Matías Suárez: "Un transfert familial"

Thibaut Roland Publié le - Mis à jour le

Football Entretien

Laissant les cartons s’amasser à l’entrée, Matías Suárez donne l’impression de vouloir empaqueter ses quatre années passées en Belgique sans laisser les bons souvenirs s’échapper. Offrant ses derniers jours belges à sa famille, l’Argentin nous a reçus chez lui, entouré de sa fille Alona et de son épouse Magali. Décomplexé comme jamais, "Mati" a, pour la première fois, accepté de se confier dans un français qu’il disait difficile à maîtriser.

Matías, ce transfert vers Moscou a surpris. Est-ce que tout cela était décidé depuis la fin de saison passée ?

Matías : Pas du tout. Tout a commencé il y a deux semaines et j’en ai immédiatement parlé à Magali. Je voulais faire ce choix pour ma famille. Je crois que de plus grands clubs étaient aussi sur les rangs, mais ils ne pouvaient pas se permettre de déposer l’argent demandé par Anderlecht.

Magali : On a passé des jours à en parler jusqu’au bout de la nuit. Et à un moment, je lui ai dit : "allons-y Mati. On doit penser à notre famille". Même si je dois prendre froid là-bas, on peut mettre tous nos proches à l’abri.

Vous allez conforter le président Vanden Stock dans l’idée que ce n’était qu’un transfert financier.

Matías : Cela m’a énervé de l’entendre dire cela. Anderlecht est aussi gagnant financièrement. Je ne dirai jamais que l’argent n’a pas joué un rôle important, mais je fais aussi un pas sportif. Moscou joue le titre et les compétitions européennes chaque année. Dans ma tête, j’y vais pour rester deux ans, trois ans au maximum. Ce sera l’occasion de me montrer et peut-être d’ensuite sauter vers un club plus important. Sinon, je reviendrai ici dans deux ans. Anderlecht est ma maison.

Magali : Il y a tellement de gens qui dépendent de Mati . Sa maman, son frère, sa sœur, une partie de ma famille. Quand on se dit qu’on peut assurer l’avenir de notre enfant et des autres aussi, on n’a pas le droit d’hésiter. Avec la crise en Argentine, le pays frôle la folie.

Matías : Mon frère travaillait dans une fabrique de frigos. Il y passait dix heures par jour et touchait 250 euros. Maintenant, mon agent Cristian Colazo lui a proposé de repérer des jeunes joueurs avec lui. Et il gagne nettement mieux sa vie.

Tandis que dans le même temps vous gagnerez cinq fois plus que les 600 000 euros annuels que vous offrait Anderlecht. C’était nettement moins que Jovanovic ou Mbokani ?

Matías : Oui. C’était 600 000, mais je n’allais pas commencer à demander le même salaire que Mbokani. Maintenant, vous ne devez plus vous inquiéter. (sourire)

Votre transfert fait du bruit au pays. Comment votre maman parvient-elle à gérer cela ?

Matías : Maman, je ne l’ai eue au téléphone qu’après avoir pris ma décision. Elle pleurait de bonheur, mais si je l’avais appelée plus tôt, elle m’aurait dit de ne pas y aller à cause du froid. J’ai simplement peur pour mes pieds. Lors du déplacement au Zénith Saint-Pétersbourg, j’avais mis quatre couches mais mes orteils avaient complètement gonflé.

Magali : Mati va racheter une maison à sa maman pour la mettre à l’abri. Les gens en Argentine voient les journaux lancer les chiffres de 10 ou 15 millions et ils s’imaginent qu’ils vont trouver l’argent dans la maison de sa maman. Maintenant, les gens entrent et tirent à balles réelles. Ils ne se contentent plus de voler. On a peur pour eux.

Matías, est-ce que tous ces clubs dont on parlait, à l’instar d’Arsenal, n’étaient que de la poudre aux yeux ?

Matías : Non, Arsenal a été très concret. Ils sont venus jusqu’en Argentine pour discuter, mais le transfert n’a pas pu se faire pour des questions de papiers. Le Bayern a discuté avec mon autre agent, Jorge Cyterszpiler, mais il y avait trop de conditions.

Publicité clickBoxBanner