Football

Depuis des décennies, nombreux sont les jeunes joueurs africains à avoir cru aux mensonges de managers véreux qui leur ont promis de devenir les nouveaux Mickaël Essien ou encore Didier Drogba.

Combien sont-ils à avoir fait le voyage d’Afrique en Europe, des rêves plein la tête, pour finalement se retrouver seul et le plus souvent, en situation irrégulière ?

Ce phénomène, l’attaquant camerounais du Standard, Aloys Nong, le connaît parfaitement bien. Il nous explique comment des jeunes footballeurs se font avoir par des agents sans scrupule, prêts à tout pour gagner de l’argent quitte parfois à faire du trafic d’êtres humains ! "Cela a toujours existé et je pense que, malheureusement, ce fléau n’est pas près de prendre fin. On le sait, l’Afrique recèle d’énormément de jeunes talents. Ainsi, il est facile pour des managers louches de se faire de l’argent sur les jeunes joueurs avides d’expérience en Europe. Le mécanisme est simple, ces managers se déplacent en Afrique pour y repérer des jeunes joueurs, ils leur promettent de devenir les nouveaux Roger Milla ou Samuel Eto’o. Ainsi, ces gens s’adressent directement à la famille en disant que le gamin a les capacités pour devenir un joueur professionnel à condition de partir pour l’Europe."

Jusque-là, rien de choquant. Cependant, une fois le premier contact pris, c’est souvent l’engrenage. "Souvent, c’est à la famille de payer le billet d’avion vers le Vieux Continent. Mais en Afrique, les gamins qui jouent au football sont souvent issus de familles défavorisées. Ainsi, les parents sont obligés de faire de gros sacrifices pour permettre à leur enfant de partir pour l’Europe."

Une fois arrivés, c’est là que les ennuis commencent pour les jeunes Africains qui se retrouvent souvent très vite seuls et sans ressources. "La plupart du temps, ces joueurs arrivent en Europe avec un visa touristique. Il faut savoir que ce dernier n’est valable que deux semaines. Ainsi, si les tests effectués ne sont pas concluants, le visa expire et les jeunes sont livrés à eux-mêmes et ils ne revoient quasiment jamais les managers."

Bien souvent, ces jeunes arrivent en Europe lors du mercato hivernal. De quoi compliquer encore plus leur situation. "Comment voulez-vous qu’un gamin qui quitte son pays où il fait 35° pour arriver dans un autre où la température est négative, réussisse directement à se faire remarquer ? C’est impossible. Ces managers vendent du rêve aux enfants et à leurs parents."

Cela fait désormais plus de dix ans qu’Aloys Nong est en Europe et exerce son métier de footballeur. C’est lorsqu’il avait 16 ans que le Camerounais s’est fait repérer dans son pays par des recruteurs. "On jouait des championnats interquartiers. Dans ces compétitions, tous les âges se mélangeaient. Un jour, avec six coéquipiers, nous avons été approchés par des recruteurs africains. Ils avaient déjà placé un de nos compatriotes en Italie. Ils jouissaient ainsi d’une bonne réputation."

Très vite, les recruteurs ont pris contact avec la famille du Standardman afin de le faire venir en Europe. "Ma chance a été qu’ils n’ont rien demandé à mes parents. Ces derniers n’ont pas eu à payer un billet d’avion ou d’autres frais."

A 16 ans, Aloys Nong débarque en France en compagnie de six copains. "Nous étions munis du fameux visa touristique qui n’était valable que deux semaines. Finalement, je suis resté deux ans en France en situation irrégulière. Au début, nous étions logés dans la maison d’un des associés du recruteur. Un jour, ce dernier en a eu marre et nous a demandé de partir. Soit nous rentrions au pays, soit nous trouvions refuge dans notre famille. Ainsi, j’ai vécu chez le petit frère de mon papa."

Un jour, les recruteurs ont recontacté Nong afin qu’il passe un test au FC Liège en Belgique. "J’ai donc quitté la France et je suis arrivé à Liège. Cela s’est bien passé et le club m’a proposé un contrat de travail. Avec ce dernier, j’ai pu rentrer au Cameroun pour régulariser ma situation et revenir en Belgique."

Des sept Camerounais qui ont quitté le pays, Nong est le seul à avoir percé. "Je suis le seul à avoir fait du football mon métier. Les autres sont toujours en Europe soit dans la restauration ou encore le bâtiment. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance."