Football

C

apitaine de la dernière équipe belge à avoir participé à un grand tournoi, la Coupe du monde 2002, Marc Wilmots nous donne son avis sur des Diables Rouges en pleine crise.

Pourquoi les qualités de nos internationaux ne s'expriment-elles pas alors que tous louent leur talent ? Quels sont les maux ?

Ils sont multiples mais ils se rejoignent. Tout est question de contexte, d’atmosphère. En équipe nationale, chacun ne se préoccupe que de soi. Il n’y a plus d’ambiance chez les Diables parce qu’il n’y a plus de solidarité, plus de plaisir. Le plaisir tout simple, déjà, de se retrouver le dimanche soir pour affermir de vrais liens affectifs. Après notre tournoi asiatique, en 2002, nous étions restés 36 heures sans dormir. Tout le monde aspirait à du repos mais Bart Goor est venu sonner à la porte : il voulait sortir. Eh bien, nous fûmes dix-huit à retraverser Tokyo - 1h30 de route - pour nous rassembler autour d’une table. Nous avons commandé quelques bières et refait le monde, tous ensemble. Personne ne s’est défilé. Que j’aimais cette équipe ! Et que nous étions fiers d’être des internationaux belges ! J’en ai des frissons, rien qu’en réveillant cette anecdote.

Que manque-t-il... en plus ?

L’esprit de compétition, qui empêche d’être trop vite content de soi. Avec cette mentalité-là, je n’aurais réussi ni à Schalke ni à Bordeaux ni chez les Diables. Et puis, que demande le public ? Que les joueurs quittent le terrain épuisés, qu’ils aient affiché de la volonté, du caractère, de l’enthousiasme. Croyez-moi : avec ces qualités-là, on en gagnera, des matches !

Avez-vous été choqué de ne pas avoir été sondé pour succéder à René Vandereycken ?

Pas du tout. Je n’attendais rien. L’aréopage qui décide se laisse fréquemment influencer par la presse néerlandophone, bien plus suivie que sa consœur francophone. Un journal avait décrété qu’il fallait un étranger. Je pressentais donc que le comité exécutif irait dans ce sens.

Comprenez-vous les résultats des Diables aujourd'hui ?

Oui. On s’est laissé abuser par les performances des Espoirs aux JO : c’était un tournoi de gamins. L’équipe nationale culmine trois étages plus haut. Nos espoirs sont doués mais il leur manque - et c’est tout à fait normal - l’indispensable expérience. On a sauté une génération. On les a envoyés en Afghanistan avec des fusils mais sans cartouches.

Qu'est-ce qui vous gêne aujourd'hui, chez les Diables ?

Que la Fédération belge soit une des rares à ne pas s’appuyer sur l’expérience des anciens pros, j’en ai pris mon parti. En revanche, je trouve grave que notre équipe nationale se retrouve sans entraîneur depuis quatre mois. En Allemagne, une telle ineptie n’arriverait jamais : la presse ferait exploser le bazar ! Ici, c’est normal. Sans parler de l’invraisemblable manque de respect à l’égard de Frankie Vercauteren, qui était installé dans la position la plus inconfortable qui soit.

Qu'attendez-vous de la part d'Advocaat ?

La solution Advocaat est politiquement intéressante : quoi qu’il arrive, les dirigeants pourront prétendre qu’ils ne sont pas responsables. Si j’avais pu décider, je l’aurais incité à endosser ses fonctions dès que l’encre de son contrat aurait séché. Cela signifierait qu’il s’identifie vraiment à la Belgique, qu’il n’a pas peur de la tâche qui l’attend et que relever ce défi l’intéresse vraiment. Il y aurait enfin quelqu’un pour tout assumer. Aujourd’hui, il n’y a personne. C’est cela qui est affligeant.