Football

De toute évidence, le football suscite plus d'intérêt que la prostitution. Du moins dans le contexte de la traite des êtres humains. La sous-commission du Sénat chargée d'étudier le problème n'avait jamais, en effet, connu telle affluence. Les révélations d'Anne-Marie Lizin, sur l'antenne de RTL-TVI, au sujet d'une enquête en cours sur un trafic de footballeurs brésiliens, n'étaient évidemment pas étrangères à ce regain d'intérêt pour le travail des sénateurs.

A ce sujet, le président de la sous-commission, le libéral flamand Paul Wille, a annoncé avoir transmis au magistrat national le rapport brésilien contenant ces révélations qui, selon le sénateur, ne permettent pas d'affirmer que des transferts ont été effectués de manière illégale. Par contre, il serait bien écrit que l'ex-Diable rouge Luis Oliveira aurait joué en Belgique avec des faux papiers, en fait une fausse date de naissance, qui lui auraient permis d'obtenir la nationalité belge. A suivre.

Lundi après-midi, c'est un autre témoin qui est venu raconter sa triste histoire devant la sous-commission. Le Sierra-Léonais Musa Kanu a joué sept ans pour le Sporting de Lokeren avant de refuser un prêt à Saint-Nicolas, d'être exclu de l'équipe et d'émarger actuellement au CPAS de Borgerhout.

Son histoire comporte pas mal de points communs avec d'autres joueurs africains amenés dans notre pays pour y jouer au football. «Un manager, nommé Broken, est venu me voir jouer dans mon équipe des Real Republicans à Freetown, il m'a alors proposé de me transférer en Belgique», raconte Kanu. Il rencontre alors, avec son manager, deux représentants de son club et tombe d'accord sur une formule de payement. Si Brocken lui trouve un club, Kanu touchera 30 pc de la somme du transfert et son club d'origine 20 pc.

Ces derniers ne recevront finalement que quelques équipements et Kanu, après avoir insisté plusieurs fois une malheureuse somme de 32.000 FB. Alors que, plus tard, il a pu voir que le montant du transfert était de trois millions de francs. Arrivé à l'âge de 16 ans en Belgique, en avril 92, il est versé dans l'équipe junior de Lokeren avant de monter en équipe première. Son salaire de 50.000 FB par mois passera à 60.000 FB quand l'équipe accédera à la première division.

Mais après sept ans, le Sporting lui propose un contrat de prêt à l'équipe de Saint-Nicolas, une formule qui, soit dit en passant, n'a aucune base légale. Le joueur refuse, se voit retirer son appartement et trouve un logement à Borgerhout où il va s'inscrire au CPAS. A présent, il ne désespère pas de trouver un club. Mais qu'elle est loin la gloire promise

Alain Courtois, secrétaire général de l'Union belge de football, a pour sa part affirmé sa volonté de combattre ces irrégularités. En plus de l'exigence pour les managers de disposer d'une licence Fifa, il a insisté sur la nécessité de disposer de conventions de travail précises entre clubs et footballeurs, sur la mise au point d'un statut précis pour les managers ainsi que sur l'importance de la formation des jeunes joueurs belges. Il s'est également montré très intéressé par la suggestion d'assurer un meilleur suivi du parcours des joueurs extra-communautaires transférés en Belgique.

© La Libre Belgique 2001