Football Portrait

Son ascension est fulgurante, sa carte de visite, déjà impressionnante, et son talent, tout simplement évident. A 16 ans à peine, une force de la nature, inconnue du grand public il y a encore 9 mois, suscite l’admiration dans tout le royaume et bien au-delà. Centre de toutes les attentions, Romelu Lukaku s’est imposé comme une pièce maîtresse du dispositif anderlechtois. Sur la scène nationale et continentale, ses prestations n’ont pas échappé à Dick Advocaat. Malgré ses premières réticences, le tacticien néerlandais s’est résolu à intégrer la nouvelle perle du football belge au noyau des Diables Rouges. Une nouvelle étape franchie après à peine plus d’une demi-saison

Pour enjamber ainsi quatre à quatre les marches de la gloire, Romelu Lukaku peut compter sur un physique digne des plus belles statues antiques. Epaules larges, longues jambes très musclées, ce robuste buteur, du haut de ses 194 centimètres, se fraie un chemin, celui des buts, à travers les défenses, bousculant tout sur son passage. Le fameux taureau doré qui orne son maillot de meilleur artificier du pays n’aurait sans doute pas pu trouver propriétaire plus adéquat.

Mais pour se retrouver sous les feux de la rampe, le jeune Romelu a également pu s’appuyer sur une technique au-dessus de la moyenne et surtout, sur un sens du but redoutable et redouté. Avec 13 réalisations en championnat, celui qui tire plus vite que son ombre a forcé le respect au sein des arrière-gardes de notre élite.

Cantonné à un rôle de réserviste en début de saison, Lucky Lukaku a profité de l’absence, physique ou mentale (Frutos ou De Sutter), d’un véritable finisseur dans la formation mauve. Si Anderlecht s’en sortait péniblement grâce à son collectif, les montées au jeu du phénomène ont presque immanquablement fait mouche. Si bien que la presse en vient à souligner la "Lukaku-dépendance" du club bruxellois.

Pourtant, ses débuts au sein de l’élite, il ne les a effectués que lors du dernier match de la saison précédente, mais quel match ! Rien de moins que l’épique test-match retour entre le Standard et Anderlecht. Si Lukaku n’a pu empêcher les Liégeois de décrocher un deuxième sacre consécutif, il s’est néanmoins démarqué de ses équipiers trop frileux. Son premier but en D1 ne tardera pas : lors de son quatrième match avec Anderlecht, contre Zulte-Waregem, il double l’avance des siens quelques minutes après sa montée au jeu. Trois jours plus tôt, Romelu entrait dans l’histoire de la Ligue des Champions, en devenant, à 16 ans contre Lyon, le plus jeune joueur à évoluer dans la compétition continentale la plus prestigieuse. Contre l’Ajax, en phase de poule de l’Europa League, le n°36 inscrit son premier doublé et offre à ses couleurs la qualification pour les seizièmes de finale. S’en suivent logiquement les premières reconnaissances de ce talent pur. Le 20 décembre 2009, il est élu Espoir sportif belge de l’année. A l’élection du dernier Soulier d’Or, Lukaku est cité parmi les favoris mais termine, en une moitié de saison, à la troisième place.

Le voici donc désormais convoqué dans le noyau des Diables Rouges, dont beaucoup voient en Romelu un futur fer de lance. Outre son talent et son physique, c’est aussi et surtout son entourage qui a facilité sa fulgurante ascension. Son père, Roger, connaît le milieu pour avoir porté les couleurs de Seraing notamment et est conscient que celui qui n’est toujours qu’un ado doit être protégé. Car ses prestations en équipes d’âge ont aiguisé l’appétit des plus grands dont Chelsea qui a approché Romelu à 15 ans. Mais le joueur formé au Lierse (130 buts en 68 matches) et débauché par Anderlecht en 2005 (121 buts en 87 matches) a opté pour le club bruxellois pour poursuivre son éclosion. D’ailleurs, le Sporting prend son rôle de cocon très à coeur et tente de contrôler au maximum les rapports de sa perle avec les médias. Une nécessité dans un football moderne théâtre de tous les excès. Mais à chacune de ses apparitions, Romelu a fait montre de modestie et d’une étonnante sagesse (voir repère ci-contre).

S’il garde la tête sur les épaules et est épargné par les blessures, le jeune Lukaku pourrait bien s’élever au rang des plus grands, comme son idole, un certain Didier Drogba, auquel on le compare déjà.