Football

Trop lisse, trop rond le ballon ? C’est en tout cas comme s’il oubliait de plier et de chiffonner les têtes et les cerveaux. Car, à l’heure où la crise économique et financière ne cesse de rebondir sur les marchés pour ensuite ricocher sur toutes les tables politiques, le monde du football continue de trouer sa tirelire et de dépenser ses deniers. Le dernier mercato l’a encore prouvé. Rien qu’en Angleterre, les clubs ont déboursé la manne de 550 millions d’euros pour "s’équiper" en joueurs vedettes ou simples paires de pieds. Soit une augmentation de 33 % comparativement à l’an passé.

"Rigueur," "restriction budgétaire" ou "austérité" semblent tout bonnement avoir été gommés du lexique footballistique anglais sans même évoquer ici les dictionnaires espagnol ou italien (chaque championnat ayant "jeté" pour environ 350 millions d’achats).

Signe des temps, les Allemands ont sur ce terrain aussi joué les bons officiers. Comme pour s’installer dans le discours cadencé de la chancelière Angela Merkel très attentive au déficit budgétaire, les clubs de Bundelisga ont évité de brûler leur budget sous les feux de l’été. Seul le Bayern Munich a accepté de sauter le cap symbolique des 20 millions d’euros dans le cadre du transfert du gardien Manuel Neuer (20 millions tout ronds). Au total, l’ensemble des clubs allemands n’ont délié et claqué "que" 140 millions d’euros.

Soit. On pourrait de prime abord se contenter de tiquer, de hoqueter voire de gronder face à tout cet argent dépensé. Au moment où des états et des citoyens se ceinturent ou s’éventrent (la Grèce) pour boucler leur budget, l’odeur de ces paquets financiers peut avoir de quoi donner la nausée.

Mais l’essentiel n’est pas là car ce mauvais goût serait rapidement ravalé si tous ces clubs respiraient économiquement la santé. Mais un simple coup d’œil permet de comprendre que leurs finances sont aussi gadouilleuses et embourbées que celles des Etats. En 2008, l’endettement des clubs anglais et espagnols s’élevait ainsi à 3,5 et 4 milliards d’euros. Des clubs comme Portsmouth, Parme, Leeds ou même Mouscron ont été priés de se refaire une santé dans les divisions inférieures mais les grosses cylindrées ont continué à faire tourner la planche à billets sans être outre mesure inquiétés.

Alors quoi ? Barça, Real, Liverpool ou Manchester vont-ils pouvoir continuer à dépenser sans (suffisamment) engranger ? Sans doute au moins quelques années car, si Michel Platini et l’UEFA ont prévu de resserrer les conditions du "Fair-play financier" (soit l’interdiction pour un club de dépenser plus que ce qu’il ne gagne), les filets de l’UEFA ne sont pas parfaitement maillés. C’est ainsi qu’en vertu de ce nouveau code de "fair-play", un gros investisseur ne pourrait normalement plus jeter et injecter à perte des centaines de millions dans "son" club. Mais à tout circuit fermé, il existe des portes dérobées. A Manchester City, une entreprise d’Abou Dhabi vient d’investir 130 millions d’euros sur 10 ans pour que le stade du club porte simplement son nom (opération de "naming"). Un choix commercial qui a de quoi dévisser le bon sens de n’importe quel entrepreneur tant ce coup de publicité ne justifie pas les millions versés. Reste que l’étonnement finit par tomber lorsqu’on découvre que la généreuse entreprise appartient aussi à la famille propriétaire du club de City. Autrement dit, l’investissement (à perte) a préféré se maquiller derrière une opération "commerciale".

Avant de tomber, les gros clubs européens continueront encore à piloter sans les mains. Mais pour les autres, tous les autres, le sort pourrait bien plus vite dérailler. Les droits télé commencent parfois à s’assécher (France), les rentrées en transferts tendent à diminuer (France encore) et les salaires des joueurs continuent dans l’ensemble à augmenter. A trop jouer au football dans les salons, nul ne s’étonnera qu’il faille un jour payer les pots cassés et l’argenterie renversée.