Football

Le mercato de janvier fait parfois penser à ces gens qui tentent de se rattraper, les fêtes une fois passées. Ceux que l’on croise à Bruxelles, enchaînant les attractions des "Plaisirs d’hiver" alors que la Noël et le Nouvel An se sont déjà éloignés. Le mercato de janvier a parfois une odeur de naphtaline comme s’il ne s’adressait qu’à des joueurs déjà cramés.

En France, la polémique fait rage au moment où (la concordance des temps rend parfois le hasard intrigant) le PSG a pris le pli d’activer sa nouvelle planche à billets. Alors qu’Ancelotti, Beckham (avant Pato, Kaka, quelques bons pieds ou certains gros bras) débarquent petit à petit à Paris, d’aucuns pensent à supprimer le mercato de janvier. Le marché des invendus, le marché des affaires ratées, le marché des bras cassés, à en croire les propos "patibulaires" de certains commentateurs français. Entre les teintes grises et rosées, le mercato de janvier revêt pourtant certains intérêts.

1 2012, année sacrée. Ecartés des compétitions internationales depuis 2002, les joueurs belges ne paraissent guère se préoccuper à l’idée de gagner leurs galons d’internationaux ou de pouvoir jouer en compétition les couleurs de leur drapeau. Reste qu’en d’autres contrées, certains joueurs sont "obligés" de se montrer. La Can (Coupe d’Afrique des Nations) et l’Euro 2012 imposeront aux sélectionneurs nationaux un tri serré, et certains joueurs, plus habitués à matelasser le banc de touche qu’à jouer dans leur club en titulaires incontestés, risquent en juillet d’en payer les pots cassés. Ceci, quel que soit leur nom.

En France, Gourcuff et Obraniak sont actuellement à la limite du balancier. Rester dans leur club (Lyon et Lille) au risque de ne pas y être titularisés pourrait les faire glisser à côté de l’Euro. Pour une série de joueurs du même acabit, le mercato de janvier prendra, dès lors, la lame d’un couperet. Partir ou rester : quel que soit le choix, aucun ne rimera automatiquement avec "pari gagné". Rien à voir avec les joueurs passés à la rubrique des "faits divers", des causes perdues, voire des chiens écrasés. Si André-Pierre Gignac pouvait autrefois décemment prétendre avaliser son billet pour l’Euro 2012, sa situation a bien changé. Enfoncé dans les zones d’ombre du vestiaire marseillais, la guerre qui l’oppose à Didier Deschamps a creusé un trou noir dont seul un transfert pourrait l’extirper.

Pour Gignac (comme pour Valbuena ?), le dilemme n’existe pas. Il faut partir et tant pis si partir, c’est mourir un peu, comme le notait "le Rondel de l’adieu". Qu’il s’en aille en Angleterre (Fulham) ou qu’il revienne à Montpellier, un transfert en janvier reste l’unique moyen d’enfiler le maillot bleu.

2 2012, année de prêts. C’est une vérité de La Palice que de considérer le mercato d’hiver comme un marché de "biens prêtés". En Belgique, un club comme Anderlecht est depuis longtemps rodé à l’idée de louer ses joueurs surnuméraires à des clubs engoncés dans le bas du classement. Mais, au niveau international, le système des prêts en janvier commence aussi à se baliser. Même les grands argentiers du Real Madrid avaient choisi l’an passé d’emprunter Adebayor au lieu de claquer des millions sur les genoux de Manchester City, alors propriétaire du joueur cité. Plus que de raison, le mercato de janvier devrait cette année tirer sur la ficelle des prêts. Non seulement parce que cette idée s’est patiemment installée dans les us et coutumes des dirigeants, mais aussi parce que la crise économique commence à égorger certains budgets. A cela s’ajoute l’arrivée imminente de la coupe d’Afrique des nations (CAN) qui obligera nombre de clubs européens à trouver des suppléants à leurs joueurs africains. Sachant que ces derniers reviendront au galop une fois la compétition africaine bouclée, rien ne sert d’acheter des joueurs remis en vente dès l’été.

3 2012 année charnière. S’il ne s’agit pas de chanter avec les oiseaux de mauvais augure, ce mercato de janvier pourrait bien siffler la fin d’une époque. En France, certains pressent la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion) de serrer d’autres boulons, quitte à poser un tour d’écrou. En limitant les transferts à une seule période de l’année (l’été), le contrôle des comptes se verrait simplifié. Mais, si la France se lève, d’autres pays continuent de roupiller. En Espagne ou en Angleterre, le marché des transferts peine encore à être régulé alors que la Belgique (malgré les entourloupes autour de Jorgacevic et de Bart Goor) tente de s’agripper au "modèle français.