue des Champions. Tout en écrivant leur légende.

Le double tenant du titre a traversé l’hiver et le printemps sur un fil dont il n’est pas tombé, signant un parcours royal en sortant les monarques incontestés et incontestables régnant en France, en Italie et en Allemagne. Avec maestria d’abord contre le PSG, dans le fracas d’une polémique devant la Juventus ensuite puis avec réussite enfin face au Bayern. Preuve que l’étoile qui brille au-dessus de Zinédine Zidane scintille toujours et encore.

Face à cette institution experte dans l’art des finales (voir par ailleurs) s’en dresse une autre qui a réussi l’exploit d’éliminer Manchester City, le club anglais que tout le monde s’attendait à voir à Kiev, et qui, elle aussi, a bâti son histoire sur ses épopées continentales.

Quand les supporters

de l’immense majorité des clubs anglais ne jurent que par la Premier League, ceux de Liverpool sont des Européens convaincus et ils déferlent en masse sur le Maidan depuis plusieurs heures déjà, le teint aussi rouge que leurs couleurs. En étant convaincus que cette équipe électrisante peut le faire.

Une impression se dégage : seule la folie de ces Reds semble capable de faire enfin tomber ce Real qui a presque résisté à tout dans sa quête.

Les coéquipiers d’un Simon Mignolet réduit à sa condition de remplaçant ont les armes, avec leur attaque flamboyante qui a établi un nouveau record de buts en Ligue des Champions en faisant trembler 40 fois les filets, avec ce Mohamed Salah démoniaque qui défie le toujours monstrueux Cristiano Ronaldo avec en toile de fond un autre match, celui pour le Ballon d’Or.

Avec, aussi, cette philosophie édictée par le magnétique Jürgen Klopp, qui fait que ce Liverpool est capable d’un coup de prendre feu pour ravager la Maison Blanche.

Le tout dans un doux parfum et dans ce vacarme assourdissant des chants du kop qui donneront au stade olympique des airs d’Anfield.

Klopp: "Jouer à un niveau auquel personne ne nous attend"

Les 14 jours qui se sont écoulés depuis le dernier match contre Brighton ont permis à Liverpool de recharger des batteries largement entamées par le sprint final. Les Reds ont débarqué à Kiev frais, se drapant dans la posture de l’outsider tout en mettant en avant la qualité de leur collectif.

“La première semaine, nous nous sommes entraînés sans vraiment parler de la finale même si elle était tout le temps dans nos têtes. Nous espérons que quelque chose de grand se produise”, a souhaité Jürgen Klopp tout en rappelant l’immensité du défi qui se présente à ses hommes : “Le Real Madrid a joué toutes ces finales avec plus ou moins la même équipe, donc les Espagnols sont collectivement très forts. Mais on a une chance de les battre, tentons de la saisir. Essayons d’évoluer à un niveau auquel personne ne nous attend.”

En plus de leur puissance de frappe offensive, les Reds miseront sur leur esprit de corps.

“Il y a une énorme solidarité dans l’équipe”, souligne le capitaine Jordan Henderson. “Je n’avais jamais vécu cela. Maintenant, nous espérons réaliser notre rêve.”

Zidane: "Avoir gagné l'an passé ne veut rien dire"

Kiev  Pendant que Liverpool s’évertue à faire passer le Real comme le grand favori de cette finale, Zinédine Zidane tente de minimiser l’importance du vécu de son équipe alors que dans son groupe, 12 joueurs étaient déjà de la finale victorieuse de 2014. “L’expérience ne nous donne aucun avantage. Avoir gagné l’an dernier ne veut rien dire”, a martelé le Français.

Le message est visiblement bien passé, car, comme l’a rappelé Toni Kroos : “Être favori ne veut rien dire.”

La permanence du Real à ce niveau reste incroyable. Kroos, toujours : “Jouer une finale est difficile, deux encore plus dur, trois, c ‘est de la folie.”

“Jamais je n’aurais pu imaginer en jouer autant”, a reconnu Gareth Bale qui pourrait être titulaire ce samedi alors que Cristiano Ronaldo a rappelé, si besoin était, l’objectif des siens : “On veut écrire l’histoire.”

© AFP